En finir avec le handicap du coût du travail français

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Deux mesures très simples et complémentaires seraient à même de remédier définitivement au handicap du coût du travail en France. Par Bernard Chaussegros, Président de Smart consulting

Les manifestations du mal français sont nombreuses et désormais trop connues : une croissance atone qui atteint difficilement 1% ; un chômage de masse qui ne reflue pas réellement, malgré tous les efforts de manipulations statistiques réalisés ; une part de marché de la France à l'international en chute libre depuis vingt ans. Elles ont toutes une cause principale désormais bien identifiée : notre coût du travail, qui reste trop élevé.

Il est en effet supérieur à la moyenne de la zone euro et à nos principaux partenaires. Fin 2016, le coût horaire était en France de 36,7 euros, contre 34,7 euros en Allemagne. Le différentiel est encore plus frappant si on le compare à des pays comme le Royaume-Uni (25,4 euros) ou l'Espagne (21%). Si l'on s'intéresse à la seule industrie manufacturière, le constat est identique. Le coût horaire de la main-d'œuvre au 3ème trimestre 2016 s'inscrit à 33,0 euros en moyenne pour l'ensemble de la zone euro, progressant de 1,8% sur un an. Pour la France, le coût horaire dans l'industrie manufacturière ressort à 38,0 euros. En Allemagne, il s'établit à 40,4 euros. Or le coût horaire relativement élevé de l'Allemagne ne freine pas ses exportations car son positionnement haut de gamme lui permet d'absorber ces coûts. La France en revanche ne bénéficie pas, sauf exception, d'un tel positionnement.

 Deux mesures très simples

Le constat partagé n'a pour l'instant pas débouché sur des mesures efficaces car trop complexes ou partielles pour permettre d'apporter une vraie solution. Nous pensons que deux mesures très simples et complémentaires seraient à même de remédier définitivement au handicap du coût du travail en France.

La première mesure consisterait en une baisse du taux d'impôt sur les sociétés à 15% conditionnée au placement de la différence avec le taux actuel (18% environ) dans une réserve dédiée et non distribuable pendant au moins 3 ans. Les ressources ainsi placées serviraient à moderniser l'appareil productif, permettant sa montée en gamme et donc une meilleure compétitivité. Par ailleurs, cela permettrait de retisser les liens entre actionnaires et salariés.

La seconde proposition consisterait, pour les PME et TPE, en une exemption totale de charges sociales ciblée sur les deux populations les plus touchées par le chômage : les moins de 25 ans et les plus de 50 ans. Ces catégories sont celles pour lesquelles la mesure aurait le plus d'effet. Les moins de 25 ans connaissent un taux de chômage de 23%. Depuis mai 2012, le nombre de Français de 50 ans et plus au chômage (catégorie A, B et C) a grimpé de 46%. En Allemagne, le taux de chômage des seniors est repassé de 10,9% en 2007 à 4,9% en 2015. Tous âges confondus, les moins diplômés ont un taux de chômage nettement supérieur à la moyenne (plus de 16%). La suppression des charges serait assortie d'obligations de tutorats croisés entre jeunes et séniors : les premiers initiant les seconds au numérique, les seconds transmettant aux premiers les savoir-faire spécifiques appris durant leur carrière.

Gains directs ou indirects

La mesure peut paraître coûteuse pour les finances publiques, mais de nombreux gains directs ou indirects doivent être considérés, en particulier la préservation du lien entre générations et un allégement considérable pour les caisses d'assurance chômage. La baisse du coût du travail réalisée permettrait aux entreprises d'augmenter leur compétitivité, de gagner des marchés à l'étranger et donc de dégager de la valeur qui se retrouvera, via différents canaux, dans les recettes fiscales. L'Etat verrait ainsi une augmentation nette de ses recettes directes et indirectes grâce à la préservation ou au développement de l'emploi et par symétrie, de la consommation.

Les deux propositions exposées trouveraient leur efficacité dans leur conjugaison, le problème des dispositifs déjà essayés étant leur hémiplégie. Il est en effet nécessaire à la fois de stimuler l'investissement, de conserver les marges et de développer le capital humain. Seule la combinaison de ces trois étincelles est à même de redonner aux entreprises françaises la dynamique compétitive qui leur manque aujourd'hui à l'étranger : sans l'investissement, les technologies sont obsolètes et les coûts fixes trop élevés ; sans les marges, le prix ne peut pas être adapté aux exigences des marchés ; sans le capital humain, le savoir et la créativité manquent.

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Commentaires
a écrit le 02/02/2017 à 12:01 :
On ne veut plus faire travailler les seniors en France à cause de croyances erronées dont l'une qui consiste à penser qu'un senior ne comprend rien au numérique !
Le jeunisme dans ce secteur est une plaie.
Ce sont les entrepreneurs qui sont responsables de cet état de fait en virant les seniors (donc pas la peine de faire des effets d'aubaine avec des réductions de charges ciblées). Nous sommes "employables" de 30 à 45 ans (les RH ciblent systématiquement ce type de populations).
C'est drôle, on dirait le contrat de générations de François Hollande.
Ce type de solutions envisagées est inefficace.
a écrit le 02/02/2017 à 8:36 :
Le transport aérien est une bonne occasion de faire des comparaisons entre les législations applicables aux entreprises. C'est urgent! Qui pourrait s'en charger?
a écrit le 01/02/2017 à 22:45 :
Article bien-pensant à la gloire de la doxa néolibérale, qui méconnaît la réalité sociale en Allemagne et qui fantasme un peu trop sur le coût du travail tout en faisant l'impasse sur le coût des dividendes.
a écrit le 01/02/2017 à 21:25 :
Il faut réduire les prélèvements sur la production (les cotisations sociales) et les reporter sur la consommation, TVA sociale et surtout fiscalité énergétique. Cette dernière solution permet en outre d'améliorer le pouvoir d'achat hors énergie des ménages et d'améliorer la compétitivité des entreprises. Il conviendrait de compléter cette mesure par une allocation universelle. Pourquoi ne le fait on pas? Il suffirait d'accepter une augmentation du prix de l'énergie.
Réponse de le 03/02/2017 à 9:51 :
Je complète mon commentaire en précisant: 1- tenir compte de la démographie (le baby boom); 2- répartir les prélèvements sur la production ET sur la consommation; 3- tenir compte de la relation entre cout du travail et prix de l'énergie. Vous en faites ce que vous voulez.
a écrit le 01/02/2017 à 18:41 :
"Les moins de 25 ans connaissent un taux de chômage de 23%" : faux.Cela concerne ceux qui sont ni au travail ,ni à l'école ou à l'université, pas l'ensemble des jeunes de 15/25 ans. Les seuils sont aussi important, le transfert des charges vers la CSG,les 32 MM€ de la formation pour améliorer le niveau d'éducation de la population active française, la fiscalité du capital, la lutte contre les discriminations etc......Ce sont des outils! La vision qui changerait fondamentalement les choses est de modifier le rapport capital et travail : par leur présence REELLE dans les conseils d'administration 50% en Allemagne si > à 1000 salariés, 30% entre 500 et 1000) et l'actionnariat à tous les salariés.
a écrit le 01/02/2017 à 18:01 :
on n'arrête pas de faire des cadeaux aux entreprises. mais cela ne donne pas grand chose, apparemment (pour l'export du moins).
200 milliards d'Euros de dispositifs dérogatoires en faveur des entreprises (conseil des prélèvements obligatoires 10/2010 + mesures Hollande).
mais peut-être que cela va évoluer. les taux d'investissement des entreprises françaises sont plus élevés que ceux de Germanie, bien plus élevés que ceux du UK (Eurostat).
les classements en R&D et numérique sont très bons.
l'Allemagne ralentit l'investissement du fait des coûts de plus en plus élevés des charges de retraite d'après Bloomberg (Bloomberg, 08/2016). et aussi du fait du manque croissant de ressource humaine ?
il faut que les Français se mettent à l'Anglais et à l'export.
le Danemark a un coût du travail - charges incluses - bien plus élevé que nous (Eurostat). ils s'en sortent pas mal. le UK fait dans le laxisme social, salarial, fiscal. résultats : export très mauvais, économie de jobs peu qualifiés, faible R&D, faible investissement, faible productivité, etc...
Réponse de le 03/02/2017 à 19:49 :
Mouais... On nous rabâche cette histoire du coût du travail ad nauseam alors que dans l'industrie contemporaine le salaire des travailleurs est relativement marginal dans le prix de production (ex: industrie automobile env 6%). Les coûts des chaines de distribution ( producteur, import/export, grossiste, détaillant) sont autrement plus importantes.

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