G20 made in France ?

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Encadrement des bonus, sanctions contre les paradis fiscaux, maintien des plans de relance : Nicolas Sarkozy l'a dit hier à la télé, il attend du concret du G20 qui débute ce soir à Pittsburgh, aux Etats-Unis. La France a vraiment une grande influence sur ce sommet...

« La France vient forte au G20 ». C'est ce qu'a déclaré hier soir Nicolas Sarkozy à la télévision. Alors, il y a dans le propos du président un peu de fanfaronnade. Gordon Brown, le chancelier britannique, se répand, à Londres, pour expliquer que le G20, c'est lui. Angela Merkel, en Allemagne, se présente comme l'inspiratrice du sommet. Tout cela, c'est normal, c'est de bonne guerre...

Cela étant, c'est vrai, la France joue toujours, dans ces grands sommets internationaux, un rôle plus important que son poids dans l'économie mondiale. C'est une vieille tradition. On en trouve le reflet dans la présence,  à la tête des grandes organisations internationales, de nombreux Français - Strauss-Kahn au FMI, Lamy à l'OMC ou Trichet à la Banque centrale européenne.

C'est vrai ensuite que Nicolas Sarkozy s'est énormément investi sur la « moralisation du capitalisme », sur la « rerégulation de la finance mondiale », sur ces grandes négociations internationales.

Il a, dit-il, rassemblé l'Europe autour des positions de la France. Il va maintenant réunir le monde ?

Alors, là, c'est peut-être aller un peu vite en besogne. Pour qu'il y ait un accord, à Pittsburgh demain soir, du « concret », comme dit le président, la France a défendu ses positions. Elle a mis aussi beaucoup d'eau dans son vin. C'est le lot de toutes négociations, de tout compromis.

Exemple : les bonus. Ce week-end, on va faire semblant de se « bagarrer », comme l'a dit Nicolas Sarkozy. On va en fait jouer sur les mots. La France voulait plafonner ces méga-primes versées par les banques aux traders. Obama n'en voulait pas. Le compromis : ces bonus vont être encadrés, pas plafonnés. Idem sur la régulation des banques, leur supervision, les paradis fiscaux aussi. Nicolas Sarkozy disait hier que « le secret bancaire, c'est terminé ». pas tout à fait vrai. La preuve, c'est qu'il propose des sanctions contre les paradis fiscaux. C'est bien qu'il y en a encore. Cela étant, sur les bonus, sur les paradis fiscaux, sur d'autres sujets, l'activisme de Nicolas Sarkozy a incontestablement joué.

On dit que les vrais sujets, ceux à l'origine de la crise, ne seront pas traités au G20 ?

Ce n'est pas totalement faux. L'origine de la crise, ce ne sont ni les bonus, ni les paradis fiscaux. Ce sont par exemple les grands déséquilibres entre la Chine et les Etats-Unis. Au G20, on n'en parlera pas. Il ne faut pas froisser les deux géants.

L'avenir du dollar, la dette des Etats, la montée des protectionnismes : voilà les vraies bombes à retardement qui pèsent sur la sortie de crise. De tout cela, on n'en parlera pas. La France est forte, peut être, pas au point de pouvoir imposer, sur l'agenda du G20, ce qu'elle considèrerait, à juste titre, comme les vraies sujets à traiter. Forte, mais pas trop. Il y a, en réalité, plus forts qu'elle, l'Amérique et la Chine en particulier. La France ne peut prendre le risque d'effrayer les deux vraies grandes puissances de ce sommet.

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