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2020 : trois ruptures pour une nouvelle espérance

Photo de Abdelmalek Alaoui

Abdelmalek Alaoui

Publié le 26 décembre 2019 à 07:09

Le Quotidien Numérique

04 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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RUPTURE(S). Comme chaque fin d’année, l’heure des bilans a sonné. Celui de 2019 ne dérogera pas à la morosité et au pessimisme ambiants observés depuis une décennie. Sur quasiment tous les sujets majeurs, l’humanité semble encore hésiter et n’arrive pas à trancher dans le vif. Urgence climatique, régulation des GAFAM, inégalités de revenus, migrations, nouveaux modèles de travail, réformes des systèmes sociaux ou encore résurgence des barrières et des populismes sont autant de sujets qui ont jalonné une année 2019 très mitigée. Si cette dernière ne pourra certainement pas être considérée...

... la fin d’une époque, trois ruptures laissent présager que 2020 sera peut-être le début d’une nouvelle séquence.

Dans l'imaginaire collectif, les années 20 sont associées à une décennie de bouleversements profonds. Au XXe siècle, ce sont les « années folles », avec tout ce qu'elles charrient comme fêtes, mouvements de libération de la femme et de la parole, démocratisation de l'électroménager, de la voiture, ou encore émergence d'un mouvement artistique inédit. Dans l'Europe et l'Amérique de l'après-guerre notamment, l'on constate un accroissement du niveau de vie et de la consommation, à l'exception notable de l'Allemagne qui connait une dépression économique sévère, creusant ainsi le terrible terreau du fléau Nazi.

Le monde sort alors de la Première guerre mondiale, et les peuples veulent de l'insouciance. Elle sera matérialisée par cette parenthèse enchantée qui durera neuf ans, de 1920 à 1929.

Un legs mortifère pour les générations futures ?

En 2020, le monde ne sort pas d'une guerre mondiale, mais il fait face au plus grand défi jamais rencontré : celui de trouver un modèle qui puisse à la fois assurer la subsistance et le bien-être de tous sans détruire la planète. La tâche est tout sauf aisée. Les grandes décisions qui permettraient un changement de paradigme dans les domaines essentiels que sont l'énergie et le transport n'ont de cesse d'être reportées. Les pays riches tardent à mettre en place des solutions pérennes afin de maintenir leur modes de vie consuméristes et les pays en développement réclament leur « droit à polluer ». Dans un contexte où le multilatéralisme est placé sous respiration artificielle, chacun souhaite faire entendre sa petite musique sans se soucier de l'intérêt collectif. L'échec récent de la COP25 illustre de manière emblématique notre incapacité collective à trouver un dispositif suffisamment contraignant mais mutuellement acceptable pour répondre à l'urgence climatique. Malgré cela, 2020 et les années à venir seront placées sous le thème de l'environnement car une rupture profonde est à l'œuvre : la prise de conscience des opinions publiques du legs mortifère qu'elles préparent pour les générations futures.

C'est à l'aune de cette prise de conscience qu'il convient d'analyser l'entrée dans cette nouvelle décennie. Jamais la jeunesse n'a été autant consciente de l'urgence de revoir nos modes de vies et de la nécessité d'apporter une réponse globale qui n'émane pas uniquement des gouvernements, mais des consommateurs. Si ce mouvement global n'a pas encore cristallisé autour d'une initiative suffisamment massive pour qu'il en devienne irréversible, il y a cependant des raisons de penser que celle-ci pourrait intervenir à court terme. Dans ce cadre, les passions - positives et négatives- engendrées par l'action de Greta Thunberg sonnent comme une formidable espérance. En effet, les acteurs se sont certes divisés autour des messages et des méthodes de la jeune activiste, mais ils n'ont pas pu l'ignorer. En quelques mois, elle est devenue incontournable. Ceux qui reprendront son flambeau, peut-être de manière plus organisée, plus systématique et plus massive auront à jamais une dette à son endroit.

Revenu universel, taxation des hyper-riches et des GAFAM

Sur le plan économique, la troisième décennie du XXIe siècle comporte également des motifs d'espérer, ce qui constitue la seconde rupture. Il y a encore vingt ans, parler d'un revenu universel ou d'une taxation spécifique pour les hyper-riches aurait été considéré par beaucoup comme une hérésie. Pourtant, ces thèmes se retrouvent aujourd'hui même au cœur de la campagne présidentielle américaine, portés certes par le camp démocrate, mais résonnant néanmoins dans l'opinion. De même, la mise en place de mécanismes par l'OCDE permettant d'empêcher les GAFAM de continuer à éviter les impôts constitue une évolution substantielle. Si l'on y ajoute la possibilité que certains acteurs tels que Google ou Amazon -de fait en position de quasi-monopole- seront vraisemblablement démantelés par des régulateurs excédés de les voir concentrer autant de pouvoir économique, il y a des raisons d'espérer que la domination insolente des champions de la Tech soit enfin enrayée au profit de plus de pluralité. Enfin, le déplacement du centre de gravité des affrontements commerciaux de l'Atlantique vers le Pacifique constitue également une évolution qui devrait rééquilibrer les rapports de force dans la planète et profiter aux émergents. Pris ensemble, ces éléments pourraient changer la face de la planète.

Opinion publique mondialisée

La troisième évolution qui devrait avoir un impact fondamental sur les futures années 20 n'est toutefois ni d'ordre économique ni technologique, mais politique. Elle se situe dans le continuum d'un mouvement irrépressible enclenché dès 2011 avec les printemps arabes, qui ont vu la chute de plusieurs potentats, et qui ont été suivis par plusieurs révolutions en Afrique subsaharienne, au Moyen orient, ou encore en Amérique du sud. Bien que souvent frustrant et chaotique, le chemin de la démocratisation semble désormais impératif du fait de la double pression exercée par des peuples hyper-connectés et une opinion publique mondialisée. Cette dynamique croisée retient désormais les bras de ceux voulant céder à la tentation du tout répressif. De fait, lors de la décennie à venir, et en dépit de la remontée des nationalismes, il sera de plus en plus difficile pour des régimes autoritaires de se maintenir au pouvoir sans changer profondément et donner des gages de démocratisation. Qui aurait pu penser il y a encore dix ans que l'un des régimes les plus fermés au monde, la Birmanie, aurait à répondre de ses actes devant un tribunal international pour la répression des Rohingyas ? Qui aurait pu prédire les départs de Ben Ali, Hosni Moubarak, Robert Mugabe, Blaise Compaoré ou encore Evo Morales sous la pression de la rue et avec un minimum de victimes ? Peu de gens. Nous sommes en présence d'une évolution inexorable et salutaire, probablement le motif d'espérance le plus encourageant pour la décennie à venir...

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Abdelmalek Alaoui

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