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ÉconomieInternational

COP21 : au bout du suspens, un accord universel sur le climat a été trouvé

Photo de Dominique Pialot

Dominique Pialot

Publié le 12 décembre 2015 à 19:15 - Mis à jour le 12 octobre 2016 à 15:31

Le Quotidien Numérique

04 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Après 13 jours de négociations et quelques dérapages dans le calendrier ces derniers jours, l'accord de Paris sur le climat a été adopté ce samedi 12 décembre.

Le marteau est enfin tombé ce samedi 12 décembre à 19h30. " Tournant historique ", " bon point de départ ", " début d'une nouvelle ère ".... Après un suspens qui s'est prolongé jusqu'en fin d'après-midi, l'accord " différencié, juste, durable, dynamique, équilibré et juridiquement contraignant " présenté samedi matin par un Laurent Fabius tout à la fois fatigué et ému, a enfin été accepté par les 195 Parties. " C'est un petit marteau mais je crois qu'il peut faire de grandes choses ", a déclaré Laurent Fabius en l'abaissant une seconde fois.

Il aura donc fallu treize jours et trois nuits de négociations pour parvenir à ce résultat. Et la prise de parole du Nicaragua juste après l'adoption, qui dit ne pas pouvoir "accompagner ce consensus" de Paris, n'y changera rien, même si elle figurera dans le rapport de la COP. Le Nicaragua, l'un des rares pays qui n'avait pas remis de proposition de réduction de ses émissions, juge inappropriées celles qui ont été soumises et n'est pas satisfait des mécanismes de financements prévus.

L'accord de Paris entrera en vigueur à partir de 2020 en remplacement du protocole de Kyoto, après avoir été ratifié, accepté ou approuvé par au moins cinquante-cinq pays représentant au moins 55 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Cependant, il sera encore possible à tout pays de s'en retirersur simple notification « à tout moment après un délai de trois ans à partir de l'entrée en vigueur de l'accord ».

L'adoption de l'accord a été annoncée en présence de François Hollande, qui était venu une première fois au Bourget à la mi-journée pour lancer un appel vibrant aux Etats (les Parties à la Conférence), conclu par ces mots " Le 12 décembre 2015 peut être une grande date pour l'humanité, un message de vie. Et je serai personnellement heureux, presque soulagé, fier, qu'il soit lancé de Paris, ce message là, car Paris a été meurtri il y a tout juste un mois jour pour jour. Nous vous demandons donc d'adopter le premier accord universel sur le climat de notre histoire. Il est rare d'avoir dans une vie l'occasion de changer le monde, saisissez là, pour que vive la planète, vive l'humanité et vive la vie ".

C'est que la signature du texte par les 195 pays n'était pas encore totalement acquise. Le suspens d'ailleurs s'est prolongé tout l'après-midi, avec une réunion plénière repoussée de 15h à 17h30...pour ne finalement débuter qu'à 19h30 !

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Un modèle de synthèse

Finalement, le texte adopté est un modèle d'équilibre pour ne pas dire d'équilibrisme, voire de synthèse à la mode hollandaise même s'il a été orchestré par un Laurent Fabius dont tous saluent la méthode de négociation et l'expertise, et qui a reçu ce soir plusieurs salves d'applaudissements. L'accord de Paris mentionne à peu près tous les points jugés essentiels par la plupart des observateurs, tout en adoptant des formulations à même de ne froisser personne.

Concernant la hausse maximale des températures, il est question de " bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels " et de " poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5°C. " Cette mention est une victoire pour les pays vulnérables (rejoints par d'autres tels que l'Allemagne, la France, le Canada...) et les ONG qui l'ont réclamée depuis le début de la COP.

L'objectif de long terme s'exprime sous la forme d'un "  pic des émissions mondiales de gaz à effet de serre dès que possible ", puis d'un " équilibre " entre les émissions d'origine anthropique et leur retrait de l'atmosphère par des puits de carbone, " dans la seconde moitié du siècle ". Une version moins précise que les objectifs chiffrés (de 40% à 70%, voire de 70 à 95%) de versions antérieures, mais qui satisfont mieux les ONG et certains pays, que la " neutralité climatique " ou " neutralité des émissions " dont il a également été question.

Quant aux 186 contributions nationales déposées par les pays en amont de la COP et jusqu'à ces derniers jours, il revient à chaque Etat de les transposer dans ses politiques nationales. Annexées à l'accord, ces contributions n'ont pas de caractère contraignant. Le principe de cycles de révision tous les cinq ans est également acté, mais ne devrait débuter qu'en 2025, soit cinq ans après l'entrée en vigueur de l'accord. Les ONG, ainsi que les pays rassemblés au sein de la " Coalition pour une haute ambition " qui s'est formée lors de la COP (avec de nombreux pays en développement mais aussi l'Union européenne, les Etats-Unis ou le Brésil qui s'y est rallié hier), demandaient une révision plus précoce. En effet, pour rester sous les 2°C de hausse des températures (sans parler du 1,5°C), les 10 prochaines années sont absolument décisives. Car, avant comme après la COP et la signature de l'accord, les contributions soumises nous laissent toujours sur une trajectoire plus proche des 3°C. Il est néanmoins question d'un " dialogue facilitateur " sur ce sujet, qui doit se tenir entre les parties signataires dès 2018.

Des garanties pour les pays vulnérables acceptables pour les pays développés

Le principe de différenciation (entre pays développés historiquement responsables d'une part essentielle des émissions, pays émergents et pays en développement), inscrit dans la Convention sur le climat de 2012, qui a suscité beaucoup de débats ces deux dernières semaines, est rappelé. Les Etats devront consentir des efforts " sur la base de l'équité ", les pays développés devant " continuer à (en) prendre la tête " et apporter un soutien aux pays en développement. Ces derniers doivent pour leur part " renforcer leurs efforts d'atténuation en fonction des contextes nationaux ", autrement dit, de leur niveau de développement.

Côté financement, les 100 milliards de dollars par an versés par les pays riches aux plus pauvres pour soutenir leurs efforts de lutte contre le changement climatique et les aider à s'adapter aux impacts déjà sensibles, apparaissent bien comme " un plancher ", " un nouvel objectif collectif chiffré " devant être fixé avant 2025.

Autre sujet épineux tout au long de cette COP, celui des " pertes et dommages " visant à financer la réparation des dégâts inévitables et irréversibles causés par le changement climatique. L'accord mentionne " l'importance de prévenir, minimiser et aborder les pertes et dommages associés aux effets négatifs du changement climatique, incluant les événements extrêmes et les événements à évolution lente, ainsi que le rôle, pour un développement durable, de la réduction du risque des pertes et dommages ". Les ONG se félicitent que le sujet fasse l'objet d'un article à part plutôt que d'être dilué dans celui sur l'adaptation.

Contrairement à leurs attentes, en revanche, il exclut toute " responsabilité ou compensation " des pays du Nord pour les préjudices subis par les pays en développement. Quant à l'adaptation stricto-sensu, si une place plus importante est prévue pour l'après-2020, ien n'est prévu pour accroître les financements avant 2020.

Le monde du business satisfait malgré l'absence de référence à un prix du carbone

Autre regret de nombreux observateurs, la disparition de toute référence à un prix du carbone, qui était demeurée (en option) dans le projet de texte jusqu'à ces tout derniers jours. Mais les mêmes se rassurent au vu de la dynamique observée à l'occasion de la COP. En effet, ces deux dernière semaines ont vu de très nombreux représentants de villes et collectivités, d'entreprises et d'investisseurs, s'engager à réduire leurs émissions, à s'alimenter aux énergies renouvelables ou à réclamer un prix du carbone, voire à utiliser un prix fictif sur la base du volontariat. Et de nombreuses initiatives pour la plupart publiques/privées, d'ailleurs rappelées par François Hollande dans son discours de la mi-journée, ont été mises sur les rails, notamment en faveur des cleantech et des énergies renouvelables.

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Si, parmi les ONG, les commentaires vont du satisfecit décerné par la Fondation Nicolas Hulot ou le WWF (tout en reconnaissant qu'on aurait pu espérer mieux et qu'il va falloir accélérer sur la base du volontariat) au plus nuancé chez Greenpeace, voire au nettement plus négatif pour Attac, du côté des entreprises et des financiers, on se félicite ouvertement. L'accord contient tout ce dont ils ont besoin pour accélérer leur virage vers l'économie bas-carbone...

Dominique Pialot

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