Les enfants sont l’affaire de tous… y compris des entreprises !

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(Crédits : DR)
Les entreprises ont aussi une responsabilité dans la protection de l'enfance. C'est aussi leur intérêt. Par Michèle Barzach, Présidente de l’UNICEF France

Lorsqu'on associe « enfants » et « entreprises », la première problématique qui vient à l'esprit est celle du travail des enfants. Pour essentielle que soit cette question - malgré de nets progrès ces dernières années, on compte encore 168 millions d'enfants au travail à travers le monde -, elle tend malheureusement à masquer les multiples autres domaines dans lesquels les entreprises impactent les droits et le bien-être des enfants.

Pour rester dans le concret, prenons quelques exemples.

Tout récemment encore, à la veille de Mardi-Gras, un dossier de l'UFC Que Choisir mettait en évidence la présence de substances chimiques nocives - en particulier des perturbateurs endocriniens - dans des kits de maquillage pour enfants. Face à cette problématique, les entreprises ont un devoir de vigilance pour garantir la sécurité de leurs produits ou de leurs services. Quel que soit leur domaine d'activité, elles se doivent de non seulement respecter la législation, mais si nécessaire de la devancer pour protéger les enfants.

Dans le tourisme, l'engagement croissant de grands groupes hôteliers et compagnies aériennes aux côtés d'organisations comme l'UNICEF est un levier essentiel pour combattre le fléau du tourisme sexuel. Dans tous les secteurs, les entreprises ont le pouvoir de faire progresser les droits et le bien-être des enfants : en sensibilisant leur personnel, en soutenant des actions de terrain et la construction de solutions durables, en participant à l'effort de plaidoyer.

Respecter aussi l'environnement

Respecter les enfants, c'est aussi respecter l'environnement. La pollution causée par des unités de production, si elle nous concerne tous, affecte plus encore les enfants, en raison même de leur âge et de leur vulnérabilité.

Respecter les enfants, c'est aussi garantir des pratiques de marketing et de publicité responsables qui prennent en compte l'intérêt supérieur de l'enfant. Les images véhiculées par la publicité peuvent représenter un danger : les experts s'alarment ainsi de la recrudescence et de la précocité croissante des cas d'anorexie chez les jeunes filles, qu'ils lient à l'omniprésence de photographies de mannequins retouchées sur papier glacé. Le ciblage des stratégies marketing peut aussi poser problème : que penser de la promotion directe des boissons énergisantes auprès des adolescents, en dépit d'alertes sur les risques cardio-vasculaires, particulièrement si elles sont associées à de l'alcool ou de la drogue ?

Nous n'avons cité là que quelques exemples. Chaque entreprise, en fonction de son secteur d'activité ou de son périmètre géographique, ne génèrera pas le même type ou la même intensité de risques pour les enfants ou les adolescents. Mais beaucoup, à des degrés divers, sont concernées et doivent faire preuve de vigilance.

Le levier du secteur privé

Pour favoriser une prise de conscience de la part du secteur privé,  l'UNICEF, le Pacte mondial des Nations unies pour les entreprises et l'ONG Save the Children ont élaboré les 10 Principes directeurs sur les entreprises et les droits de l'enfant(1). Et pour aider les entreprises à passer de la théorie à la pratique, quatre guides d'accompagnement ont été tout récemment publiés.

Si l'UNICEF intensifie son action et sa prise de parole en matière de responsabilité sociale des entreprises, c'est que nous savons aussi le levier de progrès que représente le secteur privé lorsqu'il s'engage pour les enfants.

Le soutien financier que les entreprises peuvent nous apporter pour sauver, protéger et éduquer les enfants lors d'urgences ou dans des pays en développement est déterminant. Mais nous sommes convaincus qu'elles peuvent avoir un impact bénéfique au moins aussi important à travers leur cœur de métier.

Par la mise en œuvre de politiques et de pratiques favorables aux enfants et aux adolescents à travers leurs activités directes, à travers leurs achats et l'ensemble de leur chaîne de valeur, à travers leurs investissements ou encore par le biais de leur pouvoir d'influence, les entreprises peuvent faire toute la différence pour les enfants.

L'intérêt des entreprises

Cette année, alors que nous célébrons les 25 ans de la Convention internationale des droits de l'enfant (CIDE), les entreprises ont une opportunité unique de se saisir de la question des droits de l'enfant.

Au-delà de raisons humanistes, elles y ont tout intérêt. D'une part, parce que leurs engagements en matière de responsabilité sociale pèsent de plus en plus dans les prises de décision de leurs investisseurs, de leurs partenaires. D'autre part, parce qu'affirmer des choix courageux en ligne avec les Principes directeurs portés par l'UNICEF, c'est viser le développement d'une société plus juste, permettant le plein épanouissement des 2,2 milliards d'enfants et d'adolescents dans le monde qui sont aussi les consommateurs et les travailleurs de demain.

Entreprises, en vous préoccupant d'eux, c'est votre avenir que vous préparez !

(1) Pour en savoir plus, http://www.unicef.fr/rse

Michèle Bazach, Présidente de l'UNICEF France

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