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Technos & MediasInnovation et Start-up

Extension du décret Montebourg : ce que proposent les lobbies de la tech

Photo de Sylvain Rolland

Sylvain Rolland

Publié le 27 février 2018 à 10:35 - Mis à jour le 27 février 2018 à 12:05

Le Quotidien Numérique

13 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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France Digitale, Tech in France et Syntec Numérique ont été reçus par Bercy, lundi 26 février, pour exprimer leurs craintes et leurs recommandations sur l'extension du décret Montebourg au secteur de la tech.

L'offensive continue. Après le coup de gueule de la tête de proue des Pigeons et président de France Digitale Jean-David Chamboredon, dans nos colonnes, contre l'extension du décret Montebourg - qui impose l'aval de Bercy aux investisseurs étrangers pour prendre une participation dans des entreprises de l'intelligence artificielle, du spatial, du stockage des données et des semi-conducteurs -, le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, et le secrétaire d'État au Numérique, Mounir Mahjoubi, ont reçu, lundi 26 février, les représentants des principaux lobbies du secteur du numérique français.

Lors de cette réunion, France Digitale, Tech in France et Syntec Numérique, qui fédèrent à eux trois de nombreuses startups ainsi que tous les grands acteurs du numérique exerçant en France, ont exprimé leurs craintes et étayé des propositions pour que l'extension du décret Montebourg ne pénalise pas (trop) le secteur de la tech.

Imposer un délai court à Bercy

Lors de l'entretien, plusieurs propositions ont émergé. Tout en précisant qu'ils ne sont pas "opposés par principe" à un tel dispositif, France Digitale, Tech in France et Syntec Numérique souhaitent, de fait, limiter au maximum l'intervention de l'État dans les deals des startups françaises.

L'une des principales revendications est d'imposer à Bercy un délai de réaction très court pour valider ou refuser un investissement, ou une acquisition, émanant d'un acteur étranger. "Il est important que le délai d'instruction soit court et que le processus d'impliquer Bercy vienne de la société plutôt que de l'acquéreur ou de l'investisseur", a proposé Jean-David Chamboredon, qui est également co-fondateur du fonds Isai. Autrement dit, il faudrait que "la société puisse savoir, en amont de la levée de fonds ou de l'acquisition, à quelle sauce elle pourrait être mangée, ce qui peut être accepté et ce qui ne peut pas l'être", a-t-il poursuivi.

"Dans notre métier, dans notre secteur, ça va très vite. Une levée de fonds ou une cession qui échoue à cause d'un imprévu, ça peut être fatal pour une entreprise. Elle peut faire faillite le lendemain, il faut en avoir conscience".

Les acteurs de la tech française rappellent que l'élan actuel est fragile. Si le montant des levées de fonds en 2017, qui s'élève à 2,56 milliards d'euros d'après EY, a quadruplé par rapport à 2013, ce décollage a été permis par le retour des investisseurs internationaux, qui ont participé à quasiment toutes les "grosses" levées de fonds des startups ces dernières années.

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"Nous avons un énorme point faible en France, c'est que nous dépendons énormément des capitaux étrangers, que ce soit les investisseurs en termes de capital risque ou les acquéreurs", estime Jean-David Chamboredon.

Pour lui, l'enjeu n'est pas tant de se protéger d'investisseurs internationaux que de faire émerger des solutions alternatives en France et en Europe.

Eviter "l'effet boîte noire"

Moins vindicatif que France Digitale, Tech In France voit d'un bon oeil que le gouvernement considère l'intelligence artificielle et le big data comme des activités "stratégiques" pour la France. "Nous avons davantage été inquiétés par le manque de précisions, car il faut faire la différence entre un acteur big data dans la cybersécurité et un autre dans le marketing prédictif", indique Loïc Rivière, le délégué général, à La Tribune.

Présents à la réunion à Bercy, Loïc Rivière et Bertrand Diard, le président de Tech in France, ont mis l'accent sur la notion d'intérêt national, qu'ils jugent "floue" en l'état, et sur la nécessité de ne pas porter atteinte au secret des affaires, car cela pourrait effrayer les investisseurs. L'ensemble des représentants du numérique français s'accordent pour pointer du doigt "le trou dans la raquette" de l'écosystème actuel : les gros tours de table des startups en hypercroissance, qui nécessitent aujourd'hui l'apport de fonds étrangers.

"C'est aussi le moment de remettre sur la table des propositions comme la réorientation des fruits de l'assurance-vie vers le capital-risque, car combler les failles actuelles est la meilleure manière d'avoir moins recours à des investisseurs étrangers", ajoute Loïc Rivière.

Bercy se veut rassurant, mais renvoie à plus tard

De son côté, le gouvernement affirme que le projet pourra concilier ouverture aux investissements et protection de la souveraineté française. Il s'est engagé à mettre en place une procédure lisible et graduée pour les investisseurs internationaux.

"Nous voulons être une nation attractive (...). Mais il est légitime que nous évitions que ces investissements conduisent à nous priver de technologies qui sont vitales pour notre indépendance et pour notre souveraineté", a réaffirmé Bruno Le Maire lors d'une conférence de presse, juste avant sa rencontre avec les acteurs de la French Tech.

À l'issue de la réunion à Bercy, il a été convenu que les discussions se poursuivent "afin que la French Tech soit parfaitement associée à la révision du périmètre et de la méthode de contrôle des investissements étrangers en France", indique un communiqué diffusé par Bercy.

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Le texte devrait être examiné en Conseil des ministres le 18 avril. D'après nos informations, France Digitale, Tech in France et Syntec Numérique vont se réunir pour réfléchir ensemble à une série de dispositions concrètes pour que l'extension du décret Montebourg ne casse pas le dynamisme actuel de la French Tech. Ils les soumettront à Bercy dans les 10 jours.

Sylvain Rolland

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