Bitcoin, Ethereum... Comment les cryptos peuvent modifier la nature de la monnaie

OPINION. Comme un retour aux sources, la monnaie devient un outil d'échange, d'unité de compte, de réserve, et de troc digital, sous forme d'actifs physiques digitaux, parfois intelligents, ou d'actifs financiers. (*) Par Yann Le Floch, expert en monnaies digitales
(Crédits : DADO RUVIC)

Il est pour habitude de considérer que la monnaie, outil économique que nous utilisons tous les jours, a pour fonction d'être un instrument d'échange, d'unité de compte, et de réserve de valeur, définition attribuée souvent à Aristote, 4 siècles avant notre ère.

Dans l'environnement économique ambiant, il est possible d'observer qu'un vent d'innovation se projette sur les questions monétaires, dont l'écosystème des dites cryptomonnaies a pu être l'initiateur, les monnaies digitales de banques centrales pouvant être le relais de ce type d'initiatives.

Il apparaît de manière marquée au sein de l'écosystème des dites cryptomonnaies, que certaines monnaies, tel que le Bitcoin, présentent d'un point de vue économique un caractère hybride d'actifs financiers, se fondant avec les fonctions classiques de la monnaie. Le Bitcoin est aujourd'hui un outil d'échange, de réserve de valeur, et d'unité de compte dans certains référentiels, et aussi un actif financier volatil régi par des processus de marché.

L'approche comptable VS l'approche réelle

Le monde économique et financier a eu pour habitude d'aborder la question monétaire dans une approche d'abord comptable, la monnaie étant ainsi perçue comme un étalon, l'unité de compte. Cela se traduit dans l'écosystème des monnaies digitales, par une définition technologique de la monnaie comme « account based », traduit littéralement par « basé sur un compte ». Dans l'usage courant que les citoyens peuvent avoir de la monnaie, avec une approche physique réelle ou symbolique, la monnaie peut être aussi perçue comme une pièce ou un jeton, ce qui se traduit par une définition technologique de la monnaie comme « token based », littéralement traduit par basé sur un jeton. Dans l'écosystème financier et économique traditionnel, notre monnaie électronique est basée sur un compte, ce qui est aussi le cas pour Bitcoin dans une certaine mesure avec une adresse publique sur laquelle se trouve des unités de compte. Concernant Ethereum, à l'adresse publique d'un Ether, est associé des jetons technologiques qui peuvent être programmés, via les dits « smart contracts » ou contrats intelligents. Cette différence de perception de la monnaie entre une approche comptable d'unité de compte, ou physique d'instrument d'échange, peut être perçu comme un verbiage secondaire, mais a un impact sur les choix technologiques afférents, et l'usage des monnaies qui en est faite ensuite dans la pratique. En effet, l'approche technologique physique basée sur un jeton d'Ethereum a ainsi permis la création des fameux NFTs artistiques notamment, ces œuvres d'art ou de luxe dont les jetons NFTs en sont la représentation et certification digitale, avec une forme de digitalité physique de jetons.

Pour aller au-delà, la monnaie peut ainsi démontrer avoir une propriété physique et économique d'actif, un « asset » dans la langue de Shakespeare :

- plus proche d'un actif d'usage comme il était le cas dans le monde du troc dans l'échange d'objets physique, un poulet, des pommes, un kilo de farine, et pourquoi pas un NFT.

- ou d'un actif financier comme il est le cas pour beaucoup des cryptomonnaies de premier rang.

Cette réalité physique qui se dégage dans la nature et la définition de la monnaie apparaît ainsi en filigrane dans l'écosystème pratique des monnaies digitales, la monnaie devient ainsi, un outil d'échange, d'unité de compte, de réserve, et de troc digital, sous forme d'actifs physiques digitaux, parfois intelligents, ou d'actifs financiers, comme un retour aux sources.

Cette porosité qui apparaît ainsi entre les différentes fonctions économiques des outils monétaires, présente dans la pratique des potentialités d'usage et technologiques très marquées.

Ainsi, Bernard Lietaer, économiste et universitaire belge, qui a été membre du board de la création de l'ECU, ancêtre monétaire de l'Euro, et professeur à l'université de Berkeley en Californie jusqu'à son décès en 2019, œuvrait pour la création d'un écosystème monétaire institutionnelle présentant une richesse de monnaies de natures différentes, et hybrides, projet que les technologies contemporaines, dont la Blockchain, permettraient de réaliser.

Sa vision de la nature de la monnaie était une approche complémentaire entre des monnaies Yang, masculine symboliquement, et des monnaies Yin, à la philosophie féminine.

Synthétiquement, les monnaies Yang, sont les monnaies nationales, rares, incitant à la compétition, créant des capitaux financiers, utilisées pour le commerce international. Les monnaies Yin sont considérées comme des monnaies complémentaires, coopératives, émis en quantité suffisante, ayant pour vocation de créer du capital social.

Les nouvelles technologies permettent ainsi de réaliser d'un point de vue théorique dans le monde réel l'ensemble de ces visions monétaires sur une nature différente de la monnaie, le tout dans un cadre institutionnel sage et avisé, mais innovant et audacieux.

Au-delà, en couplant les philosophies de monnaies complémentaires, avec la nature de la monnaie qui s'exprime pas à pas comme un actif monétaire, il est possible de créer des monnaies actifs à la potentialité économique et humaine tout à fait remarquable.

Un exemple pourrait être les monnaies duales. Il est parfois dit dans certaines philosophies de vie « qu'il faut donner pour recevoir ». Dans l'économie classique, le paiement/don d'argent se fait contre un actif économique ou financier, selon des règles dites de marché. Serait-il ainsi envisageable de créer une « monnaie », un actif monétaire dual, dont le paiement d'un bien ou d'un service, se fasse dans un échange bilatéral d'actif monétaire, ou complémentaire d'actif monétaire. Concrètement, vous allez à la pizzeria, vous payez à la fin de votre repas votre pizza en euros selon des modalités classiques, vous avez la possibilité de payer avec des actifs monétaires institutionnelles dédiés, des jetons, des bons points, pour le service du restaurant, ou d'en recevoir comme client agréable. Ces jetons complémentaires étant par exemple distribués à l'origine en « Air Drop », ou monnaie hélicoptère, par les états en coordination avec les banques centrales aux particuliers et commerçants. Dans cet exemple, l'axe de dualité de l'échange pourrait être monétisable en argent de référence euros, que si un certain nombre de « Match » entre bons points/jetons reçus et bons points/jetons donnés, pouvaient s'exprimer, dans un équilibre complémentaire des échanges marchands. La relation économique classique s'ouvrant ainsi sur des dimensions différentes dans une dualité de rapports commerciaux et économiques complémentaires. Il va de soi que la dimension de satisfaction réciproque dans la relation commerciale, pourrait s'étendre à des dimensions environnementales, à des dimensions de perception de qualité, à des dimensions humaines et sociales en tout genre. Un point d'attention serait que la monétisation duale de ces dimensions non monétisées à ce jour, nécessiterait une architecture économique fine, pour éviter des effets de bord délétères.

Au-delà, nous pouvons comprendre ainsi, que des monnaies duales, ouvertes à des dimensions de monétisation complémentaires des échanges, selon des axes par exemple ESG (Environnement, Social, Gouvernance), ouvrent une forme de vision spectrale de l'échange économique, et s'échanger des spectres de fréquences économiques différents, c'est ainsi s'échanger des ondes, et des énergies, selon la définition physique (voir par exemple les définitions des transformations de Fourrier sur Wikipedia pour les plus curieux sur ces thèmes). Les nouvelles technologies monétaires feront-elles donc sur le long terme de l'économie un jeu d'échange d'énergie, cela est tout à fait probable.

Ainsi, de par les dites nouvelles technologies, une nouvelle mise en perspective de la nature de la monnaie se dessine pas à pas. Est-ce que Bitcoin, Ethereum, Hyperledger, seront aux monnaies digitales, un acte fondateur de transformations monétaires et technologiques encore plus profondes structurellement, cela est très probable. Existe-t-il aujourd'hui des technologies monétaires conçues par conception pour s'échanger des actifs monétaires au sens strict, voir des actifs monétaires ondulatoires, pas « by design ». La monnaie programmée n'est pas ainsi au sens strict une monnaie programmable.

Dans cette période où il se dit dans différents milieux du renseignement militaire, et sous différents drapeaux, que le nerf de certaines guerres est le rapport de force entre des zones monétaires concurrentes, existantes ou en construction, et que de trouver des raisons pratiques de se faire la guerre, et ensuite assez aisée, il serait peut-être de bon ton, de réfléchir à d'autres perspectives monétaires pour l'humain et l'humanité.

En France, nos spécialistes des technologies de pointe comme Thales, Dassault, Atos, Wordline, seront-ils en capacité de développer des technologies avancées de paix monétaire dans la guerre économique, sur la base de changements potentiels de la nature de la monnaie, au service de l'humain et du progrès ?

Lire aussi 7 mnCryptomonnaies : trois questions sur le krach qui a fait tomber le bitcoin de son piédestal

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Commentaires 2
à écrit le 26/06/2022 à 9:23
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La monnaie n'est qu'un simple moyen d'échange et non pas un but atteindre, cette simple difference devrait nous donner la réponse!

à écrit le 26/06/2022 à 7:48
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Si le consortium européen financier nous a imposé l'Euro c'est bien parce qu'il allait se faire plein de fric dessus retirant ainsi dès le début une grande partie de sa valeur originelle d'échange.

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