Divergences européennes : c'est de pire en pire

 |   |  579  mots
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, les divergences européennes s'accroissent

La reprise conjoncturelle du sud crée l'illusion d'une convergence retrouvée en Europe. Il n'en n'est rien pourtant. Je ne pense pas uniquement à la dimension politique du problème, et à la manifestation si spectaculaire de la divergence des intérêts nationaux que révèle la question migratoire. Je voudrais surligner ici trois facteurs clés qui demeurent au cœur de la divergence des économies européennes.

Productivité, finances publiques et taux d'intérêt réels

Le premier, c'est la productivité. Les pays du sud sont certes repartis d'un point de vue conjoncturel. Il s'agit là d'un effet de rebond mécanique après une purge sans précédent. Mais pour savoir si ce mouvement est pérenne, il faut scruter plus en profondeur les moteurs de long terme de la croissance, au premier rang desquels la productivité. Et là le constat est sans appel. En Italie, en  Grèce, au Portugal, il n'y a toujours pas le moindre souffle de productivité. En Espagne, le rebond qu'avait occasionné le recul du secteur de la construction paraît déjà sur le point de s'étioler. Comment pourrait-il en être autrement d'ailleurs, puisque ces pays ont vu migrer leurs meilleures compétences et qu'ils ont sacrifié plusieurs années d'investissement stratégique.

Le deuxième c'est la puissance de feu budgétaire en cas de prochain choc ou retournement conjoncturel. Or cette puissance de feu contra-cyclique se concentre au cœur et au nord de l'Europe. Les finances de l'Espagne ou de l'Italie sont assainies, mais les marges de manœuvre sont très en-deçà de ce que l'on peut observer au cœur et au nord de l'Europe. Certes, le Portugal et la Grèce sont en fort excédent. Mais dans ces deux pays, l'excédent restera dédié au désendettement. Or la faiblesse du parachute budgétaire dans les récessions participe à l'érosion du potentiel de croissance.

Le troisième facteur de divergence, réside dans les taux d'intérêt. La politique monétaire définit une cote mal taillée pour la plupart des économies. Les pays en proue de la reprise et à faible taux de chômage sont ceux dont l'inflation structurelle se rapproche le plus rapidement de la cible des 2%. Et ce sont ceux aussi qui bénéficient en même temps des plus petits spread sur leur dette et donc des plus faibles taux d'intérêt nominaux. C'est l'inverse qui se produit pour les pays du sud, à très fort taux de chômage. Ces derniers subissent une double peine : des taux d'intérêt nominaux plus élevés, qui intègrent une prime de risque sur la dette souveraine et des taux d'inflation plus faibles. Au total, l'Europe vit sous un régime de divergence des taux d'intérêt réels. Ces derniers pénalisent l'investissement des pays qui en ont le plus besoin, et compliquent la résolution de leur équation budgétaire. A rebours de ce qui favoriserait une convergence, les taux réels freinent relativement la croissance de la périphérie et soutiennent la croissance des pays les plus avancés dans le mouvement de reprise.

Bref, l'Europe vit une convergence en trompe l'œil aujourd'hui. Elle continue à structurellement diverger, ce qui ne manquera pas de fragiliser à nouveau l'euro à terme.

 >> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 12/08/2018 à 10:39 :
"Pire en pire" ; bravo pour ce français "sous tenu"
a écrit le 12/08/2018 à 8:15 :
Ce serait pire s’il n’y avait pas la zone Euro, puisque en plus des faiblesses conjoncturelles de tel ou tel pays, des cas de mauvaise gestion et les retards structurels, viendrait s’ajouter le manque de représentativité mondiale. Au delà de l’Euro il y a l’UE et c’est la cohésion, ou la mixité, ou la complémentarité… et surtout la force constituée qui devient un avantage. Et non l’Ego de tel ou tel dirigeant politique.
Question d’échelle, de temps, ou de corporate ?
L'autre scenario. L’Euro et l’UE sont des outils adaptés à l’économie de marché et si l’on n’en veut pas, il faudrait probablement sortir du marché, mais pour basculer vers quoi ? une forme de nationalpopulocommunodestructivisme restrictif ? L’instabilité politique en serait amplifiée, obligeant chaque pays à donner dans la surenchère concurrentielle (quel fut le premier reflexe après le vote du Brexit ? brandir la menace d’un dumping fiscal).
Question d’échelle ? probablement pas, car de toute façon on verrait les mêmes exacerber les divergences entre régions riches et productivistes et celles qui se contentent de…, entre les agglomérations et le rural, entre les banlieues riches et pauvres, entre clans, et autres... Des sociologues avaient parlé du retour du tribal. Avec une économie réduite à l’échelle d’une équipe de sport, on n’irait pas bien loin.
Il ne faut pas confondre corporatisme et corporate. Le corporate a démontré son efficacité (parfois à l’excès) et c’est aux politiques de faire le nécessaire en termes de cohésion structurelle de l’ensemble. Cela passe par les échanges de marchandises, de services, de financements, mais aussi d’intelligences, de compétences et de cultures. C’est cette diversité qui permettra à terme d’enrichir les pays constituants. Autant la diversité culturelle enrichit, autant la divergence des constitutions et des économies appauvrit.
Et puisqu’il s’agit également de travail dans l’article, à noter un intéressant apport d’idées de Denis Pennel, repris dans l’Usine Nouvelle : "Travail, la soif de liberté".
Cela fait penser que ce qui fait sens commun au niveau des pays constituant l’UE, c’est aussi la volonté de préserver la liberté et d’éviter les conflits internes.
a écrit le 11/08/2018 à 21:13 :
«La norme, c'est au contraire le protectionnisme, le patriotisme économique. Il est évident par exemple que si on prenait les États-Unis ou la Chine, jamais ils n'auraient accepté le rachat d'une entreprise stratégique et industrielle du type Alstom. Ils auraient, évidemment, directement mis leur veto.
Le FMI, dans sa dernière étude de 2018, explique que si les pays européens retrouvaient leurs monnaies nationales, il y aurait 20% de rééquilibrage de change entre la France et l'Allemagne, donc on ne se bat pas à armes égales avec l'Allemagne à partir du moment où on a l'euro!
En 1970, on échangeait 1 deutschemark pour 1,5 franc. En 1982, donc seulement 12 ans plus tard, on était passé à 1 deutschemark pour 3 francs, or, à l'époque la croissance française était à cette époque meilleure que celle de l'Allemagne et quand vous avez une monnaie qui se déprécie d'autant en 12 ans c'est vous rendre compte de la folie qu'est l'euro!
Dans peu de temps, cela fera 20 ans qu'on a fixé ad vitam aeternam la monnaie entre la France et l'Allemagne, c'est de la folie furieuse!»
Charles-Henri Gallois responsable des questions économiques à l' UPR.
a écrit le 11/08/2018 à 14:16 :
"Construire" en commençant par le toit a moins de chance de tenir debout que sur de solide fondation! Mais les architectes de l'UE non pas voulue construire mais "occuper" les ouvriers!
a écrit le 11/08/2018 à 7:18 :
Les coupables sont les elus tricheurs, avec le mandat de leur electorat des profiteurs.
Ne rien a reclamer.
a écrit le 10/08/2018 à 14:44 :
En mettant notre tête dans le sable, on a toute les chances de voir la vie en rose! Mais on veut construire aux forceps une unité européenne par le biais d'une administration hors sol et d'une monnaie commune qui a pour rôle d'uniformiser toute les nations en enlevant tout ce qui en fait le caractère: sa souveraineté, son administration et sa population!
a écrit le 10/08/2018 à 14:01 :
LE problème est que la compromission entre politiciens européens et hommes d'affaires européens est trop poussée pour arrêter la catastrophe annoncée... -_-

" « Le néolibéralisme est une perversion de l’économie dominante » " https://www.alternatives-economiques.fr/neoliberalisme-une-perversion-de-leconomie-dominante/00082064
a écrit le 10/08/2018 à 12:14 :
un €uros faible permet a ces pays d'exporter plus et donc de rembourser leur dettes plus facilement ! ce qui compte c'est la stabilité de l'Europe qui permet d'attirer les investissements !
a écrit le 10/08/2018 à 11:10 :
La divergence des soldes Targets de la zone s' accroit inexorablement.
On se rend compte que l’euro, tel qu’il a été construit, a conduit à une situation impossible à dénouer, épouvantable aussi bien pour les très créditeurs, tels l’Allemagne, que pour les très débiteurs, tels l’Italie.

Il n’est pas agréable d’être le créancier d’un gros débiteur insolvable.
Mais il n’est pas agréable non plus d’être le gros débiteur.

L’expérience malheureuse de l’euro aura de toute façon une conséquence : la détérioration profonde et durable des relations entre les peuples allemand et italien. Il faut en être conscient...
https://www.upr.fr/actualite/zone-euro-divergence-soldes-target-saccroit-inexorablement-entre-lallemagne-litalie-reprenant-analyses-de-lupr-site-business-bourse-saffole
a écrit le 10/08/2018 à 10:47 :
Les problèmes monétaires et économiques liés à la monnaie unique sont apparus très tôt et ont été dénoncés depuis une bonne dizaine d'année.

La distorsion interne de concurrence crée par l'€ s'est faite sentir depuis le début de l'€
En 2001 la balance des paiement à l'intérieur des pays de l'Eurozone était quasi équilibrée pour chaque membre. L’écart s'est graduellement creusé et depuis 2008, l'Allemagne est bénéficiaire en moyenne de 150 Md€ chaque année, les Pays-Bas de 50 Md€.

TOUS LES AUTRES PAYS sont perdants. Le système ne peut pas perdurer dans ces conditions et plus on attend, moins l'eurogroupe est viable
a écrit le 10/08/2018 à 10:13 :
en France tout va bien ! les évenements a venir projettent leur ombre helas sans pouvoir dissimuler les affaires et mensonges

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :