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Et si l'extension du décret Montebourg était finalement contraire aux intérêts de l'économie française ?

Othman Nasrou

Publié le 06 mars 2018 à 07:05 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:15

Othman Nasrou

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Le gouvernement cultive une certaine ambivalence en s'affirmant "pro-business" tout en voulant étendre le "décret Montebourg" pour protéger davantage de secteurs. Surtout, il risque de ne pas apporter une réponse adéquate aux problèmes que rencontrent les entreprises françaises. Par Othman Nasrou, Président du Groupe LR au Conseil Régional d’Ile-de-France.

Le discours du Premier ministre à l'usine L'Oréal de Lassigny est un excellent exemple de l'ambivalence du gouvernement actuel, qui cherche être perçu comme « pro-business » par les milieux économiques mais qui dans le même temps se permet une annonce particulièrement inquiétante sur l'extension du « décret Montebourg » de 2015.

En voulant protéger certains pans de l'économie à travers des mesures destinées à être intégrées à la prochaine loi PACTE, le Premier ministre a recours à une rhétorique protectionniste pour le moins surprenante. Nul ne conteste que certains secteurs économiques soient stratégiques : ces secteurs méritent l'attention du gouvernement au même titre que les prérogatives dont il dispose pour préserver la souveraineté nationale. C'est évidemment le cas de la défense, tout comme c'est maintenant le cas de la cybersécurité.

Que ce raisonnement s'applique à des domaines aussi vastes que l'intelligence artificielle ou aux nanotechnologies est beaucoup plus discutable. Le passé regorge de contresens en la matière : qui pourrait justifier que l'entreprise Dailymotion relevait de l'intérêt souverain de la France ? Son rachat avorté et l'intervention malheureuse du gouvernement Hollande font partie des pires souvenirs économiques du précédent quinquennat.

Les faiblesses d'une telle approche

Les tentatives également ratées autour d'Alstom en 2014 pointent de la même manière les faiblesses de cette approche. Suite aux déclarations du gouvernement, BPI France a annoncé un fonds d'intervention financière de 3 milliards d'euros, pour protéger les « pépites françaises » des acquisitions hostiles étrangères. Ce fonds, bien qu'adossé à la légitime ambition de Bercy de flécher l'épargne française vers les PME, n'a qu'une faible pertinence financière : que pèsera-t-il quand il s'agira de l'activer ? Prenons le cas du fabricant allemand de robots industriels Kuka qui a été racheté en 2016 pour 4,6 milliards de dollars, sans que le gouvernement allemand n'ait pu s'opposer à la perte de ce précieux savoir-faire national.

Il est difficile de savoir la protection qu'apporte concrètement ce décret mis en place dès 2005, avant d'être étendu par Arnaud Montebourg en 2014. Matignon affirme qu'il a été actionné plus de 100 fois, mais Bercy refuse en réalité de communiquer les chiffres et les données précises, y compris, aux parlementaires, ce qui est pour le moins embêtant quand il s'agit de légiférer.

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Le manque de capitaux de long terme

On peut surtout questionner le bénéfice du dispositif pour les entreprises françaises, depuis les grands groupes, où les fonds étrangers sont très présents, jusqu'aux PME et aux startups. La France manque cruellement de capitaux de long terme. La comparaison des montants des levées de fonds est significative. Tant mieux si les entreprises françaises réussissent à attirer des capitaux étrangers et à combler ainsi une lacune de notre économie ! Dans ce contexte, le message du gouvernement n'est pas le bon. Citer les arsenaux juridiques des Etats-Unis ou de la Chine est maladroit : ce sont des pays dont l'ouverture au commerce international est questionnable à bien des égards et qui ont par ailleurs un marché intérieur conséquent pour se permettre ces attitudes. Il n'en va pas de même pour la France : le droit de préemption économique « national » que semble vouloir instaurer le gouvernement sera nécessairement perçu comme un risque supplémentaire par les investisseurs étrangers. Les entreprises françaises devront alors redoubler d'innovation ou de rentabilité pour les attirer et seront alors désavantagées face à des entreprises étrangères, en particulier européennes.

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Après les initiatives du « France is back », et alors que la bataille de l'attractivité entre grandes métropoles ne fait que commencer, le signal envoyé par les annonces gouvernementales ne peut que laisser perplexe et doit conduire, comme le Premier ministre Edouard Philippe l'a lui-même énoncé, à rester « ouverts et vigilants ».

Othman Nasrou

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