Pascal Houillon (Sage France) : « quatre grandes tendances pour l'informatique des entreprises »

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Interview par e-mail : Pascal Houillon est le président de Sage France

Quelles sont les mutations de l'informatique dans les entreprises ?

J'en retiens quatre :

- Tout d'abord l'arrivée progressive du décisionnel dans les entreprises de taille moyenne, alors que ce domaine était jusqu'à présent réservé aux grandes entreprises. En 2008, 1/3 de nos ventes ERP (progiciel de gestion intégré) pour PME s'accompagne d'un module décisionnel en 2008.

- Le développement sensible du CRM (gestion de la relation client) dans les entreprises de taille moyenne, qui était lui aussi jusqu'à présent l'affaire des grands comptes. Avec les outils de gestion de la relation clients, la moyenne entreprise est en permanence au contact de ceux qui font sa pérennité, c'est-à-dire ses clients. A titre d'illustration, 10% du chiffre d'affaires du

Groupe Sage PLC

au niveau mondial est réalisé sur ce domaine applicatif.

- C'est aussi le début de l'automatisation des échanges entre l'entreprise et son écosystème (Administration avec les télé-déclarations, clients et fournisseurs avec les premiers pas de la facture dématérialisée).

- Il faut également signaler les premières expériences des modèles économiques locatifs ou à la consommation (« on demand ») dans les entreprises moyennes et grandes.

Le modèle traditionnel des éditeurs informatiques, avec une vente de licence et une perception de flux de maintenance, a-t-il vécu ?

Il y a bien une lente mutation des modèles économiques mais le modèle traditionnel - licence + maintenance - continue de prédominer par rapport aux nouveaux modèles locatifs et à la consommation. Ceux-ci présentent des avantages à la fois pour l'utilisateur - réduction du coût d'entrée, apport d'une expertise externalisée, coûts en proportion de l'activité réelle - et pour l'éditeur qui peut par exemple résoudre des problématiques de prix. On constate cependant que ces modèles correspondent à des besoins (gestion de la relation clients en mobilité par exemple) ou à des secteurs d'activités spécifiques (transport et logistique, etc.). Le gros du marché reste encore fidèle au modèle traditionnel.

Une entreprise comme Salesforce.com a démontré la pertinence du modèle SAAS (Software as a Service). Est-ce la nouvelle voie royale de l'informatique ?

Le modèle SaaS a été présenté comme l'avenir de l'édition du logiciel jusqu'à récemment. Cependant, hormis la réussite que vous citez et qui se limite exclusivement au CRM, les échecs récents et marche arrière de grands acteurs entraînent un tout nouveau scepticisme sur le SaaS. Les premières prises de parole contradictoire sur le SaaS commencent à apparaître dans la presse.

Si Sage ne fait pas partie des encenseurs du Saas, nous ne sommes pas davantage ses détracteurs. Nous pensons au contraire que le SaaS représente un bon modèle économique et un bon modèle architectural tous deux amenés à se développer. Mais nous pensons également qu'il n'est pas un modèle universel qui remplacera entièrement les modèles classiques. Aujourd'hui, le SaaS représente 2% du marché des éditeurs. Chez Sage, nous observons la même proportion puisque 10 000 de nos 500 000 clients utilisent le mode SaaS.

Quel est le modèle informatique le plus pertinent pour une PME ?

Les modèles locatifs et à la consommation découlent non seulement d'un choix économique (préférer les charges variables aux coûts fixes) mais également, et surtout, de la gestion des compétences dans l'entreprise (externaliser la fonction paie ou la fonction DSI à travers le SaaS). En ce sens, la PME, de part sa structuration et son besoin d'agilité, est un client potentiel des solutions SaaS. Cependant, il faut, pour une analyse complète, croiser les besoins applicatifs, la taille de l'entreprise et son organisation. La réponse n'est pas unique car l'enjeu est de fournir à la PME la solution à la fois adaptée et évolutive.

Et pour une grande entreprise ?

Si on constate aujourd'hui une plus forte présence des solutions SaaS dans les grandes entreprises, c'est en partie du à leur capacité à tester de nouvelles solutions et à leur maturité en matière d'infogérance. Leur approche est économique là ou celle des PME relève également de la gestion des ressources humaines. En ce sens, elles sont elles aussi des clientes potentielles même si là encore l'analyse se fera applicatif par applicatif.

Propos recueillis par Pascal Boulard

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