Verre vide ou verre plein ? Tout dépend de l'état d'esprit. Même les froides et implacables statistiques peuvent être interprétées de différentes façons.
Observée jeudi soir, la baisse du nombre de demandeurs d'emplois de catégorie A en octobre en est un bel exemple. Certains pourront toujours regretter que cette petite embellie sur le marché de l'emploi trouve son origine dans l'augmentation des emplois aidés, le nombre de demandeurs d'emplois a reculé. Mais c'est un fait et une bonne nouvelle pour ceux qui n'auront pas à pointer à Pôle emploi dans les prochaines semaines.
Dévoilée ce vendredi, la baisse de 0,2% de la consommation des ménages observée par l'Insee en octobre peut également être interprétée de deux façons. On peut se lamenter et regretter que le dernier moteur encore un peu vaillant de la croissance soit en train de se gripper.
On peut aussi préciser que cette baisse s'explique essentiellement par le repli de 4,1% de la consommation d'énergie. Un repli provoqué par la douceur automnale du climat que ne parviennent pas à compenser l'augmentation de la consommation de produits manufacturés (+0,7%) et de produits alimentaires (+1,4%). En hausse de 1,5%, les achats d'automobiles progressent pour le second mois consécutif !
Tout ceci ne serait pas très grave si ce repli de 0,2% de la croissance ne venait pas amputer les statistiques de la croissance au quatrième trimestre. Dans ce contexte, faut-il envisager la mesure de la croissance différemment ?
Il ne s'agit pas de casser le thermomètre pour masquer un accès de fièvre. Il s'agit simplement de relativiser certaines statistiques. Imaginons que les températures chutent bientôt sous la barre des 10 degrés en-dessous de zéro. L'explosion envisageable de la consommation d'énergie stimulera certes les statistiques portant sur les dépenses des ménages. Et après ? Cette envolée de la consommation signifiera-t-elle que l'économie française se porte mieux ou quel pouvoir d'achat des ménages a brutalement augmenté ? Non, bien sûr. Ceci est d'autant plus vrai que l'Insee procède à des corrections des variations saisonnières qui lissent la volatilité de certains éléments.
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A défaut de la réformer totalement, peut-être faudrait-il amender la mesure de la croissance pour qu'elle reflète davantage certaines réalités aujourd'hui mal perçues. Les statistiques récentes et leurs interprétations pourraient-elles relancer ce débat, sachant que l'activité économique est mesurée différemment sur les continents ? De nombreux travaux ont déjà été menés sur ce sujet
Lors de son passage à Bercy, Thierry Breton avait souhaité que l'immatériel soit davantage pris en compte dans la mesure de la création de richesses, dans le sillage de la publication du rapport de la commission sur l'économie de l'immatériel rédigé par Maurice Lévy et Jean-Pierre Jouyet.
Créée en 2008 à l'initiative de Nicolas Sarkozy, la Commission sur la mesure de la performance économique et du progrès social, menée par les économistes et prix Nobel Joseph E. Stiglitz, de l'université de Columbia, et Amartya Sen, de l'université de Harvard, ainsi que Jean-Paul Fitoussi, de l'Institut d'Études Politiques de Paris, président de l'Observatoire Français des Conjonctures Économiques (OFCE), a également fait des propositions sur ce point.
Elle a notamment recommandé aux services statistiques de se référer aux revenus et à la consommation plutôt qu'à la production, de prendre en compte le patrimoine en même temps que les revenus et la consommation, d'intégrer à leurs enquêtes des questions visant à connaître l'évaluation que chacun fait de sa vie, de ses expériences et priorités, d'améliorer les mesures chiffrées de l'état de santé, du niveau d'éducation, des activités personnelles, de la participation à la vie politique, des relations sociales, des conditions environnementales et de l'insécurité, de fournir les informations nécessaires pour agréger les différentes dimensions de la qualité de la vie, et permettre ainsi la construction de différents indices et aussi, entre autres, de mieux évaluer la soutenabilité et ses aspects environnementaux.
Des recommandations que l'Insee adoptent progressivement. En 2014, l'Institut dévoilera ses travaux sur l'évolution sur dix ans du pouvoir d'achat des différentes catégories de ménages, du taux d'épargne par type de ménage ainsi que sur les niveaux de vie au niveau local. En 2015, son enquête patrimoine 2009-2010 sera adaptée pour mieux cerner les hauts revenus, le patrimoine professionnel et le capital immatériel.
Ces nouveaux travaux permettent certes de mieux cerner les différents aspects de la croissance économique. Mais la mesure classique du PIB et de ses principales composantes restent la norme pour les économistes et les médias en France et, plus globalement, en Europe. En revanche, dans certains pays, notamment aux États-Unis, la science statistique semble plus malléable.
Depuis 1996, l'utilisation par le Bureau d'analyse économique (BEA) américain des prix hédonistiques, qui corrigent l'augmentation de la qualité des produits selon une estimation de ce que les consommateurs seraient prêts à payer pour cette qualité, entraîne un biais.
Un biais expliqué par l'économiste suisse Marc Surchat, conseiller au secrétariat d'État à l'économie (SECO) helvète dans un article intitulé « Les mesures de la croissance ».
Aux Etats-Unis, toujours, la récente révision quinquennale de la comptabilité nationale permet d'évaluer le PIB différemment. Depuis le 31 juillet, le BEA inclut l'apport de la production intellectuelle. Concrètement, il s'agit de reconnaître les dépenses en recherche et développement, dans le domaine du divertissement, de la création littéraire et artistique comme des investissements à part entière.
Les États-Unis ne sont pas les seuls à appliquer ce changement de méthode comptable, recommandé par les Nations unies en 2008. L'Australie et le Canada l'ont également adopté. Les pays européens devraient suivre en 2014.
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