En lâchant l'euro, la Suisse fait ce qu'elle a de mieux à faire

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La BNS offrait la solidité de sa devise au prix d'une monnaie minée par la dette de plusieurs de ses pays membres. La situation était devenue intenable. En lâchant l'euro, la Suisse va devoir accélérer la transformation de son économie et sa spécialisation dans des secteurs à forte valeur ajoutée.

 La Banque Nationale Suisse (BNS) devait un peu s'y attendre. Mais sa décision soudaine d'abandonner le cours plancher de 1,20 franc suisse pour un euro a tout de même provoqué un véritable chaos sur les marchés financiers. Dès l'annonce de la nouvelle, la monnaie européenne a immédiatement décroché pour s'établir autour de la parité avec le franc. L'impact sur les valeurs suisses a été tout aussi dramatique avec un plongeon de l'indice SMI d'environ 14%. Dans le même temps, le CAC 40 a d'abord chuté de 3,7% avant de reprendre plus de 5%.

 La croissance amputée de 1,3 point

La réaction hostile de la classe politique et des milieux d'affaires helvétiques ne s'est pas faite attendre. En laissant filer le franc à la hausse, la BNS pénalise les exportations suisses. Le secteur touristique en sera également affecté. Cela ne sera pas sans conséquences pour l'économie. Les modèles suggèrent d'ailleurs une amputation de la croissance de 1,3% cette année. Quelle mouche aurait donc piqué la BNS pour l'amener à prendre une décision aussi malvenue ?

 La BNS subventionnait les exportations

Il faut dire que le cours-plancher instauré en septembre 2011 arrangeait beaucoup de monde. En fixant le franc à un niveau artificiellement bas, la BNS a subventionné les exportations et permis à la Suisse de maintenir une balance commerciale très largement excédentaire. D'où le gonflement massif de ses réserves de changes. Cette situation est loin d'être unique. La Chine encadre aussi les mouvements de sa devise et la maintient à un niveau qui lui permet d'engranger les excédents et d'avoir aujourd'hui des réserves de changes qui avoisinent les 4.000 milliards de dollar.

 Flambée de l'immobilier... comme en Chine

Tant que les autres pays ne crient pas au scandale, à quoi bon se poser des questions ? Le problème est que l'accumulation des excédents se traduit par une augmentation des liquidités dans l'économie, ce qui favorise l'émergence de bulles spéculatives. A ce titre, la flambée de l'immobilier chinois et suisse trouve là une explication commune. C'est ce que la BNS a déjà cherché à contenir en obligeant les banques à augmenter les réserves qu'elles mettent en face de leurs prêts immobiliers.

 Plus beaucoup d'endroits sûrs dans le monde...

Le timing de l'annonce, un mois après l'effondrement spectaculaire du rouble, laisse penser que la Suisse est également affectée par des décisions politiques venues d'ailleurs. Avec la décision de Washington d'utiliser le dollar comme vecteur de sanction contre les régimes qui ne lui plaisent pas, il ne reste plus beaucoup d'endroits sûrs dans le monde. De surcroît, les intermédiaires financiers se montrent désormais prudents dans leurs transactions en dollars après l'amende record de 9 milliards infligée à la banque BNP Paribas.

Les milliardaires de tous bords soucieux de mettre leur argent à l'abri n'ont plus vraiment d'autre choix que d'aller du coté de la Suisse. Jusqu'à la semaine dernière, ça tombait bien pour eux, car en maintenant le franc à un niveau faible, qui plus est par rapport à une devise européenne en train de s'affaiblir, la BNS offrait la solidité de sa devise au prix d'une monnaie minée par la dette de plusieurs de ses pays membres. De toute évidence, la situation était devenue intenable. La BNS a donc entériné l'inévitable réévaluation de sa monnaie.

 Boeing, Airbus, des exemples d'adaptation à une monnaie forte

Si les cours devaient rester autour de ce qu'ils sont, la hausse du franc suisse face à l'euro sera de 20%. Ce renchérissement n'a rien d'extraordinaire. Introduit au cours de 1,1743 dollar, l'euro a plongé au cours de sa première année à moins de 0,83 dollar, soit une baisse de 29,3%. Boeing en a souffert face à Airbus, mais a du s'adapter et ne porte finalement pas si mal. Après ce point bas, la devise européenne a ensuite grimpé inexorablement dans les années qui ont suivi pour gagner près de 90% face au dollar. Cette fois, ce fut au tour d'Airbus de s'adapter; ce que l'avionneur européen a su faire avec succès.

 Les industriels miseront de plus en plus sur la qualité et l'innovation

De la même manière le won coréen a perdu près de la moitié de sa valeur face au dollar au cours du dernier trimestre de 1997. Ce fut un choc que les sociétés japonaises du secteur de l'électronique semblent avoir moins bien encaissé. Mais leur perte de compétitivité s'explique aussi par leur plus difficulté à s'adapter à un environnement plus mouvant.

Les industriels suisses sont depuis longtemps dans une logique de compétition par la qualité et par l'innovation. La hausse du franc renchérit le coût du travail, mais le rend aussi plus attractif quand il s'agit d'attirer les talents du monde entier. La décision de la BNS de lâcher l'euro va donc avoir pour conséquence d'accélérer la transformation de l'économie suisse et sa spécialisation dans des secteurs à forte valeur ajoutée comme la pharmacie et la mécanique de précision. Si à court terme, nos voisins helvétiques vont en souffrir, à long terme, ils ont tout à y gagner.

 Pascal Nguyen est professeur de finance à Neoma Business School

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Commentaires
a écrit le 22/01/2015 à 10:39 :
Je ne suis que partiellement d'accord, car l'article prend pour exemple l'euro face au dollar et ces deux monnaies changent de sens l'une à l'autre (pendant une période c'est l'une qui monte et pendant une autre période, c'est l'autre qui monte). Malheureusement ce n'est pas le cas du france suisse. Il suffit de le comparer au dollar et aux valeurs européennes (avant et après euro) depuis 50 ans et il ne fait que monter, monter, monter...
a écrit le 21/01/2015 à 1:48 :
Alors que la France se tire des balles dans le pied
a écrit le 21/01/2015 à 1:46 :
Bien joué la Suisse !,
a écrit le 20/01/2015 à 11:31 :
A quand le titre "En lachant l'euro, l'Europe fait ce qu’elle a de mieux à faire" ?
Réponse de le 20/01/2015 à 18:37 :
car les allemands sont en train de lâcher du lest, de plus en plus de lest malgré le discours de merkel qui n'es là que pour endormir ses concitoyens,Merkel-Schauble-Bundesbank ne font plus le poids vis à vis des US qui ont pris le vent, les autorités allemandes ont compris qu'elles devaient laisser l'euro se déprécier avant même de permettre aussi à la BCE de faire du QE (non prévu dans les traités...mais bon on trouve des raisons juridiques tirées par le cheveux et avalisées par les tribunaux suprêmes alors...) car la croissance est insuffisante et le chômage endémique et nous entrons en déflation, alors l'euro va redevenir une monnaie moyennement forte ce qui correspond à la réalité de ce qu'elle représente au plan économique ou militaire, et puis une monnaie forte c'est pour les pays faiblement peuplés...ce qui se passe aux US (pays fortement peuplé) avec le dollar n'est qu'un infime rattrapage par rapport à une monnaie qui s'est dépréciée de plus de 90% en moins d'un siècle.
a écrit le 20/01/2015 à 11:31 :
...excellent, j'ai déjà pu le constater à diverses reprises. Merci.
a écrit le 20/01/2015 à 10:03 :
Un expert de plus.....
Ce sont aussi de brillants experts qui ont conseillé de faire tomber les vilains dictateurs du Moyen Orient ......
On en voit aujourd'hui le résultat avec Al Quaïda et Daesch.....
Ils sont experts en quoi?
Et en 2007 la crise des Sub-Primes combien de ces brillants experts l'avaient prévue???
Après, Oui! Ils expliquent que c'était prévisible.
Aussi guignols que nos politiques
a écrit le 20/01/2015 à 6:49 :
Mr Nguyen, vous vivez dans vos théories et dans vos livres . La Suisse va s'affaiblir de ce renforcement du franc Suisse , car la compétition sur les secteurs que vous citez est réelle et la suisse est moins attractive pour les entreprises.
Mon avis est que le franc va revenir à 1.10 "tout seul" une fois que les apprentis sorcier de la BNS se seront aperçu de leur bourde. Le modèle " c'est bon pour l'économie Suisse " n'est plus adaptable avec la situation concurrentielle européenne et au libre échange économique . Laissez ce genre de discours aux politiques qui essaient d'endormir les enfants en misant sur le long terme.
Mais bon , entre temps , les cambistes vont pouvoir s'amuser, du va et vient de la monnaie.

pierre
a écrit le 19/01/2015 à 21:21 :
J ai gagné 20'000€ en 24h avec cette histoire. Dingue.
a écrit le 19/01/2015 à 19:37 :
les frontaliers, dont le salaire a augmenté de 20%!, risquent de voir leur salaire baisser, pour que les entreprises établies le long de la frontière, puissent continuer á faire des bénéfices
a écrit le 19/01/2015 à 17:48 :
J'ai un peu de mal à comprendre le remue-ménage créé par la décision d'une banque centrale indépendante, d'un petit pays qui ne fait pas partie de l'UE, qui ne pèse pas grand chose tant culturellement, économiquement que militairement. Les suisses font bien ce qu'ils veulent...
Réponse de le 19/01/2015 à 18:46 :
C'est vrai que la FRAAAAAAAAAAAAAAANCE! Elle! Elle pèse culturellement, économiquement et militairement... Dommage que ce ne soit plus que dans l'esprit de certains de ses citoyens toujours aussi "pédant"
Réponse de le 20/01/2015 à 11:16 :
dommage pour vous , la France est un des rares pays a pouvoir projeter des forces compétentes a l'autre bout du monde et la Suisse ? quand a la culture , la Suisse fait partie des nains et le restera longtemps ! mais bon le french-bashing a de beaux jours avec des gens comme vous !
Réponse de le 20/01/2015 à 15:41 :
Euh oui, la France pèse plus que la Suisse...
Culturellement: 1ere destination touristique mondial (Suisse: 30e)
Economiquement: PIB nominal 5e mondial (Suisse: 20e)
Armee: 3e budget mondial (Suisse:42e)
Il n'y a que en France que l'on voit notre pays d'un mauvais oeil...à l'étranger la plupart des gens voit la France avec admiration.
Réponse de le 20/01/2015 à 16:41 :
Comme dit dans l'article ( à voir aussi sur d'autres sources )
Les banques suisses ont émis quantité de prêts immobiliers ( clients orientés par l'apparente certitude d'un euro fort face au franc ) y compris dans le reste du continent. Pour exemple, 40% des prêts en Pologne.
En aillant des liquidités à ne plus savoir qu'en faire, les banques suisses ont aussi émis des prêts autres qu'immobiliers, à des collectivités locales françaises notamment, dont la charge de remboursement a explosé ! ( vos impôts sans doute )
Donc tout européen est concerné par cette affaire !
Réponse de le 22/01/2015 à 10:42 :
Attention, ce n'est pas les banques suisses qui ont fait ces prêts à l'étranger. Ce sont des banques étrangères qui ont fait des prêts sur la devise suisse.
a écrit le 19/01/2015 à 17:26 :
et voila dés qu'il ya une bonne nouvelle pour le Citoyen Lambda on entends le tam-tam de la classe bourgeoise et les experts de tout bords ! un franc suisse fort est un trés beau cadeau de bonne année pour la classe moyenne suisse ,et moi autant que suisse vivant au maroc ma Pension va ètre augmenter de 2000dh (200 frs) ,et je sais qu'il ya beaucoups de suisses vivants en d'autres pays qui vont-ètres Contents ! alors ? merci qui ? MERCI BNS ! comme son nom l'indique BNS veut dire Bonne Nouvelle Suisse....
a écrit le 19/01/2015 à 16:29 :
La BNS a oublié qu'en Suisse la déflation sévit déjà: les prix à la consommation baissent de 1.2% par an. Sa nouvelle politique va accroitre cette baisse des prix et faire exploser le chômage.
Bref, en France nous avons des terroristes; en Suisse ils ont la BNS.
Réponse de le 20/01/2015 à 9:57 :
avant que l'Allemagne le fasse, car c'est une monnaie de singe depuis longtemps qui à pour caution seule l'Allemagne et ses exportations vers la Chine. Lorsque le château de cartes européen s'écroulera (=Grêce). La BNS aura pris la bonne décision. Les français sont les seuls à croire que c'était une mauvaise chose.
a écrit le 19/01/2015 à 14:43 :
Une pensée aux malheureux ayant souscrit aux odieux prêts toxiques indexés sur le Franc Suisse (par BNP Paribas notamment).
a écrit le 19/01/2015 à 14:36 :
C'est bien de prendre des initiatives lorsque tout va bien, cela permet de préparer l'avenir sereinement.
a écrit le 19/01/2015 à 14:25 :
le franc suisse c'est bien , être un petit suisse c'est mieux .
proverbe
a écrit le 19/01/2015 à 14:11 :
Une monnaie forte n'est pas forcement un frein pour l'exportation, dans le cas de matières premières je suis d'accord, mais pour des produits nécéssitant R&D et matériaux achetés à l'étranger .
Prenons l'exemple de montres suisses , Ok les salaires/ loyers sont fixés et la hausse de la monnaie aura un impact, mais les matières premières , pour les tocantes suisses à 15000 euros c'est du tungstene , du titane, or , diamants ... ils vont payer tout ça moins cher ainsi que les frais de marketing /publicité ,contrats avec les célébrités...
a écrit le 19/01/2015 à 14:10 :
La décision suisse va accélérer la fin de l'Euro !!! (l'Euro continuera à se dévaluer par rapport au Dollar US jusqu'à ce que l'Allemagne dise "Halt !").
MERCI LA SUISSE !
a écrit le 19/01/2015 à 14:04 :
La décision de la BNS va accélérer la chute et l'explosion de l'Euro,lequel continuera à se dévaluer par rapport au US$ jusqu'à un niveau insupportable pour l'Allemagne.
MERCI LA SUISSE !!!
a écrit le 19/01/2015 à 13:36 :
"La BNS offrait la solidité de sa devise au prix d'une monnaie minée par la dette de plusieurs de ses pays membres."

Phrase alambiquée.
Réponse de le 19/01/2015 à 15:35 :
merci d'avoir remarqué les erreurs graves de rédaction de ce soi-disant professeur. Si l'on est d'accord avec les évidences comprises souvent dans ce texte, il devrait prendre des leçons de rédaction en français...
a écrit le 19/01/2015 à 13:13 :
Il comprend vraiment ce qu'il dit ce Monsieur ? La BSN a lâché la parité de 1,20... Car elle ne pouvait plus l'assumer, la BCE ayant décidé de faire baisser l'euro. C'est tout. Ce n'est pas une initiative stratégique de la BSN, mais le fruit d'une nécessité. Maintenant, les Suisses vont devoir gérer avec la zone Euro un surcoût a l'export d'au moins 20%.... Pas facile. C'est tout ce qu'il y a à dire, le reste c'est du bla, bla....
Réponse de le 19/01/2015 à 15:33 :
De tout temps les économies fortes ont du composer avec de fortes variations de taux de change, l'économie suisse a les reins suffisamment solides pour s'adapter à moyen terme, de plus elle est en train de se réorienter avec les marchés émergents. Le reste n'est effectivement que du bla bla bla...
Réponse de le 20/01/2015 à 9:12 :
Exact. L'auteur fait du politique et vous l'avez bien vu également...
a écrit le 19/01/2015 à 11:54 :
Une fois "la demande" satisfaite, seul "l'offre" par le progrès peu en augmenter l'export! Voilà une chose que l'UE n'a pas su comprendre et que l'euro fort a complètement détruit!
a écrit le 19/01/2015 à 11:49 :
Dire que l'on subventionne ses exportations par un affaiblissement de sa monnaie est un droit de toute souveraineté nationale et c'est le constat que fait l'UE, malgré le dogme qu'elle s'est appliqué!

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