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Décrochage des classes moyennes : cinq idées fausses

Photo de Xerfi Canal

Olivier Passet, Xerfi

Publié le 15 novembre 2017 à 10:59

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, les 5 idées fausses du décrochage des classes moyennes

Selon les sondages, entre les deux-tiers et les trois-quarts des Français se placent spontanément dans la classe moyenne. Cela renvoie à une première idée fausse, celle des niveaux de revenus qui la bornent. Et c'est loin d'être la seule idée reçue sur ces fameuses "classes moyennes".

1/ La classe moyenne, c'est presque tout le monde !

En reprenant les limites fixées par l'Observatoire des inégalités et le Credoc, c'est-à-dire entre les 30% les plus démunis et les 20% les plus aisés, un Français « moyen » dispose d'un revenu net mensuel après impôt et prestations sociales compris entre 1.245 et 2.259 euros. Pour un ménage type avec deux enfants, l'échelle va de 3.253 à 5.609 euros par mois.

En dessous, de ces bornes, les personnes concernées appartiennent aux catégories populaires, au-dessus elles se hissent dans les catégories aisées. Un certain nombre de Français, surtout dans les classes aisées, se positionne donc mal dans l'échelle des revenus.

2/ Le pouvoir d'achat de la classe moyenne a reculé

Le pouvoir d'achat des classes moyennes serait laminé, écrasé. Si cela signifie qu'il recule alors c'est faux. En prenant le revenu médian réel par ménage (celui qui sépare en deux la population, l'une disposant de plus, l'autre de moins) comme indicateur, la tendance sur longue période est à la hausse : +0,5% en moyenne sur les 20 dernières années. Si cela signifie qu'il est figé, c'est une réalité depuis la grande récession. Et si l'on tient compte du fait que l'âge moyen de la population, l'ancienneté de carrière donc, et le niveau des diplômes ont augmenté, on comprend néanmoins le sentiment d'érosion.

Quoiqu'il en soit, il n'y pas eu d'effondrement manifeste du niveau de vie des classes moyennes. L'explication du décalage entre la réalité et la perception tient à l'augmentation très rapide des dépenses contraintes ou pré-engagées (frais liés au logement, au gaz, à l'électricité, aux télécoms, aux assurances) par rapport au revenu. D'où ce sentiment, lui bien réel, d'être pris à la gorge, sans véritable marge de manœuvre.

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3/ Les inégalités se sont creusées entre la classe moyenne et les autres

Entre la hausse des minimas sociaux pour les catégories les moins favorisées et l'envolée des revenus des plus fortunés, la classe moyenne aurait vu sa position relative s'affaisser. Or si l'on compare la médiane au bas de la distribution (c'est-à-dire le rapport entre le 5ème et le 1er décile), le revenu de la classe moyenne est environ 2,2 fois plus élevé que celui des 10% les moins favorisés, un chiffre quasiment constant. Le mouvement n'est pas plus marqué entre le 5ème et le 9ème décile, la classe moyenne disposant d'un peu moins de la moitié du revenu des 10% les plus aisés. Bref, la position relative de la classe moyenne a finalement à peine été écornée depuis 30 ans.

4/ Les classes moyennes ont plus de mal à accéder à la propriété

Faute de moyens, les classes moyennes accèderaient moins à la propriété qu'hier. Les données de l'INSEE invalident cette hypothèse. En 1984, 48,2% des ménages du 5ème décile de revenu étaient propriétaires. En 2013, dernière année disponible, ils étaient 58,8%, soit un bond de 10,6 points. Entre ces deux dates, ce sont les catégories populaires les plus démunies appartenant aux 3 premiers déciles qui ont été exclues de l'accession à la propriété. A l'autre bout du spectre, ce sont les plus aisés où le taux de propriétaires a le plus progressé alors qu'il partait d'un niveau déjà beaucoup plus élevé.

5/ Les classes moyennes ne peuvent plus constituer de patrimoine

Les classes moyennes ne pourraient plus se constituer un patrimoine à léguer à leurs enfants. Or, d'après l'enquête Patrimoine de l'INSEE, le montant du patrimoine net (emprunts déduits) des différentes catégories de la classe moyenne, va de 71.100 à 204.700 euros. Composé aux deux-tiers environ d'immobilier, sa valeur s'est en outre élevée depuis le début des années 90.

En conclusion, comparé à ce que l'on peut observer dans nombre d'économies développées, les classes moyennes hexagonales font de la résistance. Leur trajectoire est certes moins favorable que pendant les Trente Glorieuses mais elles ne décrochent pas, ou du moins pas encore. Car à force de s'attaquer au modèle social, le risque est bien réel.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Olivier Passet, Xerfi

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