Crises 1929, 1987, 2000, 2007 et 2018... n'avons-nous rien appris ?

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Nonobstant la forte correction de l'ordre de 10 % survenue récemment sur les bourses, la première économie mondiale, celle qui précède toujours toutes les autres en termes de croissance comme de dépression, celle qui sert d'exemple ultime en matière de néo libéralisme, - l'économie américaine - s'est donc redressée de manière spectaculaire depuis la crise des années 2007 - 2008. Marché de l'immobilier en constante progression, chômage au plus bas depuis une génération et marchés boursiers euphoriques sont autant de preuves de ce redressement exemplaire d'une économie ayant néanmoins frôlé la catastrophe il y a dix ans.

La classe moyenne américaine est pourtant fort loin d'avoir retrouvé son niveau de vie précédent cette récession, et n'a pas non plus récupéré toutes ses richesses volatilisées à la faveur de la crise financière. En fait, tirés vers le bas par des revenus stagnants - en dépit d'une conjoncture économico-financière florissante - les salariés US sont aujourd'hui confrontés à une situation et acculés à des extrémités équivalentes à celles ayant prévalu au milieu des années 1990. C'est donc à un authentique retour vers le passé qu'est contrainte la classe moyenne américaine - naguère si enviée par les européens - car une étude de la Réserve Fédérale démontre une chute de 8% de sa richesse en vingt ans ! Cette rétrogradation se transforme cependant en une déchéance en bonne et due forme pour les moins bien nantis dont les maigres avoirs ont littéralement fondu de 22% durant la même période. Les plus pauvres sont effectivement les damnés d'un système qui fonctionne par les riches et pour les riches ayant, eux, augmenté leur fortune de 146% depuis 1998 ! Les disparités des revenus sont encore plus choquantes car, tandis que 90% des citoyens américains ont subi un effondrement de 50 % du fruit de leur travail, les 1% les plus riches d'Amérique ont pu jouir d'une flambée de 23 % de leurs revenus !

À présent que les bourses semblent décrocher ou, à tout le moins, devoir s'ajuster sur l'économie réelle que vivent au quotidien les vrais gens, tournons-nous vers les Gates, les Bezos, les Zuckerberg, les Musk et vers les frères Kock qui ont très certainement analysé et la Grande Dépression et les liquéfactions des années 2007 - 2008, car on peut légitimement douter qu'ils en aient tiré un quelconque enseignement. L'économie de ce début de XXIe siècle n'est effectivement en rien plus saine que celle de la fin des années 1990 car le capitalisme de 2018 est encore et toujours tiré par la seule locomotive de la finance.

Dans ce jeu de dupes à somme nulle pour la société civile, des géants comme Apple disposent d'une richesse aberrante évaluée à environ 375 milliards de dollars qui ne seront évidemment pas réinvestis sur leurs produits mais sur les marchés financiers et dans une ingénierie qui leur permettront de se soustraire autant que possible à l'impôt. Dans ce monde de 2018, les entités comme Apple et bien d'autres ne sont plus qu'un gigantesque fonds spéculatif dont seulement un wagon est dédié à l'innovation technologique, et dont la quasi-totalité des éléments constitutifs ne bénéficient donc ni à la consommation ni à la société.

Après la tragédie des années 2007 à 2010, et alors que les classes moyennes sont en plein déclassement au sein de toutes les nations occidentales, les heureux 1% doivent très sérieusement peser les conséquences de leurs actions et de leurs décisions, et surtout ne pas se cacher derrière le prétexte - usé jusqu'à la lie - selon lequel ils ne pouvaient prévoir un nouveau et inéluctable cataclysme accentué - sinon provoqué - par leur appât immodéré du gain. Alors que le monde de la finance semble parti pour de nouvelles secousses d'hyper volatilité et d'hyper instabilité - qui sont sa marque de fabrique- nul ne peut plus aujourd'hui se prévaloir d'ignorer les conséquences de ses actes.

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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur Général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique", "Misère et opulence"Son dernier ouvrage : «Pour un capitalisme entre adultes consentants»préface de Philippe Bilger.

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Commentaires
a écrit le 15/02/2018 à 15:25 :
Ce qu'il faut aussi comprendre, c'est que l'argent investi dans la finance sert en fait au colonialisme économique. C'est la raison pour laquelle les nations ferment les yeux sur ce magot. La spéculation sert à faire tomber des économies qui refusent de se soumettre au dictât de la mondialisation.
a écrit le 14/02/2018 à 9:14 :
Clair, net, concis. A diffuser !
a écrit le 14/02/2018 à 8:52 :
Ils ont compris que les crises, ça rapporte... aux riches ;)
a écrit le 14/02/2018 à 8:43 :
Ceux qui n'ont rien appris, ce sont ceux qui croient encore que l'économie fonctionne à l'insu du plein gré des protagonistes...
a écrit le 14/02/2018 à 0:13 :
Les frères Koch, et pas Kock !
a écrit le 13/02/2018 à 11:36 :
En quoi les 375 milliards d'Apple (entreprise qui, rappelons-le, était moribonde au retour de Steve Jobs) sont ils une richesse "aberrante" ? Elle correspond simplement à la vente en grand nombre de produits de "luxe" (c'est à dire dont le prix de revient réel et la valeur d'usage sont très inférieur au prix de vente : un Macintosh bien que 2 fois plus cher rend fondamentalement les mêmes services qu'un bon vieux PC Windows, et un IPhone qu'un Androïd 2 à 3 fois moins cher ; si le consommateur était plus rationnel la richesse "aberrante" d'Apple n'existerait pas), et procède finalement de la même logique que LVMH. Alors on entend bien que cette petite musique suggère que "la collectivité" (c'est à dire les états) pourrait s'approprier une partie importante de cette richesse "aberrante". On appelle ça du collectivisme et on sait à quel effondrement économique il a conduit...
Réponse de le 13/02/2018 à 17:21 :
Je pense que vous faites semblant d'ignorer pourquoi ils ont tout cet argent a l'étranger:pour échapper a l'enfer fiscal libéral us
Réponse de le 13/02/2018 à 20:33 :
Je suis parfaitement d'accord avec vous, et d'autant plus que ce sont les consommateurs qui créent ces monopoles.

Apple n'est sûrement pas la pire de ces entreprises, mais là où ça devient franchement ''aberrant'' c'est quand les consommateurs préfèrent se priver de chauffage, d'eau chaude, de nourriture ou même de produits hygiénique pour pouvoir s'acheter un iPhone ou s'offrir la connectivité Internet.

Ce qui est aussi ''aberrant'' c'est que ces monopoles ont une telle capacité financière et technologique qu'ils peuvent non seulement perturber en profondeur les modèles d'affaires d'un secteur économique donné qu'il en devient pratiquement impossible de les concurrencer à armes égales.

Non seulement le déficit commercial en France ne pourra que croître mais les gouvernements sont aussi (et surtout) à la merci de la concurrence fiscale entre les États et la difficulté de légiférer (au niveau européen) sur des taux d'imposition qui reconnaissent les profits commerciaux par État.

La réponse des GAFAM est de proposer des ''bonbons politiques'' à nos élus locaux et nationaux, toujours en mal de déclarations fracassantes, comme les jobs au SMIC chez Amazon ou les 10M d'euros de Facebook pour le développement de l'IA en France...
Réponse de le 11/03/2018 à 12:49 :
" s'offrir la connectivité Internet"

Délire complet

Qui se prive d'eau chaude pour avoir le 3P (Internet, téléphone, télévision) à 30 €/mois?
a écrit le 13/02/2018 à 9:52 :
Toutes ces crises sont liées à une variation du prix de l'énergie. C'est à vérifier pour trouver une relation entre prix de l'énergie et croissance de l'économie. Il faut aussi analyser les prix des énergie entre les pays d'un même système économique. Voir la note n°6 du CAE. Mais qui est capable de le faire?
a écrit le 13/02/2018 à 9:50 :
La messe est dite. Rien ne peut désormais changer le cours des choses...à part, peut-être...la guerre.
a écrit le 13/02/2018 à 9:44 :
Bien sûr qu'ils ont retenu des leçons des crises ! Les régulations pour les éviter sont connues mais pas appliquées. La crise est un moyen de se nourrir des cadavres laissés par celle-ci. C'est aussi une façon d’accroître sa compétitivité en investissant dans des pays émergeant la richesse produite par la main d'oeuvre occidentale. Le beurre et l'argent du beurre, et c'est pas prêt de s'arrêter...
a écrit le 13/02/2018 à 9:23 :
"nul ne peut plus aujourd'hui se prévaloir d'ignorer les conséquences de ses actes"

Non, nul n'ayant pas plusieurs milliards sur ses comptes dans les paradis fiscaux, ne peut se prévaloir d'ignorer les conséquences de ses actes.

Regardez Obama qui en 2008 avait les banques à sa botte, qui aurait pu leur imposer un mode de fonctionnement beaucoup plus stable et raisonnable, je me souviens parfaitement de leurs directeurs lors de la réunion qu'il avait organisé avec eux, ils étaient doux comme des agneaux et maintenant qu'Obama les a sauvé sans contrepartie une énième fois ils mordent à tout va.

Donc ce que vous dites devrait être la norme mais cela ne l'est pas, plus on a d'argent et plus c'est l'État et donc les contribuables qui doivent être responsables de leurs actes et moins les riches le sont grâce à maman état qui est toujours là pour les engraisser ou les sauver.

L'assistanat en permanence ça ne fait pas des gens responsables hein et ce fait est encore plus marqué en UE, alors oui je vois bien que celle-ci est à l'agonie et que nos experts préfèrent regarder du côté des américains pour ne pas voir l'échouage total de cette europe du fric en train de se faire dépecer par les puissances non européennes, mais c'est une réalité.

Donc en théorie vous avez raison mais en pratiques ces 1% qui ont acheté nos politiciens afin de ne plus jamais avoir à prendre de risque ont tordu cette réalité pour la faire leur du coup, plus on possède et moins on a à répondre de ses actes comme le montre le gazage de VW envers des humains et des singes, qui parle de cet énorme scandale ? Les paradise papers ont tenu deux jours seulement ! Encore moins que les panama papers alors que pourtant désignant plus de monde, et c'est bien pour ça d'ailleurs qu'elles sont vite passées.

ET ce dysfonctionnement majeur, parce que les possédants ne font que se greffer sur cette hérésie la faisant croitre en permanence, est devenu la norme ne pouvant que nous mener vers des contradictions sémantiques majeurs car engendrées par les possédants vie leurs médias de masse.

Il serait temps d'interdire les médias à nos possédants qui ne s'en servent que pour imposer leur Loi.

Bref pour que vos propos soient exactes il faudrait que nous évoluions en démocratie et non en oligarchie hein.
Réponse de le 11/03/2018 à 13:14 :
Et le gazage d'adultes en bonne santé, de malades et d'enfants par l'idole occidentale Obama, vous n'en parlez pas?

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