Coup d'envoi pour la « smart santé » à Paris

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(Crédits : DR)
La "smart santé" peut être un atout pour des parisiens victimes d'un engorgement médical. par François Haab, Médecin, Conseiller de Paris du groupe UDI-MoDem et Conseiller national du MoDem en charge des questions de santé

Dans une étude parue fin juin, l'Union régionale des professionnels de santé d'Ile-de-France (URPS) a démontré que les patients oubliant leurs rendez-vous auprès de leurs médecins entraînent une perte de temps moyenne de 40 minutes par jour pour le praticien.
Ces résultats viennent démontrer l'un de ces problèmes quotidiens, d'autant plus épineux dans le cas d'une région comme l'Ile-de-France, et notamment Paris, où les délais d'obtention d'un rendez-vous peuvent parfois atteindre des semaines, voire des mois.
En matière de e-santé, divers outils numériques, lancés par des start-ups, existent pour faciliter, entre autres, une meilleure fluidité dans la prise de rendez-vous, mais aussi développer les téléconsultations ou différents objets connectés, et être ainsi une partie de la réponse à ce type de problématiques. Mais le développement de la e-santé ne pourrait être complet sans un accompagnement des pouvoirs publics, les plus à-mêmes de favoriser le développement de ces pratiques, notamment auprès des personnes les moins utilisatrices des innovations technologiques comme les seniors.

La "smart santé" à Paris

Fin mai 2015, le Conseil de Paris a ainsi adopté le plan proposé par le groupe UDI-MoDem pour le développement de la « smart santé » à Paris, ou « santé intelligente». Un premier pas qui devrait permettre de poser les bases d'un écosystème sanitaire numérique permettant de faire de notre capitale une pionnière en la matière. Loin de se substituer à la présence, essentielle, de la relation humaine dans les questions de santé, ces outils devront être des compléments salvateurs pour répondre à des besoins précis et à des problématiques concrètes.

La désertification médicale, à laquelle Paris n'échappera pas, en est une. Ainsi, l'A.R.S. d'Île-de-France estime à 830 le nombre de départs de médecins dans les cinq ans à venir, 30% d'entre eux ayant plus de 60 ans. Le prix du foncier à Paris est évidemment l'une des causes de cette désertification en devenir, c'est dans cette optique que nous avions fait adopter au Conseil de Paris un vœu permettant l'expérimentation de logements tremplins pour les jeunes médecins désireux d'exercer en secteur 1, mais une meilleure organisation de l'offre de soins à Paris est aussi un facteur d'attractivité pour les jeunes praticiens.

 Une plateforme numérique de prise de rendez-vous

Prendre un rendez-vous chez un médecin, c'est généralement une demi-journée de « perdue ». De la même manière, un rendez-vous annulé signifie souvent pour un praticien une désorganisation de sa journée de consultations. Avoir à disposition des outils numériques clairs avec un planning de rendez-vous en ligne envoyant aux patients inscrits des alertes en cas de nouveaux créneaux disponibles, c'est au bout de la chaîne un gain de temps énorme pour chacun et une amélioration de l'accès aux soins pour tous, à travers la fluidification du parcours de soins. C'est la raison pour laquelle nous avons préconisé la mise en place d'une plateforme numérique de prise de rendez-vous auprès des médecins qui s'inscriront, gratuitement, au dispositif.

Cet objectif va de pair avec une autre priorité, le maintien à domicile des personnes âgées ou en situation de fragilité. Le retard pris dans les travaux d'accessibilité de nombreux cabinets médicaux parisiens est un agent aggravant de l'inégalité d'accès aux soins pour ces personnes en situation de fragilité, qui ne disposent souvent pas des mêmes possibilités de déplacement que d'autres patients.

Les progrès en domotique, en téléconsultation, ou en objets connectés, permettront de réaliser un meilleur suivi, plus régulier, de ces personnes, comme cela se fait déjà par le dispositif Télégéria, expérimenté à l'hôpital Georges Pompidou, et permettra, pour certaines d'entre-elles, un maintien au sein de leur logement plutôt qu'un coûteux et souvent dramatique placement dans une maison spécialisée.

Renforcer l'éducation à la santé

Enfin, tout plan de santé ne saurait être durable sans un renforcement de l'éducation à la santé, notamment par le biais de la prévention scolaire. Aujourd'hui, qui connaît réellement les précautions à prendre en cas de pic de pollution ? Combien sont les parisiens à même de savoir utiliser un défibrillateur cardiaque ou tout simplement en capacité d'user des soins de premiers secours ? La diffusion des notions les plus élémentaires de santé publique peut grandement être facilitée par un accroissement de l'utilisation des nouvelles techniques de communication.
Ces différents outils, et bien d'autres à venir, seront au menu de la future Commission dédiée à la e-santé qui sera mise en place à Paris suite à l'adoption de ce plan par le Conseil de Paris. Cette Commission permettra une étroite collaboration avec les acteurs concernés et légitimes sur ces questions : les professionnels de santé, la CPAM et le Conseil de l'Ordre des Médecins ou encore l'ARS.

Associer d'autres acteurs

Il conviendra bien évidemment d'associer d'autres acteurs, car Paris dispose de tous les atouts pour réussir cette mutation. Paris dispose de grands laboratoires de recherche tels que Paris-Descartes, l'Institut Pasteur, l'Université Pierre et Marie Curie ou encore le Val de Grâce. De même, nous souhaitons engager une réflexion sur la nécessaire universitarisation des Maisons de Santé, qui sont encore à Paris trop éloignées des facultés de médecine, et qui permettrait de faire éclore auprès des étudiants de nouvelles vocations au bénéfice de la médecine généraliste.

Les nombreuses et prometteuses start-ups dédiées à la e-santé devront être également pleinement mobilisées, comme cela se fait, de manière encore trop confidentielle, par l'incubateur dédié à la e-santé de Boucicaut, mais aussi grâce à des appels à projets innovants.

Car au-delà de leur force d'innovation, ces laboratoires et start-ups sont également porteurs d'emplois nouveaux et d'un réel potentiel en termes d'économie de la santé. C'est aussi l'une des externalités positives que nous attendons de ce plan smart santé, la possibilité de réduire certains coûts induits par des dysfonctionnements, tout en augmentation le potentiel de croissance économique par une mise en avant des différentes innovations provenant du cerveau fertile d'entrepreneurs motivés qu'il convient de soutenir.

François Haab
Médecin, conseiller de Paris du groupe UDI-MoDem (XIIème)
Conseiller National du MoDem chargé des questions de santé

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