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Affaire du FBI : Donald Trump a encore gagné

Jean-Éric Branaa

Publié le 09 juin 2017 à 09:25 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:06

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Il n’y a pour le moment aucune chance de destituer Trump, et chaque attaque contre lui renforce la détermination et la confiance de la part de ses soutiens. Par Jean-Éric Branaa, Université Paris II Panthéon-Assas.

« Que va-t-il se passer aujourd'hui à Washington ? » Telle était la question que tout le monde se posait ce matin aux États-Unis. Pour y répondre, il fallait s'intéresser à l'homme du jour : James Comey. En réalité, c'est sa quatrième heure de gloire dans les médias. La première remontait à juillet 2016, lorsqu'il est apparu en pleine lumière pour indiquer qu'il mettait fin à l'enquête sur la fameuse affaire des emails, ce feuilleton qui a empoisonné la campagne d'Hillary Clinton et auquel personne ne comprenait plus rien.

On a toutefois compris que cette annonce était importante car le candidat républicain, Donald Trump, s'est aussitôt déchaîné contre lui, tweetant : « C'est très très injuste ! ». Avant de se raviser et de prétendre que le directeur du FBI aurait affirmé que « l'attitude d'Hillary Clinton a été une honte et un profond embarras pour notre pays ». Ce qu'il n'a jamais dit.

Il faut reconnaître que cette affaire arrangeait bien Donald Trump et la fin de l'enquête tombait bien mal, à quelques semaines de l'ouverture de la campagne électorale officielle. Fort heureusement pour lui, les astres étaient de son côté et, incidemment, le directeur du FBI aussi, même s'il ne l'a pas réellement voulu : la deuxième intervention publique de James Comey n'est pas passée inaperçue quand, à 11 jours du scrutin présidentiel, il a annoncé qu'il rouvrait l'enquête « suite à des faits nouveaux ». Cette simple remarque, bien anodine hors campagne, a été dévastatrice. Hillary Clinton a elle-même affirmé, fin avril, que cette intervention avait provoqué sa défaite.

Digne de la finale du Super Bowl

Or, le 9 mai, Donald Trump a limogé ce même James Comey, braquant soudainement sur lui les projecteurs pour la troisième fois. Les Américains ont appris à connaître ce haut fonctionnaire qu'il était totalement inconnu avant cette affaire : son renvoi a été beaucoup commenté, et c'est bien sur ce limogeage que la Commission d'enquête du Sénat est revenue ce 8 juin. Toutes les télévisions ont déployé un dispositif digne du Super Bowl, la finale du championnat de football américain, pour savoir si leur Président avait bien viré cet homme pour empêcher une enquête fédérale.

Depuis plusieurs jours, on a aussi assisté à une concurrence féroce entre le Washington Post et le New York Times, pour être le premier journal à dévoiler les dessous de l'affaire qui pouvait bien être celle du siècle.

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Il y a aussi eu une forte concurrence chez les « fuiteurs », des anonymes - certainement des fonctionnaires ayant accès à des documents liés à cette affaire, et qui se sont livrés à une course effrénée pour être le premier ou la première à les communiquer aux journaux. Sur Twitter ou Facebook, des spécialistes ont multiplié les posts pour annoncer la chute inéluctable.

Toujours prêt à tweeter

Dans une déposition liminaire, publiée le 7 au soir, James Comey a fait connaître ses principaux arguments. Il a raconté comment Donald Trump lui avait demandé d'enterrer une enquête en cours. Est-ce grave ? Oui, bien entendu, puisqu'on parle d'obstruction de justice de la part du président des États-Unis et que beaucoup évoquent désormais une possible destitution. Mais il reste à prouver cette obstruction et, surtout, à prouver l'intention malicieuse (c'est le droit américain qui le stipule) - ce qui n'est pas si simple.

Dans les révélations publiées la veille, James Comey avait pris soin de ne pas accuser directement le Président du moindre crime, préférant s'en tenir à l'exposé des faits et laissant à d'autres le soin de qualifier son attitude. Il s'agit-là davantage de politique que de pénal.

Les opposants au Président considèrent que ce dernier ne connaît rien à la politique, qu'il est un businessman égaré dans un monde qui n'est pas le sien et qu'il est temps de mettre fin à ce mandat indigne. Pour eux, Trump est incontrôlable et agit toujours dans l'excès. Il est prêt à dire tout et n'importe quoi, voire à le tweeter - ce qui semble bien pire.

Parole contre parole

Les sénateurs se sont intéressés au fond de l'affaire et ont voulu connaître les détails des conversations entre James Comey et Donald Trump : le Président aurait donc exigé de la loyauté de la part du directeur du FBI, alors que celui-ci est censé être indépendant du pouvoir ? Oui, mais, où sont les preuves ? On est logiquement, et comme on s'y attendait, retombé dans le « parole contre parole », même si Comey a dit d'un air grave que le président Obama ne lui avait jamais demandé la moitié de ce que Trump a osé exiger de lui...

Il reste que James Comey a été renvoyé alors qu'il devait rester en place pour dix ans, sauf faute très grave. « You're fired ! » : ces mots ont résonné très fortement dans la tête des Américains car ils ont entendu Donald Trump les prononcer bien souvent, du temps où il produisait une émission de télé-réalité. C'est peut-être pour cela qu'il y avait tant de monde devant son poste : réalité et télé-réalité se sont télescopées.

La présidence américaine actuelle semble scénarisée comme une saison inédite de House of Cards. Connaître le fond de l'affaire est, en définitive, un peu secondaire pour ce public, ou pour ces sénateurs qui ont voulu savoir pourquoi cet homme censé représenter la justice et sa puissance avait peur de rester seul dans une pièce avec Trump. D'ailleurs, James Comey a lui-même admis que le Président n'avait pas besoin de motif pour le limoger. On a alors compris à ce moment-là que tout cela était une mascarade, un grand jeu politique, et que chaque camp essayait de marquer des points contre l'autre, en vue des prochaines élections certainement.

« Un grand garçon qui sait se défendre... »

James Comey était bien seul au milieu de cette partie, soutenu par des hommes et femmes (démocrates) qui détestent Trump accusé d'avoir volé la présidence à leur championne, et d'autres (les Républicains) qui ne lui veulent pas du bien et le détestent parce qu'il s'en prend à leur champion.

Qu'est-il donc allé faire dans cette galère ? Le sénateur républicain Jim Risch l'a crucifié sur place lorsqu'il lui a demandé si quelqu'un avait déjà été condamné pour avoir « espéré » quelque chose. Ce faisant, il visait directement le corps du délit, cette phrase controversée de Donald Trump qui, selon l'ex-patron du FBI, aurait « espéré que l'enquête sur Flynn s'arrête... ». La sénatrice démocrate Dianne Feinstein lui a fait remarquer juste après qu'il était « un grand garçon et qu'il savait « se défendre »... La messe était dite.

Et Donald Trump ? Il aura lui aussi pris quelques coups, car c'est le jeu. Mais, au final, il s'en sort avec une belle victoire qu'il n'aurait pas espérée il y a seulement quelques jours : James Comey a en effet reconnu qu'aucune enquête ne portait sur Trump et ne cherche à déterminer ses liens avec ces affaires russes qui plombent sa présidence depuis le 8 novembre.

Trump « blanchi »

C'est une information : on peut toujours lui mettre sous le nez des preuves accablantes contre ses proches : Carter Page, Paul Manafort, Roger Stone, Michael Flynn ou même son gendre, Jared Kushner. Il objectera qu'il ne s'agit pas de lui, et qu'il vient d'être disculpé. Il ressort blanchi de cette folle journée.

Or, il ne faut pas perdre de vue que le vrai danger pour la présence Trump aurait pu venir du procureur indépendant, Robert Mueller, qui a été nommé pour enquêter sur toute cette affaire : ce dernier va devoir enregistrer ce témoignage à décharge pour Donald Trump, qui n'en attendait pas autant de la part de James Comey.

Ceux qui affirmaient que Trump était affaibli politiquement vont aussi devoir remiser leurs arguments. Ce n'est pas encore le début de la fin. Dès la fin de l'audition, les soutiens de Trump ne se sont d'ailleurs pas fait prier pour reprendre leur refrain sur « les attaques sans fin et indignes contre leur poulain. « On veut voler notre vote », clament-ils. Un sondage Quinnipiac paru le matin même devrait inciter les démocrates à la prudence : 34 % des Américains ne soutiennent pas Trump, mais ils sont 72 % des Républicains à lui conserver toujours leur confiance.

Il n'y a donc - pour le moment - aucune chance de faire voter un impeachment par la Chambre des Représentants, et on voit bien que chaque attaque contre Trump renforce la détermination et la confiance de la part de ses soutiens. Demeure une certitude à l'issue de cette audition : la société américaine est bien divisée, et bien malade. Cela nous promet des élections très rudes en 2018.

The Conversation
The Conversation (Crédits : Photo DR)

Par Jean-Éric Branaa, Maître de conférences politique et société américaines, Université Paris II Panthéon-Assas.

 La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

Jean-Éric Branaa

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