Assurance santé comportementale : le marché français bouge enfin

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(Crédits : DR)
Il ne faut pas avoir peur des initiatives en faveur d'une assurance santé modulée selon le comportement. Pourquoi ne pas aller jusqu'à des réductions de tarif? Par Paul- Louis Belletante, Betterise Health Tech

 Depuis 2 ans, la majorité des complémentaires santé françaises s'équipe de plateformes digitales santé. Ces services innovants leur permettent non seulement de prendre soin de la santé de leur assurés (le service est très souvent proposé gratuitement) mais également d'engager avec eux une relation correspondant aux nouveaux usages digitaux d'aujourd'hui.

Si la réalisation de telles plateformes est complexe, l'approche en faveur de l'utilisateur final est assez simple : proposer un service intuitif, composé de fonctionnalités diverses, pour lui permettre de prendre du recul sur ses comportements, d'adopter de bonnes habitudes et ainsi, de vivre mieux au quotidien.

Les premières études (notamment publiées dans The Lancet aux Etats-Unis dans le cadre du projet Better Health, Better Choices) sont très positives quant à l'impact réel de tels suivis digitaux sur la santé des utilisateurs. Et les dernières études de l'Organisation Mondiale de la Santé sur les maladies chroniques le confirment : si les 4 facteurs de risque principaux (sédentarité, mauvaise alimentation, tabac, alcool) étaient mieux appréhendés par les populations, il serait possible d'éviter près de 75% des maladies cardiovasculaires et des Diabètes de type 2, et de faire baisser le nombre de cancer de près de 40%.

Quand Generali franchit le rubicon...

Ces résultats confortent les complémentaires santé dans leur responsabilité de déployer de tels services : les effets sont réels. Certains argueront que l'intérêt économique n'est pas loin : un assuré qui se maintient en bonne santé coûte forcément moins cher qu'un assuré, en moins bonne santé. Bien sûr ! Mais cette logique financière est salvatrice, à l'heure où le système de santé français doit faire face à l'un des plus grands défis économiques de son histoire. Oui, il est possible pour tous les acteurs (publics, privés) de faire baisser les coûts de santé en France : c'est une bonne nouvelle.

L'attente des assurés est réelle : l'usage de ces services est bon, très bon. Le mouvement de fond est même plus large : les entreprises, pouvant faire bénéficier leurs salariés de tels avantages au travers de leurs contrats collectifs, sont elles-mêmes de plus en plus demandeuses de telles offres.

Sur ce marché bouillonnant, une étape vient d'être franchie : un assureur (Generali) a en effet annoncé le lancement en France de sa propre plateforme digitale santé, Vitality, en janvier prochain, et assume un fonctionnement clair de récompenses : si vous êtes capables de prouver au service que vous faites les bons gestes pour votre santé, celui-ci vous récompense en bons d'achats valables auprès de quelques marques partenaires. Nous ne sommes pas encore dans le domaine de l'assurance comportementale à proprement parler : le montant de la prime n'évoluera pas encore en fonction de votre comportement. Mais clairement, l'assureur italien vient de franchir le rubicon et lance un mouvement de fond qui permettra sans doute de faire tomber quelques tabous en France.

Un prix de la complémentaire santé selon le comportement

Tout en conservant en socle l'intérêt moral d'une approche mutualiste (tout le monde paie le même prix pour soutenir ceux qui en ont le plus besoin), n'y a t-il pas des modèles à trouver où, à la marge, le prix de votre complémentaire santé pourrait dépendre de votre comportement, si vous êtes prêt(e) à jouer le jeu ? Pour l'heure, tous les modèles de services proposés par les assureurs sont très clairs : aucune donnée de l'utilisateur ne remonte à l'assureur, aucune donnée ne peut influer sur les contrats et les montants qu'ils représentent.

Mais demain ? Un utilisateur non fumeur, sportif, acceptant de partager ses données avec son assureur (après tout, un grand nombre de personnes ne trouve pas cela choquant) peut apprécier de voir sa prime aménagée, par rapport à celle de son voisin au mode de vie moins sain. Tant qu'il n'y est pas obligé, et que le fameux voisin n'en n'est pas, en retour, pénalisé.

Bien sûr, de nombreuses précautions sont à prendre, sur la gestion et la sécurité des données, le respect de la liberté de chacun de vivre la vie qu'il veut, etc. Mais dans une société où les services deviennent de plus en plus individualisés, où les usages digitaux bouleversent notre vie, nul doute que le domaine de la santé, et les modèles économiques qui vont avec, vont être profondément transformés dans les prochains mois.

Et l'impact positif que pourront avoir ces transformations sur l'état de santé des populations en général, ainsi que sur l'économie de nos systèmes de santé fragiles, mérite en tout cas que le débat avance, sereinement.

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Commentaires
a écrit le 13/09/2016 à 10:32 :
"si vous êtes capables de prouver au service que vous faites les bons gestes pour votre santé, celui-ci vous récompense en bons d'achats valables auprès de quelques marques partenaires."
prouver comment ? Par un formulaire, des preuves de jogging chaque matin (enregistré sur un appareil embarqué), .. ? Le nombre de bouteilles de vin rouge achetées par mois ? L'aération régulière du logement pour chasser les Composés Organiques Volatils ?
Bons d'achat, pour des choses qu'on achète habituellement ou dont on a aucun besoin ? Un bon d'achat, c'est pas 100% du prix, il faut donc dépenser en plus, évitons l'inutile, voire futile.
Les cinq portions de fruits et légumes quotidiens, ça compte ? La visite annuelle chez le médecin pour faire le bilan aussi ? Faut que je me décide, ça fait dix ans que j'ai pas consulté, faute de maladie.
a écrit le 13/09/2016 à 10:16 :
Dans un système où aller chez le médecin autant que chez le boulanger est autorisé, proposer d'utiliser les comportements des individus se heurtent à la mutualisation imposée par le régime général.
C'est pourtant d'une logique imparable que de dire que, dès lors qu'on n'est pas atteint d'une maladie grave, on n'a pas le droit d'aller plus de 4 fois chez un généraliste par an.
Mais ça fait vivre tout un système aussi...
a écrit le 13/09/2016 à 10:05 :
" Pourquoi ne pas aller jusqu'à des réductions de tarif?"

Comme si l'économie nous avait habitué au mieux, je suis d'accord sur le principe, pourquoi pas après tout, mais comme d'habitude, sachant comment fonctionnent les assurances elles ont profiteront pour augmenter les tarifs de ceux qui la refusent et les prix resteront inchangés, au mieux, normalement ils augmenteront quand même un peu, les prix des assurances augmentent toujours, quand on acceptera.

Ce genre d'article est épuisant car venant d'un protagoniste soit compromis avec les milieux financiers et plus particulièrement ceux des assurances, soit un optimiste béat, crédule à souhait, complètement déconnecté des réalités de ce monde.

Un peu d'expérience au sein de la vie réelle s'il vous plait, merci.

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