Deo juvante... dit la devise de Monaco

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Il se passe quelque chose à Monaco. Pas sur le registre familial et sentimental : le mariage est certes passé?; de divorce, il n'est heureusement pas question?; et pour la naissance, il faudra patienter encore quelques mois. L'actualité est sur le front politique. Le ministre d'État (Premier ministre et second personnage de la principauté, après le prince) était le 14 janvier à Bruxelles. Michel Roger, un ancien conseiller Éducation de Jean-Pierre Raffarin, a eu avec le président Barroso une conversation «constructive» sur les différentes options qui s'offraient à Monaco pour installer sa relation avec Bruxelles sur de nouvelles bases. Conversation constructive donc, mais pas conclusive. Le contraire eût été étonnant.

POURTANT LE TEMPS PRESSE. La Commission européenne s'est donnée jusqu'à la fin de l'année pour remettre à plat les accords divers passés au fi l des années avec les trois « timbres poste » coincés dans les frontières des grands États du Sud: Monaco, Saint-Marin et Andorre. Tout cela est le résultat indirect du cauchemar des relations avec les Suisses, où la juxtaposition d'accords dits sectoriels - 120 au total - a enfanté un monstre bureaucratique. Monaco n'a signé que 12 de ces accords, mais voudrait les regrouper sous un chapeau commun: un accord d'association qui lui permette, par exemple, de simplifier la vie de la dizaine d'entreprises de transport routier qui doivent se plier à des formalités inouïes pour dédouaner camions et marchandises. Il faut rappeler que Monaco ne fait pas plus de... 2km2. Autant dire que la «frontière» n'est jamais loin.
Accessoirement, le Rocher anticipe qu'il pourra mieux faire valoir ses intérêts et faire respecter ses droits s'il est officiellement «associé», autrement dit reconnu comme un membre, éloigné certes, mais membre tout de même, de la famille. Les laboratoires qui y ont installé leur siège se plaindraient par exemple de discrimination pour leur accès au marché allemand... en dépit d'un accord sectoriel signé en 2003. On voit mal, il est vrai, Bruxelles faire la leçon à Berlin au nom des intérêts de Biotherm ou Lancaster qui ont leur siège à Monaco. Un accord d'association aiderait probablement à faire jouer le seul levier: le bâton judiciaire. Mais il donnerait surtout un tout autre statut à la principauté, qui vit dans l'ombre de la France depuis le traité de Versailles (1919).

L'ÉMANCIPATION A DÉJÀ COMMENCÉ. Dans les couloirs du palais du prince, on murmure déjà que le prochain ministre d'État pourrait ne pas être français mais... monégasque, ce qui ne s'est pas vu depuis 1930. Déjà Michel Roger, tout français et inspecteur général de l'Éducation nationale qu'il est, a été choisi par Albert II, personnellement. De quel ?il Paris voit-il les man?uvres bruxelloises de son protégé? Plutôt bien, apparemment. Lors d'une visite à l'Élysée au début du mois, le prince a reçu l'absolution «hollandienne». Paris soutient l'idée d'un «accord-cadre spécifique entre Monaco et l'Union européenne». Ce qui ne sera toutefois pas évident, car, instruite par l'exemple suisse, la Commission européenne fuit comme la peste les arrangements ad hoc et propose une adhésion pure et simple à l'Espace économique européen (EEE) qui n'apporterait pas les mêmes avantages pour les Monégasques.

MAIS LE ROCHER VEUT DU SUR-MESURE. C'est que rien n'y est pareil qu'ailleurs: une densité de population (18.000 au km2) plus élevée que dans un bidonville indien, un revenu annuel moyen par habitant de 222.022 dollars (le plus élevé du monde) et un prix du mètre carré qui oscille entre 15.000 et 35.000 euros. Monaco a beau avoir joué la carte de la normalisation fiscale, en alignant sa TVA sur celle de la France et en pratiquant diligemment les échanges d'information, elle reste l'un des rares pays au monde sans impôt sur le revenu, où est installée une copieuse brochette d'anciens champions de tennis et de coureurs automobiles.
Le Rocher n'aura pas trop de l'appui de Paris pour arriver à boucler un accord en douze mois. Le ministre d'État y arrivera peut-être... «Deo juvante» («Avec l'aide de Dieu»), comme dit la devise de Monaco.

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