Coronavirus : la contagion de secteurs en secteurs jusqu'aux entreprises
Olivier Passet, Xerfi

Photo d'illustration
Piroschka Van De Wouw
Olivier Passet, Xerfi

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En l'espace de quelques jours, la crise du Covid-19 a pris une nouvelle dimension et profondément changé de nature au plan économique.
Elle pouvait apparaître dans les premiers temps de la propagation comme un choc asymétrique, dont l'épicentre était en Asie (Chine, Corée) avec l'Italie comme foyer secondaire. La réflexion sur l'impact s'engageait alors sur les risques de ruptures d'approvisionnement, en amont des chaînes de production, dépendant de la sous-traitance chinoise ou italienne. Et sur les retombées secondaires sur la demande mondiale de la brusque embolie de la croissance chinoise. La crise pouvait prendre en compte également l'effet secondaire amortisseur des mesures de soutien monétaire et budgétaire et de la chute du prix du pétrole et des produits de base. A ce stade, les estimations portaient sur quelques dixièmes de points de croissance, avec une forte probabilité de rattrapage en « V » au second semestre.
Tout cela est déjà caduc. Et les entreprises doivent se préparer maintenant à un choc de premier ordre qui peut mettre en péril leur trésorerie et leur survie, pour certaines.
Regardons pour le comprendre les courbes de propagation de la maladie. Elles n'ont rien d'exact, on le sait. Elles dépendent de la transparence des autorités, de la pratique du dépistage, du délai de détection de la maladie, qui varient d'un pays à l'autre. À ce stade, personne dans la communauté scientifique ne se risque à estimer l'ampleur et la date à laquelle un pic sera atteint. Mais elles nous disent déjà quelque chose :
Seuls deux pays ont réussi à ce jour à endiguer la progression de la maladie, grâce à des mesures drastiques de confinement et de limitation de la mobilité, d'arrêt des sites de production pour la Chine. Grâce à une politique de dépistage, d'information, de traçage des déplacements qui n'a pas d'équivalent ailleurs pour la Corée. Et même en Italie, où les mesures coercitives de confinement et de restriction de la mobilité et de regroupement sont les plus fortes, la dynamique commence à s'infléchir. États-Unis ou Espagne, qui ont tardé à réagir, sont aujourd'hui sur des pentes de croissance très supérieures à celles des autres pays. Il va falloir compter dans les prochains jours avec l'emballement des statistiques américaines avec un fort risque sur de second coup de semonce sur les bourses occidentales.
Cela signifie une chose simple. Tous les pays, à brève échéance, vont basculer sur des mesures extrêmement contraignantes de limitation de la mobilité et des regroupements. Les pays devraient cependant essayer de sanctuariser la production, contrairement à ce qu'ont fait les Chinois. Ce qui signifie aussi que le freinage de l'épidémie ne sera pas la même en Occident qu'en Asie et que le pic devrait être beaucoup plus élevé et décalé dans le temps.
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Cela change tout :
Côté offre, sa soudaineté a pour premier effet de dégrader brutalement les marges et la trésorerie des entreprises. A cela s'ajoute le coup de frein brutal de quelques secteurs massivement impactés : les transports, le tourisme, l'hôtellerie-restauration et toute l'industrie culturelle ou « récréative » comme on dit. Tout cela sera aggravé par le contingentement de la force de travail et les mesures de quarantaines.
Côté demande, c'est d'abord le gel des dépenses d'investissements et d'embauches pour les entreprises. Et ce sont ensuite des destructions d'emplois rapides dans les secteurs à emploi précaire qui sont en première ligne : hôtellerie restauration, tourisme, secteurs récréatifs, etc. Ce sont aussi les comportements d'ajournement des gros achats par les ménages. Et ce sont enfin les retombées du ralentissement du commerce mondial pour les entreprises exportatrices.
Si l'on prend la mesure du poids des secteurs qui sont en première ligne du choc, les services mis à l'arrêt auxquels s'ajoutent les industries les plus exposées (automobile et biens d'équipement notamment), c'est près de 10% de la valeur ajouté qui est exposée à des baisses d'activité à deux chiffres.
Si l'on prend le poids des secteurs certes amortisseurs mais dont l'activité est indexée sur le ralentissement général de la demande lié aux comportements de précaution des ménages et des entreprises — services aux entreprises, commerce, construction, utilities... — plus de 30% de la valeur ajoutée est concernée.
Enfin, il ne faut pas l'omettre, le socle stabilisateur des secteurs qui s'adressent à des besoins structurels incompressibles — administration, santé, éducation, agriculture, IAA, etc. Et là, heureusement, c'est près de la moitié de l'économie qui joue ce rôle socle et garantit une certaine résilience.
Reste que face à la gravité de ce choc, aux risques de faillites, à la dégradation induite de bilans bancaires, au temps de restauration des trésoreries et des comptes publics, aux changements durables de comportement de mobilité, le scénario en « V » est possible, mais il est loin d'être certain...
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Olivier Passet, Xerfi