Face à l’hécatombe qui vient, le courage d’agir
David Dupont-Noël

Photo d'illustration
DR
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La France se trouve à un moment critique. Alors que les défis se multiplient - instabilité politique, crise de la dette publique, et probable retour du protectionnisme commercial - une vague de défaillances, de restructurations et donc de licenciements massifs se dessine. Une véritable crise sociale s'installe, menaçant plusieurs centaines de milliers d'emplois, comme l'a récemment rappelé Patrick Martin, président du Medef.
Cette crise ne résulte pas d'un seul facteur. Elle est le fruit d'un enchevêtrement de pressions structurelles : la hausse des coûts de l'énergie en particulier dans l'industrie, jusqu'à trois fois plus élevés qu'aux États-Unis, des régulations et une bureaucratie déconnectée des réalités économiques, et une concurrence internationale intense, exacerbée par les subventions massives aux entreprises outre-Atlantique qui ont bénéficié de l'Inflation Reduction Act. La situation est d'autant plus critique que certains secteurs stratégiques, comme l'automobile, doivent composer avec des transitions technologiques qui fragilisent les acteurs européens face à des géants mondiaux mieux armés.
Les PME et ETI, qui constituent l'épine dorsale de notre économie, sont particulièrement affectées. Ces entreprises, souvent ancrées dans les territoires, sont prises en étau entre des contraintes de plus en plus lourdes et une concurrence internationale accrue. Dans ce contexte, nombre d'entre elles n'ont d'autre choix que de revoir leurs effectifs. Si elles n'obtiennent pas rapidement un soutien concret, leurs difficultés risquent d'affaiblir durablement notre tissu économique et d'amplifier les déséquilibres territoriaux.
Les plans sociaux se multiplient et, s'ils ne sont pas anticipés, les conséquences seront profondes. Face à cette situation, le déni ou l'inaction seraient des erreurs irréparables. Pour paraphraser une interpellation célèbre, « notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Ce moment appelle une mobilisation coordonnée entre pouvoirs publics, Parlement, entreprises et syndicats pour redonner de la compétitivité à notre économie et maintenir nos compétences en France.
La première urgence est d'alléger les contraintes administratives. Chaque année la France perd 60 milliards d'euros en raison des charges règlementaires qui pèsent sur les entreprises. La bureaucratie excessive freine leur capacité à se développer et se reflète dans les prix des biens et services, les rendant moins compétitifs face à leurs homologues internationaux. Réduire ces contraintes, notamment les délais d'autorisation des produits, est une priorité absolue.
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La deuxième urgence est de renforcer notre autonomie de technologie, essentielle à la compétitivité industrielle. L'Europe n'a pas su investir massivement et de manière coordonnée dans les technologies stratégiques de demain tels que l'intelligence artificielle et la transition énergétique. Les conséquences sont d'ores et déjà visibles, notamment dans le secteur automobile, secteur dans lequel l'Europe promeut par ailleurs une réglementation favorisant les technologies électriques que nous ne maîtrisons pas aussi bien que nos concurrents. Il est urgent de soutenir des filières capables d'assurer notre souveraineté industrielle.
Enfin, la dernière urgence est d'engager un plan massif de formation et de reconversion professionnelle. Nous savons que certains métiers sont voués à disparaître ou à se transformer profondément. Plutôt que de chercher à protéger des emplois d'hier, nous devons accompagner les salariés dans une transition durable. Cela passe par un plan massif de formation et de reconversion, garantissant que chacun puisse s'inscrire dans les nouvelles dynamiques économiques.
Cette vague de licenciements qui vient, si elle est anticipée et gérée avec pragmatisme, peut devenir une opportunité de transformation. En modernisant notre cadre économique et en réinvestissant dans nos forces vives, nous pouvons transformer cette crise en levier pour bâtir une économie plus compétitive et résiliente.
Les décideurs politiques, économiques et syndicaux, doivent désormais faire preuve de courage. Il ne s'agit plus de débattre des causes ou des responsabilités, mais d'agir pour éviter que cette crise ne fragilise durablement notre économie. La France a les talents, les ressources et l'ambition nécessaires pour relever ce défi. Il nous reste à trouver le courage d'agir, et d'agir vite.
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(*) Diplômé ESC, expert-comptable et commissaire aux comptes, David Dupont-Noel a débuté sa carrière chez Deloitte en 1992 où il est devenu associé en 2001. Après la responsabilité du département « Audit grands comptes » de 2010 à 2014 et du développement commercial de 2014 à 2017 pour l'ensemble du Cabinet, il est nommé responsable des activités Audit & Assurance en 2019 au sein du Comex de Deloitte France. Il est depuis 2021 également Directeur Général Adjoint de Deloitte & Associés France et Afrique Francophone et est membre du Comité Exécutif Mondial de l'Audit.
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