50 ans de lutte contre le réchauffement climatique  : l'urgence est là mais l'espoir aussi

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(Crédits : Reuters)
Témoin clé de la lutte contre le changement climatique, Jean Jouzel, vice-président du GIEC de 2002 à 2015, relate 50 ans de lutte et les raisons d'espérer. Par Jean Jouzel, Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) - Université Paris-Saclay

Cela fait 50 ans que je suis climatologue, j'ai commencé ma thèse en 1968 sur la formation des grêlons puis me suis intéressé à l'évolution passée du climat à partir des glaces polaires. La prise de conscience du réchauffement climatique ce sont les années 1970 et les années 1980. En particulier, les modélisations du climat montraient que si on doublait les quantités de gaz carbonique dans l'atmosphère (le premier gaz à effet de serre dû à l'activité humaine) on pourrait avoir des réchauffements très importants au milieu du XXIe siècle. Malheureusement ça reste tout à fait vérifié et avec des conséquences importantes.

Une histoire de conférences

Les scientifiques ont alerté les décideurs politiques : il va y avoir un changement majeur climatique si on ne change pas de mode de développement. La décision a été de créer le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) en 1988.

La mission du GIEC n'est pas de faire des recommandations aux décideurs politiques mais de poser un diagnostic scientifique : trois grands rapports sont publiés à intervalles réguliers tous les cinq à six ans à propos des causes, des impacts et de l'adaptation et des solutions. Les prochains seront disponibles entre 2021 et 2022.

L'espoir des scientifiques est que les décideurs politiques tiennent compte de ces diagnostics et cela s'est plutôt bien passé pour l'instant. En 1990 a été publié le premier rapport du GIEC, et en 1992, s'est tenu le premier sommet de la Terre de Rio où les décideurs politiques mettent en place trois conventions : sur le climat, la biodiversité et la désertification.

En 1997 c'est le protocole de Kyoto : il faut stabiliser l'effet de serre pour limiter le chauffage de la planète. Pour le gaz carbonique, on en émet beaucoup plus que la végétation et l'océan ne sont capables d'absorber. Donc pour stabiliser l'effet de serre, il faut diminuer les émissions : c'était l'objectif de Kyoto. Cette conférence fut en partie un échec à cause de la non-ratification par les États-Unis.

Schéma du principe de l'efffet de serre. Robert A. Rohde/WikipediaCC BY

La deuxième conférence majeure s'est tenue en 2009 à Copenhague : l'idée était de prolonger le protocole de Kyoto : a posteriori on peut la voir comme un échec car les émissions de gaz à effet de serre ont continué à augmenter alors que si on voulait vraiment limiter le réchauffement climatique il faudrait diminuer.

La troisième conférence qui a fait date est la COP 21 à Paris : les politiques du monde entier se réunissent et cela fonctionne bien puisque l'accord signé s'est appuyé de façon très claire sur le cinquième rapport du GIEC publié en 2013 et 2014.

On est rentré pour la première fois dans un objectif chiffré : une limitation du réchauffement global de 2°C par rapport à la période pré industrielle voire 1,5°C. 2°C c'est simplement 1°C de plus par rapport aux cinq dernières années : les années les plus chaudes de cette période industrielle.

On estime que si on limite à 2°C, l'humain pourra s'y adapter : au moins pour l'essentiel. Le problème est que l'on est encore loin de cet objectif, même sans parler du retrait des États-Unis de cet accord, les prévisions actuelles tablent plutôt sur un réchauffement de 3 à 3,5°C à la fin du siècle.

Quelles sont les solutions ?

Ce qu'il faudrait vraiment c'est augmenter l'ambition de l'accord de Paris. Tant que Barack Obama était au pouvoir, une dynamique vertueuse était en place, quasiment tous les pays avaient signés. Le retrait annoncé des États-Unis, c'est la douche froide, pas simplement pour ce pays mais aussi à cause de l'effet d'entraînement qu'il pourrait engendrer.

Rester en dessous de 2°C, c'est un véritable défi : on n'a plus le droit qu'à une vingtaine d'années d'utilisation des carburants fossiles au rythme actuel. Le pic d'émission devrait être en 2020 :au plus tard cela implique un changement complet du mode de développement pour aller rapidement vers une société sobre en carbone.

Si on ne le fait pas, les jeunes d'aujourd'hui - on ne parle même pas des générations futures - auront à faire face à la fin de ce siècle à des conséquences importantes.

En France, la loi sur la transition énergétique va dans le bon sens.

Ses objectifs sont en accord avec ceux de l'accord de Paris : diviser par quatre nos émissions à horizon 2050, et même atteindre la neutralité carbone en 2050 selon Nicolas Hulot.

Donc, pour l'objectif général, c'est parfait. Mais ceux pour 2020 ne seront pas respectés. Il faudrait que les émissions diminuent de 3 % par an. Or entre 2016 et 2017, elles ont augmenté de 3 % !

Chacun a un rôle à jouer dans cette transition

Il faut dorénavant de la sobriété dans nos modes de vie et de consommation. Tout le monde a un rôle : les États doivent mettre en place des accords ambitieux et des outils pour que cela se traduise par des faits. Les régions et les collectivités ont également un devoir essentiel à assurer dans les transports et les infrastructures.

Les entreprises doivent être au premier plan. Elles doivent créer des emplois. La transition énergétique selon l'ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie) ce serait 600 000 emplois créés.

Donc tout cela reste techniquement possible et économiquement viable.

Cette transition est enthousiasmante puisqu'elle est synonyme de recherche, d'inventivité dans tous les domaines. Il ne faut surtout pas donner l'impression qu'abandonner les combustibles fossiles ce serait la fin du monde en termes de développement ou de qualité de vie.

Depuis une dizaine d'années les coûts de l'énergie solaire ou éolienne ont énormément diminué. On est passé en 15 ans de l'utopie à des choses réalisables. Les progrès technologiques vont continuer.

Pourquoi participer à l'ESOF ?

L'ESOF un forum où des scientifiques de tous les domaines seront présents. Il faut sensibiliser la communauté scientifique au sens large aux enjeux du climat. Il y a des pays où le scepticisme est important, donc nous essayons de leur faire passer le message. C'est bien de ne pas s'adresser qu'aux climatologues.

The Conversation ________

Par Jean JouzelClimatologue, ancien vice président du groupe scientifique du GIEC de 2002 à 2015, Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) - Université Paris-Saclay

Cet article est publié dans le cadre du EuroScience Open Festival (ESOF).

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

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Commentaires
a écrit le 20/07/2018 à 13:29 :
L'aspect écologique du réchauffement climatique doit être complété par un aspect économique qui consiste à appliquer la note n°6 du conseil d'analyse économique. Cette note envisage de répartir les prélèvements sociaux sur le travail et sur l'énergie, ce qui justifie de mettre une taxe sur l'énergie pour financer les charges sociales, à niveau constant, et de compléter cette mesure par une allocation universelle. Que Jouzel se rapproche des rédacteurs de cette note n°6. Cela devient urgent.
a écrit le 20/07/2018 à 11:34 :
Cette histoire de lutte contre le réchauffement climatique, et pas de réchauffement climatique, est une foutaise. Les gaz cfc qui détruisaient la couche d'ozone menaçant directement la planète et ses habitants, l'interdiction de ses gaz a permis à la couche d'ozone de quasiment retrouver son intégralité donc si on voulait arrêter d'émettre des gaz à effets de serre en 6 mois cela serait plié mais les lobbys concernés, agro-industrie et pétrolier notamment sont beaucoup plus puissants que ceux concernés par les gaz à effet de serre.

Du coup le problème n'est pas la technique mais la seule volonté des propriétaires d'outils de productions et de capitaux qui ont justement achetés nos politiciens pour ne pas à avoir faire ces efforts.

Bref encore le seul et unique problème d'une compromission généralisée entre politiciens et hommes d'affaires faisant que rien de progressiste ne peut advenir, les politiciens normalement doivent représenter les intérêts du peuple dans son ensemble et pas seulement une petite partie.

En prenant encore plus de recul il y a de fortes chances que si on disait à la justice, en lui donnant les moyens, de mettre un terme à cette compromission on règlerait le problème encore plus rapidement.

Bref si on ne désigne jamais les véritables responsables du doigt on n'avancera toujours pas.

"Comment éviter le chaos climatique ?: Et la couche d’ozone fut sauvée" https://www.monde-diplomatique.fr/2015/11/MOECK/54140 (article gratuit)
a écrit le 20/07/2018 à 11:29 :
on a pu voir ces derniers temps des articles sur la vague de chaleur inédite dans l'hémisphère Nord, les incendies en Suède (et la France qui est appelée à la rescousse...), les multiples incendies aux US, la baisse des réserves d'eau dans Sud Ouest américain, le manque d'eau en Iran, la chaleur qui devient intenable en Asie du Sud (Inde, notamment), les catastrophes naturelles au Japon, etc...
il y a du boulot.

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