Ce que les autorités chinoises auraient intérêt à faire

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Michael J. Boskin, professeur d'économie à l'Université de Stanford.
Michael J. Boskin, professeur d'économie à l'Université de Stanford. (Crédits : REUTERS Phil McCarten)
La Chine doit affronter un sérieux ralentissement. Sa croissance est plus proche de 5% que des 7% annoncés. Pour passer le cap de cette crise, les autorités ont tout intérêt à diminuer le poids de la politique et de l'administration dans la vie économique. Par Michael J. Boskin, professeur d'économie à l'Université de Stanford.

Les efforts musclés fournis par le gouvernement chinois afin de contenir la récente volatilité du marché boursier - la dernière mesure en date ayant consisté à interdire aux plus grands actionnaires de procéder à des ventes à découvert - viennent considérablement endommager la crédibilité du pays. Les échecs politiques de la Chine n'ont pour autant rien de surprenant. Les dirigeants politiques du pays sont loin d'être les premiers à commettre des erreurs dans la gestion des marchés financiers, de la monnaie, et des échanges commerciaux. Nombre de gouvernements européens ont par exemple subi d'importantes pertes au début des années 1990, dans le cadre de la préservation de monnaies incorrectement alignées.

Atterrissage en douceur?

L'économie chinoise n'en demeure pas moins une source majeure d'incertitude. En effet, bien que la performance du marché boursier de la Chine et celle de l'économie réelle du pays n'aient pas été étroitement corrélées, un ralentissement considérable est en marche. Il y a là une question sérieuse, qui préoccupe naturellement les ministres des finances, banques centrales, comptoirs de négociation, importateurs et exportateurs du monde entier.

Le gouvernement chinois pensait pouvoir opérer un atterrissage en douceur, dans le cadre de la transition d'une formidable croissance économique à deux chiffres - alimentée par les exportations et investissements - à une croissance régulière et équilibrée, sous-tendue par la consommation domestique, notamment au travers des services. Dans le cadre de cet effort, le pays a effectivement mis en œuvre un certain nombre de politiques et de réformes judicieuses.

La rapidité de la croissance chinoise a cependant dissimulé de nombreux problèmes. Soucieux d'obtenir une promotion en atteignant certains objectifs économiques à court terme, les dirigeants du pays ont par exemple alloué les ressources de manière inappropriée. Les industries de base telles que l'acier et le ciment ont par ailleurs bâti un important excès de capacité, tandis que les prêts douteux s'accumulaient au bilan des banques et des gouvernements locaux.

Un ralentissement de la croissance dévastateur: comme si le PIB chutait de 2% à 3% en Allemagne

C'est en matière de plans d'urbanisation que les difficultés liées à cette approche se font les plus apparentes, cette urbanisation ayant conduit à la construction de nouvelles villes étendues - bénéficiant d'infrastructures modernes et de logements en abondance - qu'il reste encore à peupler. Ces « villes fantômes » s'apparentent en un sens aux anciens villages Potemkine de l'empire russe bâtis pour créer l'illusion lors du passage de la tsarine, à ceci près que les villes fantômes de Chine s'avèrent réelles, et qu'elles ont certainement été construites à bien d'autres fins que pour flatter les dirigeants du pays.

Maintenant que la croissance économique chancelle - les observateurs évoquant un pourcentage proche de 5 % (voire inférieur), bien que les statistiques chinoises officielles présentent un taux annuel de 7 % - les problèmes de gouvernance de la Chine deviennent impossible à ignorer. Bien que le taux de croissance chinois surpasse aujourd'hui celui de la quasi-totalité des économies, l'ampleur du ralentissement observé se révèle dévastateur, cette dynamique à court terme pouvant être assimilée à la survenance d'une contraction de 2 à 3 % de la croissance du PIB aux États-Unis ou en Allemagne.

Instabilité sociale et politique

Une Chine en proie à des graves difficultés économiques est une Chine qui risque fort de connaître une instabilité sociale et politique considérable. À mesure que le ralentissement menacera la création d'emplois, mettant à mal l'espérance des millions d'individus qui s'installent chaque année dans les villes de Chine afin de vivre une existence plus prospère, le Parti communiste chinois peinera de plus en plus à maintenir la légitimité de son monopole politique. (Plus largement, le poids des difficultés de la Chine, en parallèle d'un effondrement de la Russie et d'une inflation de 60 % au Venezuela, vient éroder chez certains la croyance selon laquelle le capitalisme d'État l'emporterait sur l'économie de marché).

Des risques majeurs au-delà des frontières chinoises

Étant donné l'importance systémique de la Chine dans l'économie mondiale, l'apparition d'une instabilité dans le pays pourrait bien soulever des risques majeurs au-delà de ses frontières. La Chine est le plus grand détenteur étranger de bons du Trésor américain, de même qu'un partenaire commercial majeur pour les États-Unis, l'Europe, l'Amérique latine et l'Australie, ainsi qu'un acteur clé du commerce intra-asiatique, notamment en raison de l'ampleur de son importation en vue d'un traitement puis d'une exportation.

La Chine soulève des enjeux considérables pour le monde entier, et les autorités chinoises ont actuellement fort à faire. Le gouvernement doit faire face aux effets à court terme du ralentissement, tout en poursuivant la mise en œuvre de réformes destinées à la réorientation fluide de l'économie vers un nouveau modèle de croissance, et visant l'expansion du rôle des marchés. Les sociétés étrangères cherchent à accéder à une classe moyenne chinoise rapidement croissante, que McKinsey Global Institute estime d'ores et déjà à 200 millions d'individus. Seulement voilà, ceci implique l'existence d'un environnement d'affaires stable, et notamment davantage de transparence des approbations gouvernementales, ainsi que l'assouplissement des contrôles de capitaux.

La dévaluation, un signal

Conscient de ces objectifs, le gouvernement chinois a récemment procédé à une légère dévaluation monétaire - d'environ 3 % à ce jour. Cette démarche sera sans doute trop réduite pour véritablement faire évoluer la balance commerciale de la Chine auprès de l'Europe ou des États-Unis. Elle constitue néanmoins le signal d'une réorientation vers un taux de change davantage orienté sur le marché. Les investisseurs, managers et dirigeants gouvernementaux ont ainsi à l'esprit le risque de voir les marchés monétaires - ou encore les monnaies gérées publiquement et exposées aux forces du marché - développer une dynamique excessive et dépasser les valeurs fondamentales, comme cela se produit souvent.

Favoriser la consommation

À l'heure où le gouvernement chinois use de la politique monétaire pour tenter d'apaiser les marchés, les réformes microéconomiques doivent également se poursuivre. Il appartient à la Chine de déployer les nouvelles technologies au sein des différents secteurs, tout en améliorant l'éducation, la formation et la santé des travailleurs. Il incombe également au pays d'accélérer ses efforts d'accroissement de la consommation domestique, qui se situe bien en dessous de celle des autres pays en tant que part du PIB. Ceci implique la réduction d'un taux d'épargne plus élevé que jamais, en grande partie alimenté par les entreprises d'État.

Que l'État se désengage des entreprises

Si l'objectif consiste à ce que les ménages et les entreprises privées remplacent l'investissement sous conduite gouvernementale en tant que principaux moteurs de la croissance économique, l'État va devoir réduire sa participation dans les grandes entreprises, et faire en sorte que davantage de profits puissent être versés directement aux actionnaires, tout en faisant bénéficier les citoyens d'une part plus importante de ses propres bénéfices liés à ses actions restantes.

Atténuer le pouvoir discrétionnaire des administrations

Cette prise de distance vis à vis d'un contrôle étatique excessif doit passer aussi par la fin des prix subventionnés, et autres aides en faveur d'industries privilégiées, par un soutien ciblé aux travailleurs à faibles revenus, ainsi que par un plus grand investissement dans le capital humain. Il incombe également à la Chine d'atténuer le pouvoir discrétionnaire des administrations, en établissant des réglementations judicieuses et prévisibles, afin de remédier aux externalités et monopoles naturels.

Sur le plan macroéconomique, il est nécessaire que la Chine redéploie les responsabilités et ressources en direction des différents niveaux de gouvernement, afin de capitaliser sur l'avantage comparatif que présentent ces niveaux en termes de fourniture de services et de collecte de revenus. Le pays devra également réduire progressivement sa charge totale d'endettement, qui dépasse actuellement 250 % du PIB.

Cesser de vouloir influer sur le prix des actions

Dans ses efforts face aux défis d'ajustement qui se présentent à elle, la Chine bénéficie fort heureusement de réserves de change à hauteur de 3 600 milliards dollars, qui pourront faire office de matelas face à des coûts inévitables. Mais la Chine devra également résister à la tentation d'un plus grand contrôle de l'État sur l'économie - une possible évolution entraperçue dans le cadre de la réponse musclée des autorités en matière de correction du prix des actions. Cette approche doit être abandonnée une bonne fois pour toute, avant qu'elle ne provoque davantage de dégâts dans cette quête de stabilité et de prospérité à long terme à laquelle aspire la Chine.

Traduit de l'anglais par Martin Morel

Michael J. Boskin, professeur d'économie à l'Université de Stanford et membre principal de la Hoover Institution, a été président du Comité des conseillers économiques de George H. W. Bush de 1989 à 1993.

© Project Syndicate 1995-2015

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Commentaires
a écrit le 03/09/2015 à 14:19 :
C'est amusant cette propension, ici Michael J. Boskin, à vouloir calquer l'économie d'un autre pays à celle du sien... qui lui même est dans une situation critique. D'autant que les préconisations économiques pro bulle de cet ancien dirigeant du pétrolier Exxon sont démenties partout dans les faits. Il est l'un des pères de la crise avec l'idéologie du "sans usine". On sera plus que réservé sur ses affirmations.
a écrit le 03/09/2015 à 10:51 :
Après 30 années de réussite économique grâce, tout de même, au "pouvoir discrétionnaire de l'administration", dès le premier trimestre de déconvenue économique les libéraux proposent comme solution de diminuer l'engagement de l'État dans l'économie.

En Europe, après 7 années (et même bien plus...) de catastrophe économique dans la course frénétique à la libéralisation, les libéraux proposent davantage de libéralisation comme remède.

Et après on parle de la "fin des idéologies"... On se moque du monde !
Réponse de le 03/09/2015 à 15:03 :
C'est surtout une chose que les "penseurs" (quelques) et les états n'intègrent pas :

On ne consomme pas de la même manière d'un pays à un autre.

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