Bourses : krach, rémission ou fausse alerte ?

Olivier Passet, Xerfi

Olivier Passet, Xerfi
Après les grands vertiges du début d'année, les bourses ont repris quelques couleurs. La grande descente aux enfers que l'on pouvait craindre a été stoppée. Simple rémission ou fausse alerte, telle est la question ? Elle est essentielle, car la reprise des pays avancés se joue bien à la corbeille. Un nouveau choc sur les prix d'actifs donnerait le coup de grâce à des croissances qui recommencent à patiner.
Ce que l'on sait est en soi inquiétant. Car si cela fait plusieurs mois que nous nous interrogeons sur le fait de savoir si nous sommes assis sur un volcan financier, cela ne fait plus de doute maintenant. La crise récente a démontré plusieurs choses :
Bref tous les ingrédients d'une diffusion systémique de la crise ont ressurgi. Nous savions déjà que tous les ingrédients de l'instabilité étaient réunis. Dans un contexte de taux zéro, on sait qu'une petite variation des anticipations peut provoquer de grosses variation des prix d'actif. Mais cela ne fait pas une tendance.
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Pour cela tournons-nous vers la bourse américaine, qui donne en général le LA, que l'Europe amplifie le plus souvent. Et même si la dernière lubie des marchés est de se corréler aux prix du pétrole, intéressons-nous à quelques fondamentaux, en essayant de croire que les marchés ont une part de rationalité.
Le levier, c'est-à-dire l'écart entre la rentabilité économique et le taux s'intérêt réel. Il n'a cessé de croître et se maintient à des niveaux incroyablement élevés. Bref, il est toujours aussi intéressant de lever de la dette pour détenir des capitaux propres d'entreprise. Autrement dit, les fusions acquisition et les LBO pourraient soutenir encore longtemps le prix des actions.
Autre indicateur pour ceux qui se souviennent de leurs modèles canoniques de formation de prix des actifs... la fameuse formule de Gordon Shapiro : Cours = dividendes sur r (le taux d'intérêt + une prime risque)- g (le taux de croissance). Nous connaissons les dividendes du S&P 500 et les cours. On peut donc en déduire le r-g des marchés. S'ils sous estiment le risque ou surestime la croissance, cela booste artificiellement les cours. Comparons le r-g des marchés avec l'écart des taux d'intérêt à 10 ans et de la croissance nominale observée. Et bien rien de tel n'apparaît manifestement. Les marchés sont très loin d'avoir incorporé tout le potentiel de hausse autorisé par la décrue des taux d'intérêt.
Bref, la conjoncture me pousse à dire que les bourses vont baisser.... Mais le syndrome des taux zéro me souffle plutôt qu'un rallye de hausse n'est pas exclu. Je ne cache pas que j'aurais aimé être plus conclusif !
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Olivier Passet, Xerfi