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Entre libéralisation et protectionnisme

Pascal de Lima

Publié le 07 février 2017 à 08:25 - Mis à jour le 07 février 2017 à 11:22

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Maurice Allais, grand économiste et prix Nobel d'économie, serait aujourd'hui taxé de populisme : il prônait l'adoption d'un protectionnisme raisonné pour préserver l'économie française... Par Pascal de Lima, chef économiste chez Harwell Management.

Le grand économiste Maurice Allais, Prix Nobel d'économie tout de même, serait aujourd'hui accusé d'être populiste. Pourtant, celui-ci dénonçait déjà les effets dévastateurs d'une mondialisation incohérente. Il prônait l'adoption d'un protectionnisme raisonné pour préserver l'économie française.

Bien que l'Union européenne, du fait du marché commun, n'applique plus de droit de douane entre pays membres, elle applique tout de même des droits de douane vers l'extérieur, pour défendre ses intérêts économiques. Là, nous sommes aujourd'hui face à un comportement assez surprenant de la part de l'UE. L'UE est excédentaire vis-à-vis des États-Unis, mais déficitaire vis-à-vis de la Chine, de la Russie et d'autres pays émergents sur certains produits bien précis : le textile, l'électronique, les matières premières, etc. Alors que l'UE paraît parfois tourner le dos aux États-Unis son allié historique, elle tend les bras dans un schéma autosuicidaire, à des puissances économiques qui ont des niveaux de vie beaucoup plus faibles.

Certes, l'Union européenne applique aujourd'hui un droit de douane moyen sur l'ensemble des produits de 3,1% supérieur à celui appliqué par les États-Unis (2,1%), mais inférieur aux droits de douane japonais (3,9%) ou canadiens (3,4%) et aux droits moyens mondiaux (5,6%). Mais le diable est dans les détails, l'UE se protégeant mal là où c'est inutile, ouvrant les frontières là où le risque économique est plus grand.

Dans le domaine agricole, on aurait tout intérêt à collaborer avec les États-Unis et imposer quelques droits de douane aux produits agricoles argentins par exemple. Nous devons refonder notre alliance avec les États-Unis.  De plus, dans le domaine agricole, la position géoclimatique de l'UE lui confère de toute façon un avantage spécifique qualitatif indéniable. L'Union européenne a les atouts pour collaborer avec les États-Unis dans ce domaine et en faire un partenaire fiable dans la durée. En revanche, pour des raisons économiques (dumping social, prix, qualité...) elle aurait tout intérêt à se protéger des produits agricoles des pays émergents. Un seul exemple : sur le marché européen, c'est sur les produits agricoles que les exportateurs américains rencontrent la protection la plus élevée (12,8% en moyenne). S'agissant des exportations européennes vers les États-Unis, la protection moyenne est de 6,6% pour les produits agricoles. De façon globale, l'Union européenne applique des droits en matière agricole (17,9%) supérieurs à ceux des États-Unis (5%), mais inférieurs à ceux de nombreux pays émergents (près de 60% pour l'Inde par exemple) et inférieurs aux droits moyens mondiaux sur les produits agricoles (19,1%). La protection est donc mal orientée, et la crainte américaine non fondée, ou du moins très gérable par la négociation, s'il s'agissait en toute sincérité, uniquement du poulet javellisé ou du bœuf aux hormones...

De plus, dans le secteur manufacturier on subventionne en finançant par l'impôt des industries en pertes de vitesse à cause de la concurrence internationale des pays émergents, de l'Inde, et de la Chine. Est-ce nécessaire de le préciser : bien que les accords de l'OMC soient ratifiés, la Chine ne les respecte toujours pas. Ceci engendre un véritable dysfonctionnement et justifie d'autant plus un ajustement de notre part. Il suffirait de fixer un droit de douane plus élevé vis-à-vis de ce pays ! S'agissant des exportations européennes vers les Etats-Unis, la protection moyenne est de 1,7% pour les produits manufacturiers contre 2,2% pour les importations industrielles américaines vers l'Union européenne.

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Pourtant, étrangement, de façon globale, l'Europe est parmi les zones qui appliquent les plus faibles droits de douane vis-à-vis des pays à bas coût. L'Europe s'expose donc aux productions à très bas coûts. Par contre, les pays émergents appliquent des tarifs beaucoup plus élevés sur les produits manufacturés (près de 30% pour l'Inde, 11,4% pour le Brésil, contre 2 % pour l'Union européenne).

Un peu comme dans l'agriculture, c'est surtout vers ces zones économiques et géographiques qu'il faut peut-être imaginer des règles nouvelles en matière de protectionnisme. Finalement, à y réfléchir à deux fois, le TAFTA et le CETA n'étaient-ils pas pertinents ? Il ne s'agit pas de pointer du doigt une menace fantasmagorique, mais de redéfinir des règles du jeu entre des alliés historiques (l'UE, le Canada, les EU) et les nouvelles puissances économiques des pays émergents. Il ne faut pas se tromper de combat. Les accords transatlantiques doivent donc être renégociés pour reconfigurer ces nouvelles règles du jeu avec nos alliés historiques.

En somme, la mondialisation aujourd'hui expose davantage l'économie européenne et donc forcément l'économie française aux risques économiques même si elle lui a offert quelques opportunités de croissance par le passé. Les temps ont changé. Nous pensons que le protectionnisme n'est pas s'isoler c'est au contraire, plus justement s'ouvrir, c'est redéfinir continûment un cadre équitable de règles régissant les flux commerciaux, les flux de capitaux ainsi que les flux migratoires, dans un environnement concurrentiel et ouvert, mais malheureusement soumis à des aléas auxquels il faut bien répondre lorsque certaines marges de manœuvre n'existent plus (notamment budgétaires). Surtout, apaiser et assouplir la relation si des accords sont possibles avec les pays émergents puissants sur le plan économique. Il ne s'agit pas d'une gestion fermée et isolationniste, mais d'un jeu ouvert sur le principe de la libre circulation des marchandises.

Pascal de Lima

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