BRICS : anatomie d'une désillusion

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(Crédits : REUTERS Phil McCarten)
Les BRICS étaient synonymes de croissance forte et de rattrapage de l'Occident. Las, aujourd'hui, chacun d'eux doit faire face à des difficultés. Par Michael J. Boskin, professeur d'économie à l'université de Stanford

Il y a quelques années, à en croire les grands manitous de l'économie et les dirigeants politiques,  les BRICS (l'ensemble de pays constitué par le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud) allaient devenir les moteurs de la croissance mondiale. Des extrapolations naïves à partir d'une croissance alors rapide ont conduit nombre d'observateurs à imaginer un futur toujours plus prometteur pour ces pays - et, grâce à eux, au reste du monde.

Mais, aujourd'hui, il y a une certaine désillusion. Les économies du Brésil et de la Russie se contractent, tandis que celles de la Chine et de l'Afrique du Sud connaissent un fort ralentissement. Seul le taux de croissance de l'Inde reste élevé, dépassant légèrement celui de la Chine. Les BRICS vont-ils répondre aux promesses que l'on attendait d'eux ou bien les problèmes actuels persisteront-ils ?

La rentabilité importante des investissements

Etant donné que les pays à faible revenu disposent généralement d'un modeste capital fixe (ordinateurs, usines et infrastructure) et d'une main d'œuvre insuffisamment éduquée et formée, la rentabilité potentielle d'un investissement y est relativement importante. Autrement dit, leur économie peut croître plus vite que celle des pays riches, jusqu'à ce que leur revenu par habitant rattrape celui des pays avancés.

La Chine, l'Inde et le Brésil, dont une très grande partie de la population est encore rurale, ont fait de grandes avancées dans la lutte contre la pauvreté. Dans ces trois pays, des centaines de millions de personnes (la plus grande proportion étant en Chine) sont sortis de la misère au cours des dernières décennies et leurs classes moyennes se développent rapidement.

Le progrès rapide des pays émergents contribue au pessimisme économique en Europe et en Amérique du Nord. Le PIB de l'ensemble des pays en développement dépasse maintenant celui des pays avancés - une situation inimaginable il y a une génération.

Une pression à la baisse sur les salaires occidentaux

Par ailleurs, les centaines de millions de travailleurs à faible salaire qui ont rejoint le marché mondial du travail quand la Chine, l'Inde et les pays d'Europe de l'Est ont ouvert leur économie exercent une pression à la baisse sur les salaires des travailleurs des pays avancés - à l'exception des plus qualifiés d'entre eux. Comme l'a souligné en 1948  Paul Samuelson, prix Nobel d'économie, le commerce international pousse à une certaine convergence des prix et des salaires.

Mais il pourrait être de plus en plus difficile aux BRICS de rester sur la voie d'un progrès rapide. L'expérience montre qu'à partir d'un certain point - généralement quand le revenu par habitant atteint 15.000 à 20.000 dollars (sensiblement le tiers du revenu par habitant aux Etats-Unis), la croissance ralentit. Au cours des dernières décennies, seuls quelques pays (notamment la Corée du Sud, Taiwan et Singapour) ont réussi à échapper au "piège du revenu moyen" et restent sur la voie d'une prospérité croissante.

A chaque pays ses problèmes

Au-delà des problèmes auxquels doivent faire face tous les pays en développement - par exemple des institutions faibles et une mauvaise gouvernance -, chacun des pays des BRICS est confronté à des problèmes spécifiques. Ainsi, le Brésil est confronté à une récession, à un prix du pétrole peu élevé et à une corruption sans précédent à Petrobas, la compagnie pétrolière nationale. Face à cette situation, la présidente Dilma Rouseff devrait en priorité libéraliser les échanges, en particulier avec les pays de l'ALENA (Canada, Etats-Unis et Mexique), et encourager les investissements étrangers, notamment dans le secteur de l'énergie.

La Russie est touchée elle aussi par le faible prix du pétrole, que ce soit au niveau budgétaire ou dans sa capacité à poursuivre le développement de son secteur énergétique, ou en raison des sanctions économiques qui la frappent et aggravent encore la situation. Ces sanctions ont été imposées par les Etats-Unis et l'Europe en réponse à la politique agressive du président Poutine à l'égard des pays voisins de la Russie. Enfin, cette dernière est également confrontée à une diminution de sa population, à une espérance de vie très inférieure à celle de la moyenne des pays avancés et à une fuite des cerveaux qui s'accélère.

L'Inde fait la course en tête

De tous les pays BRICS, c'est l'Inde qui connaît les meilleures perspectives économiques, au moins à court terme. L'inflation, une grave menace pour l'économie jusqu'à il y a peu, a été jugulée sous la conduite du gouverneur de la Banque centrale indienne, Raghuram Rajan. La prévision de croissance est de 7,5% pour cette année. Mais la position budgétaire du pays reste problématique et la population indienne, qui va bientôt dépasser celle de la Chine, est essentiellement rurale et très pauvre.

Malgré les problèmes qui s'annoncent, le Premier ministre indien, Narendra Modi, est lent à mettre en œuvre les réformes économiques promises. En dépit de quelques petites améliorations dans la réglementation, les privatisations et les transferts de richesse en faveur des plus pauvres, il n'y a pas encore eu de réforme de fond de la propriété de la terre et du marché du travail.

Le difficile rééquilibrage économique chinois

La Chine, pour sa part, tente un difficile rééquilibrage économique, passant d'un modèle basé sur l'exportation à un modèle basé sur la consommation. Le président chinois Xi Jinping se fait peut-être des illusions en pariant sur la demande en biens manufacturés d'une classe moyenne en croissance rapide pour éviter que l'énorme surcapacité de production des industries de base n'entraîne une vague de chômage de masse.

En Chine, la consommation des ménages qui représente moins de 40% du PIB (contre plus de 60% dans les pays avancés) peut encore augmenter. Mais un nuage lourd de menaces pèse sur l'économie chinoise. Ainsi que cela s'est produit au Japon il y a plusieurs décennies, la Chine doit maintenant faire face à la concurrence de pays à moindres coûts de production, le Vietnam par exemple. La Bourse chinoise est en effervescence et la lutte anti-corruption de Xi, bien que populaire, suscite de grandes incertitudes quant aux "règles du jeu".

Le gouvernement sud-africain ne va pas encore dans la bonne direction

Enfin, les problèmes de l'Afrique du Sud traduisent une perte de confiance dans le gouvernement, une corruption endémique, des besoins massifs en matière d'infrastructure et une réglementation trop restrictive concernant le marché du travail et les investissements étrangers. Et en terme de réformes, le président Jacob Zuma ne va pas dans la bonne direction.

Les BRICS sont - et ont toujours été - soumis aux mêmes forces économiques que les autres pays. Mais, après avoir accru leur dépendance à l'égard des forces du marché, leurs gouvernements continuent à imposer un trop grand nombre de décisions économiques importantes, ce qui augmente le risque de déséquilibre, voire de crise. Leur capacité à créer un système favorable au libéralisme économique, reposant davantage sur la libre concurrence et moins sur l'Etat, sera probablement le facteur déterminant de leur succès à long terme.

Traduit de l'anglais par Patrice Horovitz

Michael J. Boskin est professeur d'économie à l'université de Stanford et membre de l'Institution Hoover. Il a présidé le groupe des conseillers économiques du président H. W. Bush entre 1989 et 1993.

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a écrit le 24/06/2015 à 9:37 :
Les Brics ont quand même un très grand avenir car ce sont des pays riches et, en général bourrés de matières premières. Ils ont toutefois des problèmes spécifiques à résoudre (nombre d'habitants, castes, langues multiples, gouvernance, nombreuses années de communisme, sortie de l'apartheid, etc.. )
Quant à écrire qu'on assiste au déclin des EU, je crois que c'est un peu faux car ils sont quand même très bien placés dans la majorité des industries de pointe: numérique, pharmacie, transport aérien, espace, finance, etc..) Dans ce cadre, l'Europe pourrait faire beaucoup mieux si on arrivait à mutualiser nos efforts; Airbus est un excellent exemple.
Cordialement
a écrit le 23/06/2015 à 18:56 :
Bon ben c'est confirmé, je suis 100% néocon et ça n'a pas l'air de s'arranger avec l'âge! Mes anciens collègues de forum comprendront mieux pourquoi le troll pro-OTAN et anti-FN était parfois tellement à l'ouest!!!
Réponse de le 23/06/2015 à 23:01 :
Alors je te conseille de mettre le cap complètement à l'EST, c'est plus tranquille….
a écrit le 23/06/2015 à 17:43 :
Evidemment, les BRICS étaient une alliance de circonstance entre des pays qui n'avaient aucun lien ni culturel, ni idéologique, mais dont l'économie était tirée par l'unique levier de la croissance mondiale jusqu'à 2007: l'endettement sans fin de l'Europe et des Etats-Unis, qui permettait de financer la consommation intérieure en important depuis ces pays sans rien produire eux-mêmes, si ce n'est des produits dérivés bancaires et des logiciels de partage de photos. La crise mondiale a rebattu les cartes et de la même manière que les occidentaux se rendent compte que l'endettement ne crée plus de croissance, les BRICS réalisent que l'endettement des occidentaux ne tirera plus la leur, et ont donc besoin de changer leur modèle économique, ce qu'ils font: la Chine tente de rediriger sa production vers son marché intérieur; quant à la Russie, pays puissant en industrie lourde mais faible en industrie de consommation de masse, elle paie ses tentatives de rapprochement avec l'Europe qui ont toujours été regardées de haut par ces derniers et adopte une politique de retournement vers les nations d'Asie, amplifiée bien sûr par la guerre économique de l'Europe et des Etats-Unis depuis l'an dernier. Egalement, l'Organisation de Shanghai, l'Union Asiatique, les transactions monnaie nationale et non en dollars, tout cela sont les premières pierre d'une intégration de plus en plus poussées entre les BRICS ainsi que les autres pays émergents qui comprennent que leurs économies ne peuvent plus être tirées par les occidentaux. Le fait que des personnes comme Boskin refusent de voir que le temps de la domination occidentale touche bientôt à sa fin est en fin de compte une bonne nouvelle pour les BRICS.
Réponse de le 23/06/2015 à 19:11 :
Qu'elle est belle cette lecture anti occidentale mais qu'elle est fausse !
Malgré quelques efforts, les BRICS commercent a plus de 80 % avec l'OCDE. 80 % des devises des banques centrales des BRICS sont en dollars et en euros. Le rêve de poutine n'est prêt de se réaliser.
a écrit le 23/06/2015 à 16:11 :
Un billet comme on s'attendait, tendancieux et imprécis, puisque Stanford étant le vivier officiel de la pensée des néo-Conservateurs américains, ce ne sera pas M. Boskin qui va nous parler avec précision du principal rival de la (déclinante) économie américaine. Avec modestie, je suggère à La Tribune de commander un papier sur ce même sujet à un vrai économiste, un homme avec des idées plus larges que M. Boskin, notre grand Jacques Sapir. Et je suis s'ur que sa vision du BRICS se trouvera aux antipodes des propos hautement biaisés de Michael Boskin. En attendant (avec impatience), je vous envoie, MM. les journalistes, mes plus cordiales salutations.
Réponse de le 23/06/2015 à 19:14 :
M. Sapir est bien connu pour son biais néo conservateur pro russe. Pour l'objectivité, il faudra trouver quelqu'un d'autre.
Réponse de le 24/06/2015 à 10:45 :
Le groupe des pays "BRIC" date seulement de 2009, rejoint en 2011 par l'Afrique du Sud, formant ainsi les BRICS : c'est très jeune pour une alliance économique et financière de cette importance .
Le PIB de ces pays est passé de 16 % en 2001 du PIB mondial à 27 % en 2011, une croissance qui pourrait atteindre 40 % en 2025. Autres données Wikipédia : représentant 3 Md d'habitants, le PIB nominal cumulé est proche de celui des 28 pays de l'UE ..et des EU (sacrilège ! ).
Donc, selon l'éminent professeur Boskin, les BRICS sont une cruelle désillusion, car en dehors de l'USD (sous perfusion permanente), point de salut .

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