2020 : trois ruptures pour une nouvelle espérance

 |   |  1036  mots
Abdelmalek Alaoui, Chroniqueur.
Abdelmalek Alaoui, Chroniqueur. (Crédits : DR)
RUPTURE(S). Comme chaque fin d’année, l’heure des bilans a sonné. Celui de 2019 ne dérogera pas à la morosité et au pessimisme ambiants observés depuis une décennie. Sur quasiment tous les sujets majeurs, l’humanité semble encore hésiter et n’arrive pas à trancher dans le vif. Urgence climatique, régulation des GAFAM, inégalités de revenus, migrations, nouveaux modèles de travail, réformes des systèmes sociaux ou encore résurgence des barrières et des populismes sont autant de sujets qui ont jalonné une année 2019 très mitigée. Si cette dernière ne pourra certainement pas être considérée comme la fin d’une époque, trois ruptures laissent présager que 2020 sera peut-être le début d’une nouvelle séquence.

Dans l'imaginaire collectif, les années 20 sont associées à une décennie de bouleversements profonds. Au XXe siècle, ce sont les « années folles », avec tout ce qu'elles charrient comme fêtes, mouvements de libération de la femme et de la parole, démocratisation de l'électroménager, de la voiture, ou encore émergence d'un mouvement artistique inédit. Dans l'Europe et l'Amérique de l'après-guerre notamment, l'on constate un accroissement du niveau de vie et de la consommation, à l'exception notable de l'Allemagne qui connait une dépression économique sévère, creusant ainsi le terrible terreau du fléau Nazi.

Le monde sort alors de la Première guerre mondiale, et les peuples veulent de l'insouciance. Elle sera matérialisée par cette parenthèse enchantée qui durera neuf ans, de 1920 à 1929.

Un legs mortifère pour les générations futures ?

En 2020, le monde ne sort pas d'une guerre mondiale, mais il fait face au plus grand défi jamais rencontré : celui de trouver un modèle qui puisse à la fois assurer la subsistance et le bien-être de tous sans détruire la planète. La tâche est tout sauf aisée. Les grandes décisions qui permettraient un changement de paradigme dans les domaines essentiels que sont l'énergie et le transport n'ont de cesse d'être reportées. Les pays riches tardent à mettre en place des solutions pérennes afin de maintenir leur modes de vie consuméristes et les pays en développement réclament leur « droit à polluer ». Dans un contexte où le multilatéralisme est placé sous respiration artificielle, chacun souhaite faire entendre sa petite musique sans se soucier de l'intérêt collectif. L'échec récent de la COP25 illustre de manière emblématique notre incapacité collective à trouver un dispositif suffisamment contraignant mais mutuellement acceptable pour répondre à l'urgence climatique. Malgré cela, 2020 et les années à venir seront placées sous le thème de l'environnement car une rupture profonde est à l'œuvre : la prise de conscience des opinions publiques du legs mortifère qu'elles préparent pour les générations futures.

C'est à l'aune de cette prise de conscience qu'il convient d'analyser l'entrée dans cette nouvelle décennie. Jamais la jeunesse n'a été autant consciente de l'urgence de revoir nos modes de vies et de la nécessité d'apporter une réponse globale qui n'émane pas uniquement des gouvernements, mais des consommateurs. Si ce mouvement global n'a pas encore cristallisé autour d'une initiative suffisamment massive pour qu'il en devienne irréversible, il y a cependant des raisons de penser que celle-ci pourrait intervenir à court terme. Dans ce cadre, les passions - positives et négatives- engendrées par l'action de Greta Thunberg sonnent comme une formidable espérance. En effet, les acteurs se sont certes divisés autour des messages et des méthodes de la jeune activiste, mais ils n'ont pas pu l'ignorer. En quelques mois, elle est devenue incontournable. Ceux qui reprendront son flambeau, peut-être de manière plus organisée, plus systématique et plus massive auront à jamais une dette à son endroit.

Revenu universel, taxation des hyper-riches et des GAFAM

Sur le plan économique, la troisième décennie du XXIe siècle comporte également des motifs d'espérer, ce qui constitue la seconde rupture. Il y a encore vingt ans, parler d'un revenu universel ou d'une taxation spécifique pour les hyper-riches aurait été considéré par beaucoup comme une hérésie. Pourtant, ces thèmes se retrouvent aujourd'hui même au cœur de la campagne présidentielle américaine, portés certes par le camp démocrate, mais résonnant néanmoins dans l'opinion. De même, la mise en place de mécanismes par l'OCDE permettant d'empêcher les GAFAM de continuer à éviter les impôts constitue une évolution substantielle. Si l'on y ajoute la possibilité que certains acteurs tels que Google ou Amazon -de fait en position de quasi-monopole- seront vraisemblablement démantelés par des régulateurs excédés de les voir concentrer autant de pouvoir économique, il y a des raisons d'espérer que la domination insolente des champions de la Tech soit enfin enrayée au profit de plus de pluralité. Enfin, le déplacement du centre de gravité des affrontements commerciaux de l'Atlantique vers le Pacifique constitue également une évolution qui devrait rééquilibrer les rapports de force dans la planète et profiter aux émergents. Pris ensemble, ces éléments pourraient changer la face de la planète.

Opinion publique mondialisée

La troisième évolution qui devrait avoir un impact fondamental sur les futures années 20 n'est toutefois ni d'ordre économique ni technologique, mais politique. Elle se situe dans le continuum d'un mouvement irrépressible enclenché dès 2011 avec les printemps arabes, qui ont vu la chute de plusieurs potentats, et qui ont été suivis par plusieurs révolutions en Afrique subsaharienne, au Moyen orient, ou encore en Amérique du sud. Bien que souvent frustrant et chaotique, le chemin de la démocratisation semble désormais impératif du fait de la double pression exercée par des peuples hyper-connectés et une opinion publique mondialisée. Cette dynamique croisée retient désormais les bras de ceux voulant céder à la tentation du tout répressif. De fait, lors de la décennie à venir, et en dépit de la remontée des nationalismes, il sera de plus en plus difficile pour des régimes autoritaires de se maintenir au pouvoir sans changer profondément et donner des gages de démocratisation. Qui aurait pu penser il y a encore dix ans que l'un des régimes les plus fermés au monde, la Birmanie, aurait à répondre de ses actes devant un tribunal international pour la répression des Rohingyas ? Qui aurait pu prédire les départs de Ben Ali, Hosni Moubarak, Robert Mugabe, Blaise Compaoré ou encore Evo Morales sous la pression de la rue et avec un minimum de victimes ? Peu de gens. Nous sommes en présence d'une évolution inexorable et salutaire, probablement le motif d'espérance le plus encourageant pour la décennie à venir...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 27/12/2019 à 6:27 :
Jamais vu autant de 4x4 et autres SUV de tailles tjrs plus etonnantes, surtout en ville.
Le rechauffement pourra attendre encore quelques decennies.
L'homme est cingle, il l'est jusqu'au tombeau.
a écrit le 26/12/2019 à 12:17 :
Les lamentations continuent..., "ceux qui sont en haut de l'échelle sociale n'arrivent pas a résoudre les problèmes de ceux qui sont en bas", alors... qu'ils n'y ont pas intérêt! Quand vont ils en prendre conscience?
Réponse de le 26/12/2019 à 13:24 :
Ceux qui sont en haut n’arrivent pas à résoudre les problèmes de ceux qui sont en bas...
Personne
« ne leur demande rien « chacun est responsable de ses actes et personne n’est responsable des choix des uns et des autres
Pourquoi ceux qui réussissent devraient changer le destin de ceux qui ne veulent pas avancer pour eux même ?
Les humains sont égaux en existence mais pas en droits car les droits c’est comme la liberté : ce n’est pas acquis comme ça naturellement ,gratuitement ...
a écrit le 26/12/2019 à 11:34 :
Bonjour,

Les Conscients qui regardent derrière eux n’avancent pas.

Les inconscients qui regardent devant , derrière , en haut , en bas des deux côtés ne voient plus rien.

L’espoir ?
Il ne faut jamais le perdre même si tout est noir et il n’y a aucune lumière car la «  force positive est en nous « 

Cordialement,
a écrit le 26/12/2019 à 11:04 :
...Trois points de suspension qui laissent entendre que ce pourrait n'être pas le cas et l'issue différente. L' Histoire nous rappelle que les changements se font plutôt dans la douleur.
a écrit le 26/12/2019 à 9:56 :
Le plus gros problème des entreprises liées à internet c'est le trafic de nos données et les GAFAM ne sont pas les seules concernées et de loin, d'une part ce sont tous les sites internet qui piquent et exploitent nos données mais en plus elles les revendent aux entreprises classiques faisant que c'est tout le secteur financier et donc industriel qui vole nos données faisant énormément de fric dessus sans notre consentement si déjà une partie substantielle de ces gigantesques revenus nous été reversée le revenu universel à nous verser serait bien moindre si à chaque transaction de nos données, et celles ci se faisant à la micro-seconde, on en bénéficiait, ce qui serait logique car représentant des revenus colossaux.

EN ce qui concerne une taxe sur les mégas riches elle reste incompréhensible puisque si ceux-ci déjà payaient leurs impôts il n'y aurait pas besoin de les taxer en plus, il y a même de fortes chances que ces taxes envisagées rapportent bien moins que s'ils payaient leurs impôts en conséquence de leurs revenus donc il faut juste exiger, plutôt que des taxes, de la justice et de la démocratie plutôt que cet entre soi oligarchique qui à tout détruit jusqu'à la capacité intellectuelle de la classe dirigeante.

Bref comme chaque année il faut espérer moins de cupidité et plus de pensée à long terme et donc d'intelligence. Serait ce pour 2020 ? Quand vous voyez les idiots corrompus qui nous dirigent désolé mais cela n'en prend pas le chemin.
a écrit le 26/12/2019 à 9:32 :
Espérance!!! Une élite "out of order", une situation de blocage du pays, (dont je peux constater que les médias ne parlent que peu, et pourtant qu'est qui sans passe des choses en province!!!!!!!!!!!!!!!

Franchement, nous avons toutes les conditions du pire, et imaginer le meilleur avec un pouvoir absolutiste c'est difficile.

La situation que nous vivons est directement lié a cela, comme la reproduction sociale.

Ayant passé du temps dans plusieurs pays, franchement il n'est pas difficile de savoir que l'espérance est pour les croyants..... Pour les autres, comme les conséquences de la grève, cela n'engage que ceux qui espèrent....

Opinion publique mondialisée, disons qu'il y a tellement de manipulateurs, qu'il faudra du temps et finalement après 20 ans d'internet, nous avons au pouvoir tout les absolutisme possible ! dans les pays dits "démocratique"....

"Revenu universel, taxation des hyper-riches et des GAFAM" la aussi, du fait même de la structuration du marché, cela ne se fera pas sans dégâts humains...


"Un legs mortifère pour les générations futures ?" a l'exemple des retraites pour le coup, si ce n'est pas un legs mortifère, qu'est que c'est !!!

Alors espérance en ce moment ou tout les pouvoirs politiques démocratiques laisse l'affairisme prendre le pas sur l'étique, difficile de ne pas imaginer le pire !
a écrit le 26/12/2019 à 9:22 :
L'humanité possède deux types de richesse : La richesse financière, et la richesse démographique. Ceux que l'on appelle les "pays riches" sont ceux qui possèdent la richesse financière, mais les autres, les "pays en voie de développement", possèdent eux, la richesse démographique. Ces deux richesses polluent, et seront de toutes manières limitées par les ressources naturelles : Eau, hydrocarbures, terrains constructibles, etc. L'humanité est maintenant confrontée au principe de réalité.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :