Climat : ce que l’Indonésie nous apprend
Thomas Guyot

Photo d'illustration
DR
Thomas Guyot

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Créée pour remplacer, au moins en partie, l'ancienne capitale Jakarta, sa construction rappelle que la lutte contre le changement climatique peut entraîner elle aussi des bouleversements, non seulement environnementaux, mais aussi sociaux et économiques.
Certes, le climat n'est pas la seule cause de la situation actuelle de Jakarta. L'affaissement du sol est le résultat de l'urbanisation et de l'extraction des eaux souterraines, devenant depuis plusieurs années un problème urgent et une source de menaces structurelles majeures pour les bâtiments existants. Les phénomènes climatiques, dont l'intensification des pluies, ont cependant accentué la menace de submersion de Jakarta, ce qui a finalement décidé le gouvernement à déplacer la capitale.
Le déplacement d'une ville aussi immense que Jakarta n'est pas seulement un défi logistique, mais un acte désespéré pour échapper à une menace quasi imminente. Toutefois, cette initiative ne fait que déplacer le problème, la nouvelle capitale étant construite au cœur d'une biodiversité exceptionnelle, menaçant ainsi l'équilibre fragile des écosystèmes. Ce sacrifice écologique a-t-il été réellement nécessaire ? Voilà une question qui reflète l'urgence de notre époque.
Les populations locales sont souvent les premières victimes de ces transformations, aux côtés des hectares de forêts. À Nusantara, les habitants autochtones sont déplacés, leurs terres expropriées pour faire place à cette mégalopole naissante. Comme au Kenya où des projets d'énergie éolienne dans la région de Turkana ont eu des impacts sociaux importants sur les communautés locales, souvent expropriées sans compensation adéquate, les solutions au changement climatique peuvent exacerber les inégalités sociales. Le même scénario se répète partout dans le monde.
Le secteur privé, pour sa part, scrute avec une attention croissante les risques environnementaux. Selon le rapport "Global Sustainable Fund Flows: Q1 2023" de Morningstar, environ 89 % des investisseurs institutionnels intègrent désormais des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leurs décisions d'investissement. Cette prise de conscience reflète une sensibilité croissante aux enjeux de durabilité. Cependant, cette pression économique, bien que croissante, ne suffit pas toujours à freiner les dommages environnementaux engendrés par les projets à grande échelle. Par exemple, malgré les efforts pour intégrer des pratiques durables, des projets comme le barrage de Belo Monte au Brésil ont continué à causer des dégradations environnementales importantes, notamment des pertes massives de biodiversité et des déplacements de communautés indigènes. Même avec des critères ESG de plus en plus rigoureux, les impacts environnementaux de certains projets restent significatifs et parfois négatifs. Les investisseurs doivent redoubler de vigilance, et d'efforts.
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Face à ces événements, fixons-nous un seul objectif : intégrer des critères beaucoup plus larges que celui de l'environnement seul dans la transition durable. Prendre en compte davantage les communautés locales, la biodiversité... Revenir à la base de l'esprit même du développement durable et de ses 3 piliers: économique, social et environnemental qui doivent être traités chacun avec une attention égale autant par les politiques publiques que les investisseurs et les entreprises. Si on en oublie un, la structure devient si fragile.
Dans cette optique, félicitons-nous de l'élargissement des rapports extra-financiers comme la CSRD, le GRI, l'ISSB, qui incluent désormais des informations liées à l'impact social et à la gouvernance, non plus uniquement aux données environnementales. Preuve que les financiers (et plus largement toutes les parties prenantes) considèrent désormais que ces critères sont tout aussi importants.
Tout en symbolisant le dilemme global auquel nous faisons face, Nusantara nous montre peut-être mieux que tout autre projet l'importance d'intégrer les volets économiques et sociaux dans nos projets de croissance durable. Alors qu'une étude de l'Institut de recherche de Potsdam publiée par la revue Science le 22 août indique que seules 63 des 1 500 politiques climatiques mises en place dans 41 pays entre 1998 et 2022 ont été véritablement efficaces, que Nusantara devienne pour nous un électrochoc et une leçon à retenir.
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(*) Thomas Guyot est co-fondateur de la greentech Traace (groupe Tennaxia) spécialisée dans le pilotage des indicateurs carbone et ESG des ETI et grandes entreprises. Il est diplômé des Arts et Métiers ParisTech et d'HEC Paris et, à titre personnel, fervent amateur du Grand Nord.
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