L'offensive continue. Après le coup de gueule de la tête de proue des Pigeons et président de France Digitale Jean-David Chamboredon, dans nos colonnes, contre l'extension du décret Montebourg - qui impose l'aval de Bercy aux investisseurs étrangers pour prendre une participation dans des entreprises de l'intelligence artificielle, du spatial, du stockage des données et des semi-conducteurs -, le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, et le secrétaire d'État au Numérique, Mounir Mahjoubi, ont reçu, lundi 26 février, les représentants des principaux lobbies du secteur du numérique français.
Lors de cette réunion, France Digitale, Tech in France et Syntec Numérique, qui fédèrent à eux trois de nombreuses startups ainsi que tous les grands acteurs du numérique exerçant en France, ont exprimé leurs craintes et étayé des propositions pour que l'extension du décret Montebourg ne pénalise pas (trop) le secteur de la tech.
Lors de l'entretien, plusieurs propositions ont émergé. Tout en précisant qu'ils ne sont pas "opposés par principe" à un tel dispositif, France Digitale, Tech in France et Syntec Numérique souhaitent, de fait, limiter au maximum l'intervention de l'État dans les deals des startups françaises.
L'une des principales revendications est d'imposer à Bercy un délai de réaction très court pour valider ou refuser un investissement, ou une acquisition, émanant d'un acteur étranger. "Il est important que le délai d'instruction soit court et que le processus d'impliquer Bercy vienne de la société plutôt que de l'acquéreur ou de l'investisseur", a proposé Jean-David Chamboredon, qui est également co-fondateur du fonds Isai. Autrement dit, il faudrait que "la société puisse savoir, en amont de la levée de fonds ou de l'acquisition, à quelle sauce elle pourrait être mangée, ce qui peut être accepté et ce qui ne peut pas l'être", a-t-il poursuivi.
Les acteurs de la tech française rappellent que l'élan actuel est fragile. Si le montant des levées de fonds en 2017, qui s'élève à 2,56 milliards d'euros d'après EY, a quadruplé par rapport à 2013, ce décollage a été permis par le retour des investisseurs internationaux, qui ont participé à quasiment toutes les "grosses" levées de fonds des startups ces dernières années.
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Pour lui, l'enjeu n'est pas tant de se protéger d'investisseurs internationaux que de faire émerger des solutions alternatives en France et en Europe.
Moins vindicatif que France Digitale, Tech In France voit d'un bon oeil que le gouvernement considère l'intelligence artificielle et le big data comme des activités "stratégiques" pour la France. "Nous avons davantage été inquiétés par le manque de précisions, car il faut faire la différence entre un acteur big data dans la cybersécurité et un autre dans le marketing prédictif", indique Loïc Rivière, le délégué général, à La Tribune.
Présents à la réunion à Bercy, Loïc Rivière et Bertrand Diard, le président de Tech in France, ont mis l'accent sur la notion d'intérêt national, qu'ils jugent "floue" en l'état, et sur la nécessité de ne pas porter atteinte au secret des affaires, car cela pourrait effrayer les investisseurs. L'ensemble des représentants du numérique français s'accordent pour pointer du doigt "le trou dans la raquette" de l'écosystème actuel : les gros tours de table des startups en hypercroissance, qui nécessitent aujourd'hui l'apport de fonds étrangers.
De son côté, le gouvernement affirme que le projet pourra concilier ouverture aux investissements et protection de la souveraineté française. Il s'est engagé à mettre en place une procédure lisible et graduée pour les investisseurs internationaux.
À l'issue de la réunion à Bercy, il a été convenu que les discussions se poursuivent "afin que la French Tech soit parfaitement associée à la révision du périmètre et de la méthode de contrôle des investissements étrangers en France", indique un communiqué diffusé par Bercy.
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Le texte devrait être examiné en Conseil des ministres le 18 avril. D'après nos informations, France Digitale, Tech in France et Syntec Numérique vont se réunir pour réfléchir ensemble à une série de dispositions concrètes pour que l'extension du décret Montebourg ne casse pas le dynamisme actuel de la French Tech. Ils les soumettront à Bercy dans les 10 jours.
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