Brexit : pas de report et bye-bye UK

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Jean-Christophe Gallien.
Jean-Christophe Gallien. (Crédits : Reuters)
OPINION. Plan B, « No Deal », référendum, élections... depuis que la Chambre des communes a refusé de valider l'accord négocié, Londres peut sortir tout et son contraire de son chapeau politique. Les 27 sont déstabilisés et se retrouvent sur la défensive, ce qui constitue presque une victoire britannique. C'est inacceptable. Par Jean-Christophe Gallien, professeur associé à l'Université de Paris 1-Panthéon Sorbonne, président de j c g a.

Est-ce une véritable anarchie politique qui s'est installée à Londres, ou s'agit-il d'un nouveau tour de magie diplomatique dont nos amis d'outre-Manche sont coutumiers ? La seule certitude, c'est que les 27 autres membres de l'Union européenne sont totalement piégés. Entre agacement et abattement, après une longue négociation marquée par une inhabituelle unanimité européenne et à quelques semaines de la date de sortie de la Grande-Bretagne, l'Europe qui se pensait déjà 27, n'est plus sûre de rien.

Les 27 totalement piégés

Plongés dans un brouillard « so british », depuis que la Chambre des communes a refusé de valider l'accord négocié par Theresa May avec Bruxelles, tous (Michel Barnier, le négociateur en chef, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, les chefs d'État et de gouvernement, les parlementaires...) semblent pétrifiés et, surtout, sans alternative de secours de leur côté. C'est inacceptable.

Le doute est tel qu'entre plan B, « No Deal », suspension royale des travaux du Parlement, référendum, élections générales... Londres peut sortir tout et son contraire de son chapeau politique. Les 27 sont déstabilisés, ils se retrouvent sur une position très défensive, ce qui est un comble et constitue presque une victoire britannique.

Une possible demande de délai qui pourrait fracturer l'unité des 27

Dans ce contexte d'affolement, au milieu des scénarios qui se multiplient à Bruxelles, se profile la perspective d'un délai qui serait déjà étudié par les experts juridiques de la Commission et du Parlement. L'Union européenne pourrait accepter un report de la date butoir initiale pour la sortie, celle du 29 mars, si les Britanniques en faisaient la demande. Il faudrait un accord, à nouveau unanime, des 27 autres membres pour qu'une telle solution s'installe.

Il semblerait que l'Allemagne et la France, renouvelés dans leur partenariat cette semaine à Aix-la-Chapelle, opinent favorablement. Rien ne dit que, dans le contexte -lui-même divisé- de l'Union, une telle évolution du calendrier européen maintienne l'unanimité sans faille des pays membres. Le risque d'une crise est réel.

Des élections européennes prises en otage

Il faut ici l'affirmer, l'Europe ne doit pas s'aventurer dans une direction qui va amplifier dangereusement la portée du brouillard britannique. L'Europe ne peut accepter que l'incertitude vienne polluer le prochain renouvellement de son Parlement -une élection programmée depuis des mois sans la circonscription britannique et ses 73 sièges.

L'Europe aurait tout à craindre d'une réintégration bricolée à la dernière minute pour l'élection d'une délégation dont personne ne connaîtrait vraiment la durée du mandat. Une délégation qui serait élue dans un contexte si peu démocratique que sa représentativité politique serait contestable et impacterait violemment, en l'affaiblissant, le fonctionnement de l'institution phare de la démocratie européenne, le Parlement. Messieurs Barnier, Juncker, Tusk, Macron, Mme Merkel... restons dans l'agenda prévu.

L'Europe, ses citoyens et son avenir ne peuvent être pris en otage par les hésitations choisies ou subies des Britanniques. L'Europe a commencé sans la Grande-Bretagne et elle continuera sans elle. Pour la première fois, l'Union européenne rétrécit, mais c'est une chance pour elle et pour la France. Les 27 membres doivent être à la hauteur de ce moment historique pour relancer l'Union et clarifier le projet européen. L'UE doit transformer sa richesse de marché en puissance économique et en influence géopolitique, Il faut pousser l'Europe politique et l'intégration sur des bases fermes et claires. Tout ce que refusaient les Britanniques. No delay ! Bye-bye Britannia et bon vent !

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Par Jean-Christophe Gallien
Politologue et communicant
Président de j c g a
Enseignant à l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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Commentaires
a écrit le 28/01/2019 à 12:01 :
Sans la Grande Bretagne, de quelle union européenne peut-on parler dans le futur? quel poids économique, militaire et institutionnel pourras-t-on donner à cette union sans l'un de ces 3 piliers?
Contrairement à la position officielle affichée par les deux grandes puissances au sein de l'UE, l'Allemagne et la France sont effarées par le Brexit d'une part parce que le trou béant dans le budget de l'UE qui en résultera ne seras pas facile à combler dans un contexte économique et social très difficile et d'autre part la montée inéluctables des courants eurosceptiques et ultranationalistes met un sérieux point d’interrogation sur l'intérêt même de la poursuite de cette expérience.
de plus, sommes nous sûr que la GB auras tout à perdre en quittant l'UE? des analystes prédisent, certes après une période de transition difficile, un regain de la puissance économique britannique qui sera une concurrente directe de l'UE et qui pourras, en s’émancipent des contraintes liés à son ex statut de membre de l'UE , redevenir la 1ére puissance économique européenne.
le Brexit est le dernier clous dans le sarcophage de l'UE et toutes les grandes puissances ne peuvent que regretter le choix de l'élargissement qui n'a fait que du mal à l'Europe
a écrit le 25/01/2019 à 17:29 :
Cher Monsieur,
Je pense que vous avez raison : le Brexit est une chance pour l’Europe. Elle lui permettra d’évoluer en se réformant et en approfondissant ses solidarités. Mais il ne faut surtout pas le dire ! Il faut au contraire continuer de déplorer le Brexit, ne serait-ce que par courtoisie à l’égard de nos voisins d’Outre-Manche. On appelle cela verser des larmes de crocodile. Est-ce si difficile à comprendre ? Vous êtes un communiquant professionnel qui vient de faire une grave erreur de communication.
Plaisanterie mise à part, il faut bien reconnaître que ces 40 dernières années ont été un magnifique succès de la diplomatie britannique dans le domaine européen. Ils ont tout fait pour empêcher l’Europe d’évoluer afin que le Royaume Uni continue de rester ce « bridge » entre les Etats Unis et l’Europe. Ils ont largement réussi, même s’ils n’ont pu empêcher l’intégration monétaire. Il est très étonnant que les Britanniques, en décidant de quitter l’Europe, ne se soient pas rendus compte qu’ils se privaient d’un formidable levier pour leur politique extérieure. Le Brexit est un vote totalement anti-britannique.
Cordialement.
René Fiévet
Réponse de le 26/01/2019 à 16:49 :
Nos "amis" britanniques n'ont pas encore dit leur dernier mot. C'est le sens de ce texte. Je crains une nouvelle négociation en leur faveur. Un vieux classique.
Réponse de le 04/02/2019 à 17:34 :
C'est surtout les citoyens écossais qu'il faut plaindre. Pour le reste absolument d'accord.
a écrit le 25/01/2019 à 10:37 :
Très juste, il manque juste des femmes/hommes d'Etat et là ....
Réponse de le 26/01/2019 à 16:50 :
Entièrement OK avec vous. Ni de Churchill, ni de De Gaulle, ni même de Giscard d'Estaing
a écrit le 25/01/2019 à 9:02 :
Au moins c'est clair, même si l'histoire est plus compliquée.
Un report du Brexit serait un mauvais coup porté à l'UE. Mais n'est ce pas ce que cherchent les "rosbifs", la destruction de l'UE?
Au passage, les US, Poutine, la Chine ne cherchent-ils pas la même chose?
Ce qui tendrait à prouver que l'UE est (un mal pour certains) mais nécessaire.
Réponse de le 26/01/2019 à 16:51 :
VALBEL89 vous frappez dans le mille, vous avez totalement raison.
a écrit le 25/01/2019 à 8:25 :
L'UE affolée,Junker &al piégés??? on doit pas regarder la même série télé!
Just let's wait and sit.....car ils ne savent pas même ce qu'ils veulent/cherchent.
Réponse de le 26/01/2019 à 16:53 :
Ils le sont bel et bien pourtant. Ils sous estiment trop les Britanniques.
a écrit le 24/01/2019 à 19:21 :
Le Brexit confirme cette phrase
... fuir à l’anglaise... filer à l’anglaise...

Nous devons comprendre que les charges de l’Europe sont plus lourdes que ses avantages ?

J’ai l’impression qu’après le Brexit , l’Europe sera à sa case zéro comme une nouvelle renaissance... avec des nouveaux paramètres...?

Grâce au Brexit peut être que l’UK va à la conquête financière de l’Asie ?
Réponse de le 25/01/2019 à 8:26 :
non, mais au pire ils passent à la trappe...
a écrit le 24/01/2019 à 17:53 :
C'est bien l'Europe unie qui doit apprendre à négocier des partenariats commerciaux. Les relations commerciales avec les US et avec la Chine sont totalement illisibles et soumises à l'arbitraire de chaque membre (bilatéralisme), comme avec Brésil, Maroc, Vietnam et autres. Il y a pourtant partout en Europe des produits "made in RPC" surclassant totalement la production européenne dans le rapport qualité/prix. Le mérite des négociations est de mieux se connaître et d'évaluer les propositions du point de vue de chaque partie. La négociation a eu lieu en théorie avec UK et portera ses fruits quand il sera temps et qu'il y aura urgence. Il n'y a pas lieu de reporter l'urgence pratique: Quand les camions cesseront de traverser la Manche, quand la décolonisation de l'Irlande deviendra nécessité, quand les îles anglo-normandes cesseront de collaborer avec l'Europe, etc.
a écrit le 24/01/2019 à 17:13 :
L'UE s'est développée à "marche forcée". Elle n'a pas su stabiliser les structures qu'elle avait mises en place à chaque étape et si elle s'est agrandie géographiquement elle s'est parallèlement affaiblie politiquement, voire socialement et économiquement. En effet, certains pays ont profité largement de l'ouverture des frontières, notamment l'Allemagne, et dans une moindre mesure la France, les Pays Bas, les anciens pays du bloc de l'est, d'autres ont eu beaucoup de mal à se mettre à niveau. Quant au RU, j'ai toujours eu le sentiment qu'il avait un pied en UE et un autre dehors. On ne construit pas l'UE comme on peut construire un bâtiment avec une imprimante 3D
Réponse de le 26/01/2019 à 16:58 :
maduro, vous avez raison sur presque tout, mais le temps du politique doit venir. L'Europe doit se transformer en être politique et pas seulement économique.
a écrit le 24/01/2019 à 17:12 :
Les européistes doctrinaires sont tout simplement piégés par leurs bobards essaimés dans la presse depuis plus de deux ans à la seul fin d' animer le Project Fear parce qu' ils craignent tout simplement à la vérité le risque réel de contagion à la suite de la fuite du premier de cordée.

C' est tellement mieux en reformulant. Voyons à présent le coût pour la France de la sortie anglaise. Coût total annuel de notre appartenance à l’UE : 58,3 milliards d’euros, soit 160 millions d’euros par jour !

https://www.upr.fr/actualite/europe/le-nouveau-budget-de-lue-une-nouvelle-trahison-de-nos-interets-nationaux-et-un-cout-dappartenance-a-lue-qui-ne-cesse-dexploser/

Vivement le Frexit comme le proposent avec lucidité et courage depuis plus de 11 ans François Asselineau et l’Union populaire républicaine ..
a écrit le 24/01/2019 à 17:11 :
Voilà ma foi une analyse plus que pertinente qui sort des messes habituelles de nos médias de masse dont au final on ne comprend pas grand chose alors que quand on y regarde de plus près en effet on voit bien que ce sont les anglais qui sont les maitres du jeu. Mais c'est parce qu'ils retrouvent leur liberté ça parait tellement cohérent.

En tout cas il leur tarde c'est évident mais l'UE, technocratique jusqu'au bout des ongles, afin de dissimuler encore et toujours sa compromission entre politiciens et hommes d'affaires, ça ne sert qu'à ça la technocratie, freine des deux pieds et veut à tout prix punir le mauvais élève plutôt que de chercher à s'arranger amicalement afin de favoriser le business plus tard.

Notre vieille europe qui date de 1939 et prévue pour durer mille ans (lire "L'Ordre du jour" pour ceux qui pensent que j'exagère hein... ) implose de la bêtise profonde de ses propres concepteurs. C'était un rêve magnifique, celui de peuples libérés des frontières qui les ont fait se massacrer entre eux durant des millénaires, la finance en a fait le pire des cauchemars.

Et ce monstre indestructible en capitalisme car croulant sous les milliers de milliards d'euros continuent de tout tuer et saccager, tout ce qu’elle sait faire. NE pas oublier qu'ils n'ont trouvé rien de mieux que de nous mettre Juncker à sa tête si déjà c'était pas une preuve ça... -_-
a écrit le 24/01/2019 à 17:07 :
On a beau être un éminent journaliste, il est inquiétant que cela confonde encore l'Europe et une administration hors sol qu'est l'UE de Bruxelles!
Réponse de le 26/01/2019 à 16:43 :
L'Union n'est pas une administration hors sol. La Commission pourrait parfois être accusée de déni de réalité mais c'est assez souvent injuste. D'autre part le Conseil des chefs d'Etat et de Gouvernement et le Parlement proposent d'autres axes de valeur qui corrigent ce travers occasionnel.
Réponse de le 26/01/2019 à 22:11 :
Comment appelle t on ceux qui gèrent "un club" dont les membres versent de substantielles cotisations annuelles pendant que d'autres obtiennent de substantielles subventions pour leur faire concurrence sur le principe d'un cahier des charges signés sans l'aval des peuples!

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