Brexit : La Grande-Bretagne marche sur la tête ! …

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(Crédits : Valérie Semensatis)
Qui aurait pu imaginer avant le référendum de 2016 que la Grande-Bretagne serait dans une telle situation aujourd'hui. Outre le fait que David Cameron n'a pas mesuré les risques, tant il était assuré d'un résultat positif pour le « Remain », il n'a pas vu qu'il se lançait dans une procédure inversée. Elle allait, de plus, conduire à un choc de légitimité entre la décision populaire du référendum et la légitimité populaire du Parlement. La seule solution sera de retourner vers le peuple, mais de bonne façon. Par Gérard Vespierre, Président de Strategic Conseils, expert géopolitique (*).

Un coup politique est un coup politique. Si, il est gagnant c'est bien, mais si, il est perdu, les conséquences vont bien au-delà d'un simple loupé. Souvenons-nous de la dissolution de Jacques Chirac de 1995, opération politique de convenance, pour essayer de garder une majorité chiraquienne, qui s'opposait totalement à l'esprit de la Constitution. Résultat le président de la République installa à Matignon Lionel Jospin qu'il avait battu 2 ans plus tôt à la présidentielle, et qui n'en espérait pas tant.

Le mauvais « coup » de David Cameron

David Cameron aurait dû relire l'histoire de l'entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché Commun d'alors, avant de se décider. Il aurait vu qu'il y avait eu dans les années '70 un cheminement. D'abord l'IDEE de rentrer dans le Marché Commun, puis des négociations aboutissant à un TEXTE et finalement un REFERENDUM pour valider, ou non, le projet et le texte.

Mais en 2016, au lieu de commencer par réfléchir avec le Parlement, négocier un texte avec l'Union européenne et finir par un référendum sur ce texte.... David Cameron a commencé par un référendum « vide » sans texte, sur des idées, et où finalement celle du « Leave » exprimant que l'herbe devait forcément être plus verte ailleurs l'a (de peu) emporté....

Mais cette erreur dans le processus, qui allait 3 ans plus tard créer l'imbroglio politique que l'on connaît contenait une erreur encore plus importante, plus profonde, celle d'un choc de légitimité.

Le choc de deux légitimités populaires

Le processus référendaire donne à la décision quelle qu'elle soit, ou dans quel pays que ce soit, une légitimité populaire. Mais ensuite, le processus politique et l'élaboration des textes relèvent du Parlement, lui aussi issu du vote citoyen.... Il s'est donc créé un choc inévitable de deux légitimités issues toutes les deux du Peuple. En plus du choc du fait de la procédure inversée décrite plus haut, choc de l'idée contre le texte, choc maintenant de deux légitimités populaires, la légitimité citoyenne référendaire et la légitimité élective citoyenne des membres du Parlement.

Voilà ce qui explique ce que nous voyons depuis plusieurs mois, ces interminables batailles parlementaires, la chute de Thérésa May, l'arrivée d'un nouveau Premier ministre.

Le « coup » de Boris Johnson

Cette analyse du choc des légitimités permet d'éclairer sous un autre jour la décision de Boris Johnson de mettre le Parlement « de côté » pour faire passer la décision référendaire du « Brexit». Il résout à sa façon l'opposition des deux légitimités, en donnant la priorité à celle pour laquelle il s'est battu, la légitimité référendaire. On se souvient de cette invraisemblable image de « BOJO », suspendu par la ceinture au câble d'une grue, casque de chantier sur la tête et drapeaux britanniques dans les mains....

Alors maintenant ?

Aux oppositions de procédures et de légitimité s'ajoute maintenant une décision « normale » sur le fond, mais « anormale » dans sa durée de presque 5 semaines, d'ajourner le Parlement. Pour un débat stratégique, elle réduit à moins de 2 semaines la session, avant le 31 octobre, date de sortie de l'Union européenne.

Une solution qui, en quelque sorte, rajoute un problème...

L'opposition parlementaire, Jeremy Corbin en tête va essayer d'obtenir de nouvelles élections. Disposition stratégique en réponse à la disposition stratégico-tactique de Boris Johnson de faire valider par la Reine cet ajournement de longue durée du Parlement.

Mais cela va-t-il répondre au problème de fond ?

Oui en retournant vers les électeurs, non, en ne leur présentant pas les bonnes cartes.

Ils vont avoir à choisir entre des partis, qui vont devoir effacer leurs spécificités et se ranger derrière soit le « Leave » soit le « Remain », qu'ils le veuillent ou non.

Tout autre choix, de « Brexit » dur, le « No deal », ou de « Brexit » tel qu'il a été codifié avec la Commission européenne, ou de « Remain », ou de proposition d'un nouveau référendum, va introduire toujours plus de confusion.

Il faut revenir certes vers les électeurs, mais avec la proposition contenue dans le texte d'accord avec la Commission européenne.

« Vous avez choisi de quitter l'Union européenne, confirmez-vous sur la base du texte d'accord ? ». OUI, NON.

Enfin un texte, enfin un vote populaire sur le texte, enfin un processus dans le bon sens. Il serait bon en effet que « le bon sens » revienne.....

La solution est simple.... Too simple... ? May be.....

Mais ce sont l'ensemble de ces processus électoraux inversés qui font, qu'aujourd'hui, la Grande-Bretagne....marche sur la tête.

___

(*) Gérard Vespierre est diplômé de l'ISC Paris, Maîtrise de Gestion Paris IX Dauphine, et éditeur du site www.le-monde-decrypte.com

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Commentaires
a écrit le 06/09/2019 à 14:59 :
« Vous avez choisi de quitter l'Union européenne, confirmez-vous sur la base du texte d'accord ? ». OUI, NON.

Si je comprends bien, le parlement ayant dit non trois fois plutôt qu'une à cet accord inacceptable principalement à cause du backstop à durée illimitée qui impose une union douanière à tout le Royaume-Uni, la question serait soumise directement au peuple.

Il faudrait s'attendre à retrouver dans le camp du NON les partisans du REMAIN et les brexiters qui ne peuvent accepter l'entente rejetée par les Communes.

Une solution pour sortir de l'impasse serait une question claire à deux volet du type:

«Vous avez choisi de quitter l'Union européenne.

En conséquence:

a) Préférez-vous l'entente conclue entre le gouvernement britannique et l'Union européenne ? ou

b) Préférez-vous une sortie de l'Union européenne sans entente ?
a écrit le 05/09/2019 à 8:46 :
C'est pas en continuant d'insulter les anglais que l'on favorisera le business ! Et on est sur un site qui se dit économique... -_-

Le Ressentiment En Marche
a écrit le 04/09/2019 à 22:18 :
Le referendum donnait le choix entre blanc ou noir alors que les britanniques ont toujours été gris sur la question de l'UE.
Avant de puissantes forces maintenaient le pied droit du Royaume-uni dans l'UE et le pied gauche à l’extérieur. Aujourd'hui la situation n'a pas changée, à la rigueur le RU va peut-être inverser les deux pieds et appeler ça Brexit.
Le RU donne le sentiment de partir par frustration faute d'obtenir suffisamment de concessions mais se sent tout aussi frustrée à l'idée de partir.
Pour l'instant je reste sur mon idée de départ, les britanniques sont trop divisés, partagés sur la question pour que cette histoire puisse être réglée aussi bien à court terme qu'à long terme.
a écrit le 04/09/2019 à 21:35 :
La livre sterling baisse. Du fric à ce faire ... le no deal ... on en saura plus demain matin très tôt, voir cette nuit, les requins informatiques sont en embuscade .
a écrit le 04/09/2019 à 19:22 :
La légitimité citoyenne référendaire et la légitimité élective citoyenne des membres du Parlement ne sont pas opposé mais complémentaire, l'un "dispose" sur une question particulière, l'autre "propose" sur des questions générales! Quand on recherche un R.I.C. cela n'a pas d'autre but!
Réponse de le 05/09/2019 à 7:04 :
La situation de la Grande Bretagne est la résultante de certitudes et d'incertitudes. Avant de pouvoir peser au plus juste cette situation, il y a quelques aspects à rappeler.
Tout d'abord, que ce soit pour une sortie dure sans accord ou non, un référendum s'est prononcé pour le brexit sans qu'il y ait eu de conditions préalables.
Ensuite, sur la question légitimité il me semble que la plus importante est tout de même celle du référendum issu directement du peuple dans sa totalité et non de deux chambres dont l'une n'est même pas élue (la chambre des lords - contrairement à la chambre des communes).

Que ferait le peuple français si le parlement (députés et sénateurs) s'opposaient à une décision populaire votée par référendum ? Cela provoquerait une révolution sanglante et des assassinats en série.

Le peuple anglais s'est prononcé pour un brexit. L'aménagement du référendum assorti d'une condition d'accord de sortie n'aurait de toutes façons pas dépendu des anglais puisqu'il eut fallu que l'UE accepte les dispositions du projet d'accord. Ces conditions ajoutées au référendum n'aurait pas fait plus avancé les choses qu'elle ne le sont aujourd'hui car la Grande Bretagne exige ce que l'UE ne veut pas accepter, soit la libre circulation des personnes et des marchandises pour l'Irlande du nord, ce qui par extension créerait une libre circulation pour toute l'UK.

Pour sortir de cette crise, il ne reste plus que deux solutions : soit un nouveau référendum qui déboucherait sur un maintient dans l'UE ; soit un brexit au besoin sans aucun accord.

Dans les deux hypothèses, ce n'est plus aux chambres de peser sur la décision. Le faire serait désavouer totalement la souveraineté du peuple. Cela ouvrirait une crise encore plus grande que celle qui existe aujourd'hui.
a écrit le 04/09/2019 à 17:28 :
un referendum comme celui propose ici ne resoudra rien en cas de non. supopsons que le tetxe negocie par Barnier soit soumis a referendum. vous aurrez une majorite de non (les remainer + les brexiter dur). Tout autre texte aura probablement le meme sort, car il y aura une coalition pour le rejeter. Cette coalition est totalement heteroclite et ne peut donc pas elle meme proposer un texte. on aurait donc la pire des solution : le Status quo. la GB resterait dans l europe avec une majorite d anglais voulant en sortir (mais ne savant pas comment).


En tant qu europeen, il est de toute facon positif que les anglais partent. ca fera un frein en moins a la construction europeenne (meme si Farage tampant sur la serpiere Van Rompoy etait quand meme un plaisir qu on aura plus)
a écrit le 04/09/2019 à 13:33 :
Un détail souvent négligé sur la dissolution de 1997. Rappelons-nous que la législature en place datait de 1993, et donc arrivait à échéance en 1998. Chirac était bloqué avec l'énorme mouvement social que son premier ministre a suscité en décembre 1995.
Vu la raclée qu'il s'est prise, probablement aurait il perdu en 1998 ne décalant que d'un an ce qu'il s'est passé.
Réponse de le 05/09/2019 à 6:11 :
Chirac, le president qui n'a rien fait pour sa nation. Un cata suivie de mediocres . mitrand, bismuth, aujourd'hui un ado aux manettes.
Pauvre pays a la derive.
a écrit le 04/09/2019 à 12:21 :
La légitimité citoyenne référendaire et la légitimité élective citoyenne des membres du Parlement ne sont pas opposé mais complémentaire, l'un "dispose" sur une question particulière, l'autre "propose" sur des questions générales! Quand on recherche un R.I.C. cela n'a pas d'autre but!
a écrit le 04/09/2019 à 12:18 :
Le mauvais choix c'est d'être entré dans la CE, le seul risque maintenant c'est de voir les nations celtes décider de rejoindre l'Europe. Après tout ce n'est qu'un choix anglais.
Réponse de le 04/09/2019 à 13:57 :
Quand le Royaume-Uni s'est résigné à adhérer à la CE, son économie était en perdition du fait du délitement (déjà) des relations économiques avec le Commonwealth... relations sur lesquelles il est d'ailleurs bien illusoire de compter pour après le brexit. L'adhésion à l'UE et les purges thatchériennes ont remis le Royaume dans une bien meilleure situation économique.
Réponse de le 05/09/2019 à 16:24 :
Le RU ne s'est résigné, dans les années 70, à adhérer aux communautés européennes que parce que son économie était à la ramasse, minée par le délitement des relations économiques avec le Commonwealth. Il est d'ailleurs plus qu'illusoire de croire que ces relations pourraient renaître de leurs cendres après le brexit.
a écrit le 04/09/2019 à 12:07 :
"Qui aurait pu imaginer avant le référendum de 2016 que la Grande-Bretagne serait dans une telle situation aujourd'hui".

Ce n'est pas le référendum qui a amené cette situation, puisque le résultat a été clair , mais bien les votes successifs et contradictoire du parlement pendant trois ans.
a écrit le 03/09/2019 à 11:27 :
Je suis assez d'accord avec l'article. Ce serait judicieux de faire vote les citoyens britanniques sur la base d'un texte concret. Et il faudrait vriament des média impartiaux pour dénoncer les mensonges, les fakes news (crées de l'intérieur et de l'extérieur du Royaume-Uni). Mais une bonne partie des citoyens (comme dans les autres pays) ne croient déjà plus dans les médias, ni dans les hommes politiques. Ce qu'on peut aisément comprendre. Donc, ce n'est pas gagné...
Réponse de le 05/09/2019 à 16:21 :
Mouais... qui a lu le TCE (pourtant diffusé in extenso) avant d'aller voter au référendum de 2005 en France ?
a écrit le 03/09/2019 à 8:54 :
Seul le peuple qui élit les représentants pour le représenter prévaut sur tout le reste, les parlementaires anglais boosté et financé par les européistes à la manoeuvre n' ont pas jusqu' alors représenté le vote anglais, CQFD
Réponse de le 04/09/2019 à 12:47 :
Argument populiste fascisant. La démocratie représentative, c'est la délégation du pouvoir à des élus qui décident.
Réponse de le 04/09/2019 à 16:41 :
En tant qu'europhobe assumé, qu'est ce qui vous retient de quitter cet horrible continent que vous décriez à tort et à travers avec vos amis Citoyen Blasé et consorts ?
Réponse de le 05/09/2019 à 11:25 :
@FakeNews: Bravo pour le terme fascisant à propos d'un commentaire qui rappelle que le peuple prévaut en démocratie... Cela vous disqualifie directement du débat éclairé. Vous devriez écrire que la démocratie représentative est la délégation à des élus qui représente (d'où le nom, cqfd) les aspirations du peuple.
S'il s'agit juste d'avoir des élus qui décident, hors-sol, alors il s'agit d'oligarchie ou de ploutocratie.
Réponse de le 05/09/2019 à 13:30 :
L'auteur de l'article ne dit pas le contraire, il souligne juste le fait que le peuple a voté sans texte préalablement établi, qui lui aurait permis de donner une décision éclairée.
Voter contre quelque chose, c'est bien, mais lorsqu'il n'y a pas d'alternative proposée, cela ne peut aboutir qu'à des incertitudes, ce que l'on constate très bien actuellement.
C'est pour cela que je me méfie du populisme, car cela ne fait que biaiser le processus démocratique.

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