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Retour vers le futur : 7 années de séparation

Photo de Abdelmalek Alaoui

Abdelmalek Alaoui

Publié le 05 septembre 2022 à 11:13 - Mis à jour le 05 septembre 2022 à 11:13

Alaoui2021

Abdelmalek Alaoui, Editorialiste (DR)

Guepard/DR

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Rupture(s). Sept années ont suffi au monde pour passer d’un optimisme raisonné à un pessimisme documenté, mettant sous pression les systèmes politiques, sociaux et économiques tels qu’ils commençaient à se dessiner au début du XXIe siècle. Comment en sommes-nous arrivés là ? Et comment peut-on en sortir ? Une analyse subjective de rentrée.

2015. Malgré la résurgence du terrorisme en Europe et la crise des migrants, le monde avait plusieurs raisons d'être raisonnablement optimiste. Après d'âpres négociations, un accord était finalement trouvé sur le nucléaire iranien, ouvrant la voie à une baisse des tensions est-ouest et un espoir d'apaisement au moyen-orient. Sur le plan commercial, le plus grand traité régional de l'histoire, l'accord de partenariat Trans Pacifique était ratifié, incluant les États-Unis qui s'étaient montrés jusqu'alors particulièrement réticents à créer ce vaste ensemble de libre-échange. Mais surtout, le monde concluait un accord global et inclusif sur le climat lors de la COP21 de Paris, avec des engagements ambitieux et contraignants. En bref, une petite chance de ne pas totalement détruire la planète était à l'horizon.

Un tableau sombre à l'horizon

Sauf que l'horizon, selon la définition du dictionnaire, a démontré qu'il était bien cette « ligne imaginaire qui recule au fur et à mesure que l'on s'en approche ». 7 ans plus tard, le monde s'est polarisé à nouveau, l'économie comme le climat se sont profondément déréglés et la plupart des espoirs de 2015 se sont envolés. Au nord, des hommes et des femmes meurent à cause de la guerre. Au sud, les effets combinés de la crise ukrainienne, de la pandémie, et de l'hyper inflation font craindre que près de 20 millions de migrants climatiques venus d'Afrique ne se dirigent vers l'Europe. A l'est, un virage politique délicat s'annonce en Chine, sur fond de récession de la grande puissance. Partout, l'on constate la montée des barrières politiques, commerciales et logistiques, ainsi que la résurgence des séparatismes. Le nationalisme a remplacé le patriotisme dans le discours des dirigeants, et le bellicisme fait florès sur les réseaux sociaux.

Mais le plus dramatique et le plus grave dans cette configuration où des murs se dressent partout, c'est que nous avons réussi à détruire la seule barrière que nous n'étions pas censé altérer, celle qui sépare le monde animal du monde humain. De fait, nous avons créé les conditions idéales pour la multiplication des pandémies à court et moyen terme. Selon toute vraisemblance, le Covid-19 n'était qu'un tour de chauffe, et nous devons nous préparer à d'autres catastrophes sanitaires.

L'ère des hyper-paradoxes avant l'ère des crises

Malgré ce tableau sombre, l'Europe enregistre cette année un record mondial pour son industrie touristique. Les peuples sont à la fois fatigués par les deux années de pandémie et avides de se reposer au soleil, quitte à aggraver encore plus notre empreinte carbone, qui est pourtant en sursis. Les sécheresses, les feux de forêts, le stress hydrique ou encore le risque d'une catastrophe nucléaire à Zaporijia ont beau indiquer que le seuil d'alerte est atteint, rien ne s'est mis en travers de la course folle vers la serviette de plage et l'irrésistible montée des prix du secteur de l'hospitalité, qui peine pourtant à trouver des travailleurs. C'est donc moins dans « l'ère des crises » que nous nous dirigeons que vers celle des « hyper-paradoxes ». Un avatar emblématique de cette situation est sans conteste le succès rencontré par les comptes sur les réseaux sociaux qui traquent les déplacements en avions privé des « hyper-riches », les contraignants à remiser au hangar leurs avions du fait de la pression médiatique. Alors que les disparités de revenus n'ont eu de cesse de s'aggraver au cours des décennies passées - bien que la richesse moyenne ait progressé et la grande pauvreté ait reculé - les plus privilégiés sont désormais sous surveillance constante, soulignant le besoin de réforme profonde des systèmes productifs et de redistribution.

L'inaction n'est plus une option

Comment adresser les défis immenses générés par cette régression globale observée depuis 7 années ? Peut-être fait-il rappeler que l'inaction, auxquels certains politiciens prêtent des vertus miracles, n'est plus une option. Si des mesures courageuses, globales et contraignantes ne sont pas prises pour créer un nouvel ordre mondial plus juste et plus équitable, le risque d'une fracture encore plus béante entre les 1% les plus riches et les autres est inévitable. Nous verrions alors la mise en place de ghettos - majoritairement urbains - pour millionnaires hyper-sécurisés, où seules les livraisons par drones viendraient troubler un ordonnancement parfait. Ailleurs, le monde sera quasiment en état de guerre civile mondiale.

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C'est donc sur la frange la plus privilégiée - et c'est là le paradoxe ultime - que repose en majorité la nécessité de recréer les voies et moyens d'un « cercle de raison » qui s'engage activement dans la vie publique afin de mettre un frein aux réponses populistes et court-termistes qui se répandent plus vite qu'un agent infectieux. Ceux qui détiennent la majorité du capital doivent se rendre compte que s'ils n'agissent pas pour corriger les distorsions économiques et sociales qu'ils ont fortement contribué à créer, à défaut de transmettre un « héritage d'être » ils ne pourront bientôt plus donner un « héritage d'avoir »...

Abdelmalek Alaoui

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