Choc protectionniste de Trump : quelle riposte européenne ?

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, quelle riposte européenne au protectionniste de Trump ?

Les risques du protectionnisme résident dans l'escalade, la dégénérescence en guerre commerciale. C'est cette menace de contagion sur les échanges mondiaux qui crée aujourd'hui l'émoi, autour de l'instauration récente par Donald Trump de droits de douane sur l'acier et l'aluminium.

Cette mesure aura des effets très circonscrits géographiquement. Canada et Mexique en sont exemptés. Elle pénalise d'abord le Brésil, la Corée du Sud, la Russie et le Japon, plus que les pays européens concernant l'acier. La Chine, la Russie et les Émirats, concernant l'aluminium. Au sein de l'Europe, c'est l'Allemagne qui est en première ligne, et elle a largement de quoi encaisser un choc. Ce choc porte sur moins de 0,15% de ses exportations de marchandises. On est très en deçà des aléas que créent les variations du taux de change.

Des mesures aux effets restreints

Cette mesure est d'autant moins à craindre que ce n'est pas la première fois que les États-Unis utilisent l'instrument du protectionnisme de façon ciblée. Georges Bush l'avait déjà fait de façon temporaire sur certains types d'aciers en 2009. Barack Obama aussi, sur les pneus en 2012, et sur certains types d'aciers venus de Chine en 2016.

Le bilan de ce type de dispositif est de surcroît mitigé pour les économies qui s'abritent. Les industries en difficulté retrouvent des marges pour augmenter leurs prix. Et ce sont les industries en aval qui trinquent. En l'occurrence l'automobile américaine. Quant aux industries pénalisées par les tarifs douaniers sur le marché US, elles tendent à se redéployer sur d'autres marchés, pénalisant les exportations américaines. Bref, il est peu probable que l'économie américaine soit gagnante à ce jeu.

Quant aux représailles, elles sont en général circonscrites. D'expérience, la guerre vire à la guéguerre. Côté européen on parle de surtaxer  le bourbon, les jeans et les motos Harley-Davidson... Pas de quoi ébranler le commerce planétaire. Et l'Europe réfléchit à une alliance avec les États-Unis pour contrecarrer le dumping chinois.

Et si Trump visait l'automobile allemande ?

Là où il faut vraiment s'inquiéter, c'est au sujet des intentions véritables de l'administration Trump. Peut-être est-ce du pur clientélisme, une rodomontade qui a pour seul but de flatter un électorat qui s'effrite. Mais dans l'empressement du président américain à menacer de contre-représailles l'automobile européenne, autrement dit allemande, on peut se demander si le but recherché n'est pas précisément celui-ci. L'administration américaine, à défaut de pouvoir attaquer frontalement les exportateurs européens, ne cherche-t-elle pas à créer le casus belli qui légitimerait la mise en place de barrières sur le secteur sensible de l'automobile ? Si tel était le cas, le risque d'escalade n'est plus le même. L'Europe serait même confrontée à un évènement susceptible d'enrayer sa reprise.

Le regret que l'on peut avoir, c'est que ce débat nous éloigne des vrais enjeux contemporains du protectionnisme. Le protectionnisme est fondé lorsqu'il permet de protéger et de consolider des secteurs naissants, qui pâtissent d'un handicap de rentabilité face aux secteurs en place qui bénéficient des effets d'échelle. Des mesures protectionnistes pertinentes pourraient, par exemple, porter sur la qualité et la durabilité des produits, le respect de normes environnementales, le kilométrage parcouru par les produits, le respect des droits sociaux ou encore les niveaux de rémunération. Même l'OMC est ouverte à ce type de problématique. Or la guerre défensive de Trump en faveur de la vieille économie est à mille milles de cela.

 >> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 19/03/2018 à 11:48 :
"Côté européen on parle de surtaxer le bourbon, les jeans et les motos Harley-Davidson... Pas de quoi ébranler le commerce planétaire. "

Solutions à la Mike le poulet sans tête, on est décadent mais qu'est-ce qu'on se marre en écoutant nos dirigeants croire encore à une quelconque puissance européenne, enfin essayer de nous faire croire, espérons quand même qu'ils ne soient pas totalement benêts hein.

"Des mesures protectionnistes pertinentes pourraient, par exemple, porter sur la qualité et la durabilité des produits, le respect de normes environnementales, le kilométrage parcouru par les produits, le respect des droits sociaux ou encore les niveaux de rémunération. Même l'OMC est ouverte à ce type de problématique. "

Oui mas étrangement c'est quand trump impose du protectionnisme que l'on se pose des questions quant à l'intérêt du protectionnisme, du coup si trump n’avait pas lancé ces mesures vous n'en auriez jamais parlé de cette idée.

Bref en europe nous ne sommes plus capables d'aller de l'avant c'est flagrant mais c'est normal l'argent de l'investissement étant parasité par nos actionnaires milliardaires dans les paradis fiscaux de l'UE.

Vite un frexit.
a écrit le 19/03/2018 à 10:03 :
voir le 21e rapport Global Trade Alert de juillet 2017 sur les mesures protectionnistes. les US sont les champions incontestés pour le nombre de mesures mises en oeuvre depuis novembre 2008. à quoi correspondent toutes ces mesures ? cela inclut-il des "mesures protectionnistes pertinentes" qu'évoque Olivier ?

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