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Oui, l'Europe devait sauver la finance hier pour investir demain

Photo de Ivan Best

Sébastien Commain

Publié le 28 avril 2014 à 08:16 - Mis à jour le 28 avril 2014 à 11:17

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18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Par Sébastien Commain, consultant en affaires publiques européennes chez Euralia, dans le cadre d’un partenariat Euralia-Fondation Robert Schuman.

A Strasbourg, ce mardi 15 avril, un tonnerre d'applaudissement a retenti dans l'hémicycle du Parlement européen à l'issue du vote validant la création du mécanisme de résolution unique, l'un des piliers de l'Union bancaire. Il y a effectivement de quoi être fier: un système complet a été créé pour surveiller les banques européennes et gérer leurs éventuelles faillites de manière ordonnée, à l'échelle européenne, et, surtout, en réduisant au minimum le recours au contribuable. Un regard cinq ans en arrière, suffit à se persuader que le chemin parcouru est immense : là où, jusqu'en 2008, il n'y avait rien, ou du moins pas grand-chose, se dresse désormais tout un arsenal législatif et réglementaire pour surveiller le secteur financier et contrôler ses excès.

Un manque de confiance en l'Europe

Pourtant, malgré ce travail acharné, réalisé par une poignée d'hommes et de femmes - fonctionnaires de la Commission européenne, députés, experts, diplomates - pour remettre le secteur financier sur de bons rails, la reconnaissance des citoyens ne semble pas au rendez-vous. Les extrêmes - eurosceptiques et europhobes de gauche comme de droite - sont en hausse dans l'ensemble de l'Union. Cas emblématique, le Front national pourrait être la deuxième plus grande force politique de France à l'issue du scrutin européen du 25 mai, selon un sondage réalisé par l'IFOP début avril. Que cette popularité des extrêmes soit le résultat d'une adhésion des électeurs aux idées portées par ces forces politiques ou simplement l'expression d'un rejet des partis traditionnels, elle traduit dans les deux cas un manque de confiance des citoyens dans leurs dirigeants et dans l'avenir qu'ils leur promettent. « Vous avez sauvé les banques et laissé mourir nos emplois » disent-ils à leurs élus. A quoi bon protéger les dépôts, si nul n'a de revenu à épargner ?

Pourquoi remettre à flot la finance?

Peut-être aurait-il fallu mieux expliquer pourquoi cette remise à flot était nécessaire. Tant d'argent investi, tant de temps passé à déterminer comment encadrer au mieux les banques, protéger l'argent des épargnants et des contribuables, prévenir de nouvelles crises, mais la question la plus fondamentale, celle qui justifie tous ces efforts, n'a pas encore trouvé sa réponse : pourquoi remettre à flot la finance ? Quel rôle voulons-nous lui faire jouer dans l'avenir de l'Europe ? La réponse à cette question sous-tend tous le travail réalisé ces cinq dernières années et pourtant elle reste inaudible.

Quel cap donner à l'Europe?

C'est peut-être là l'un des grands enjeux des élections européennes du 25 mai prochain : maintenant que le navire est remis à flot, le capitaine nous demande quel cap nous, citoyens européens, souhaitons lui donner.

Il y a plusieurs directions possibles. Celle que nous proposent les adversaires de la construction européenne, de droite comme de gauche, est celle du repli sur soi. Se protéger derrière ses frontières, dans l'entre soi rassurant d'une communauté homogène, faire le dos rond en attendant que la tempête passe, et tant pis pour les autres. Mais les dangers de notre temps - climatiques ou financiers - se moquent des frontières. Les problèmes ressurgiront tôt ou tard, et alors, si l'on a choisi de rechercher la protection dans une communauté toujours plus homogène, l'on finira par retrancher de la communauté toute différence, jusqu'à se retrouver seul, face à la tempête.

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Un immobilisme impossible

L'immobilisme, le « business as usual », n'est pas une option. Le réchauffement climatique s'emballe, les ressources énergétiques s'épuisent, notre modèle de croissance économique amplifie le phénomène et en sus produit du chômage de masse (10,6% de la population active dans l'UE au premier trimestre 2014, selon Eurostat), en particulier pour les jeunes (23,4% des moins de 25 ans en 2013), et un malaise croissant dans le travail pour les autres, soumis à une pression toujours plus grande pour maintenir les gains de productivité.

Réorienter le système de production

Alors où aller ? La devise de l'Union européenne est « unie dans la diversité ». La diversité, ce sont des expériences multiples, des modes de pensée, des traditions riches qui, seules, n'apportent plus les réponses aux défis écologiques et démographiques qui sont les nôtres, mais qui, en se croisant, en additionnant les savoir-faire et les techniques, peuvent faire naître des solutions nouvelles.

L'Europe d'aujourd'hui fourmille d'entrepreneurs qui, chaque jour, inventent des solutions qui, petit à petit, peuvent nous aider à relever le défi. Pour cela, sans doute faut-il faire évoluer nos cadres conceptuels et nos outils de mesure. Rechercher l'accroissement global de la production - mesurée par la croissance du PIB - a causé des dommages collatéraux que nous ne pouvons plus ignorer : montée des inégalités et crise écologique. Il nous faut aujourd'hui réorienter tout notre système de production vers de nouveaux objectifs, compatibles avec l'état de notre planète et l'idéal démocratique de nos sociétés.

Un secteur financier bientôt assaini

Si l'on choisit de poursuivre ce cap, de développer dans l'échange et la collaboration des solutions nouvelles à nos problèmes, alors la finance a quelque chose à apporter. Le principe de la finance est d'être l'intermédiaire entre des capacités et des besoins de financement, entre des épargnants et des entrepreneurs. Sur ce grand marché où chacun apporte ses savoirs et ses savoir-faire, la finance apporte ce savoir-faire-là : fournir des capitaux aux entreprises qui ont besoin d'investir dans leurs projets.

Quels projets voulons-nous mettre en avant ? Quelles innovations voulons-nous développer ? Dans quelle direction voulons-nous faire évoluer nos sociétés ? Ces questions-là, c'est aux électeurs qu'il appartient de les trancher, et aux élus qu'il appartient de les traduire juridiquement. La réforme financière n'est qu'à moitié terminée : le secteur financier sera bientôt assaini et placé sous une supervision plus stricte, sa capacité d'investir dans l'économie européenne se restaure peu à peu, reste maintenant à orienter ces capacités d'investissement.

Sur ce point, les dernières initiatives de la Commission européenne sur les droits des actionnaires, la gouvernance des entreprises et, plus globalement, l'investissement de long terme semblent aller dans la bonne direction : élargir le champ de vision des investisseurs, les inciter à prendre les impacts environnementaux et sociaux de leurs investissements, pour sortir de la logique de court terme et du pur rendement financier.

Les banques, des outils indispensables

Alors pourquoi remettre le secteur financier sur pied ? Pourquoi consentir tant d'efforts pour « sauver les banques » ? Parce qu'elles sont l'un des outils indispensables pour bâtir le futur de l'Europe, une condition nécessaire -même si insuffisante- pour que les Européens puissent se donner à eux-mêmes des perspectives d'avenir plus ambitieuses qu'un triste et stérile repli sur soi.

Sébastien Commain

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