« Face à la crise institutionnelle et démocratique, représentons fidèlement les idées et les territoires des Français » Hervé Morin
Hervé Morin

Photo d'illustration
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Depuis l'adoption du quinquennat en 2000, la présidentialisation du régime de la Vème République s'est accentuée à un point tel qu'elle a transformé notre démocratie, en régime d'autorisation périodique, les Français n'ayant droit qu'une fois tous les cinq ans, de signer un chèque en blanc à un personnage prétendument providentiel.
Bien que pensée pour renforcer l'efficacité de l'exécutif, l'instauration du quinquennat a eu des effets pervers considérables sur la représentation démocratique, la légitimité des députés, et, de fait, sur l'équilibre des pouvoirs. J'ai toujours été opposé à cette transformation qui a plongé la France dans une crise de représentativité et accentué un narcissisme présidentiel délétère.
Le passage au quinquennat n'a fait que renforcer la figure présidentielle au point de créer une véritable « Monarchie républicaine ». Cette présidentialisation excessive concentre aujourd'hui l'essentiel du pouvoir dans les mains d'un seul homme, élu pour cinq ans, qui tranche la moindre décision, même le prix du permis de chasse après une demi-journée de travail dédiée à l'Élysée !
Ce pouvoir hyperconcentré nuit à l'efficacité de l'exécutif et à la démocratie elle-même, car il isole le président de la République, tout en l'exposant à un narcissisme quasi-inévitable. Élu sur une élection personnelle, le président de la République prétend incarner la Nation de manière presque absolue, renforçant l'idée qu'il détient toutes les réponses, qu'il incarne seul la légitimité politique et qu'il doit tout décider, et de là, débute la multiplication de ses erreurs. Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron n'affirmaient-ils pas eux-mêmes aux députés de la majorité, qu'ils ne devaient leur élection qu'à la leur et donc la boucler ? Il en découle une déconnexion progressive entre la base et le sommet de l'État, car comment un homme, aussi talentueux soit-il, peut-il maintenir une légitimité suffisante pour réformer le pays aussi profondément qu'il en aurait besoin ?
Le scrutin législatif, pensé initialement comme une expression de la diversité politique du pays, est devenu une simple validation du choix présidentiel. En conséquence, les députés, privés d'une légitimité propre, ont perdu leur capacité à véritablement représenter les Français face au pouvoir exécutif, transformés, en « commissaires politiques du gouvernement » dans le camp majoritaire, ou en opposant systématique irresponsable dans le camp minoritaire.
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La bipolarisation voulue par Michel Debré a fait du « mode de scrutin majoritaire à deux tours » son outil de transformation de la culture politique française en deux grands camps, plus ou moins profondément opposés. Après 60 ans de ce système, le résultat des dernières législatives, en 2022 et surtout en 2024 démontrent que les Français ne veulent pas entrer dans ces cases. Le système actuel, en excluant de fait ces sensibilités minoritaires, accentue le sentiment de fracture entre le peuple et ses représentants, nourrissant ainsi la défiance vis-à-vis des institutions.
Nous sommes aujourd'hui confrontés à une « crise de représentativité » qui nourrit une « crise d'efficacité politique ». Face à une société en mouvement constant, aux crises multiples et aux nouvelles attentes citoyennes, il est illusoire de penser qu'un Président, élu sur une vague d'enthousiasme souvent nourrie d'une hostilité à l'égard de son prédécesseur, pourra maintenir cette dynamique durant l'entièreté de son mandat et mener des réformes systémiques. La fatigue institutionnelle, combinée à une déconnexion progressive du peuple, nourrit une crise politique profonde.
La solution ne réside pas dans de simples ajustements cosmétiques, mais dans une refonte institutionnelle en profondeur. Il est nécessaire d'adopter un système qui garantisse à la fois la représentation des territoires et celle des sensibilités politiques. En disant cela, je me tourne naturellement vers un modèle inspiré du système allemand, avec un scrutin mixte combinant des députés élus pour moitié d'entre eux au scrutin uninominal sur des circonscriptions locales, et l'autre moitié, à la proportionnelle, sur une circonscription nationale.
En fervent défenseur de la décentralisation, la dimension locale reste nécessaire pour assurer que les réalités du terrain soient prises en compte au niveau national. Mais, en vrai démocrate, il m'est insupportable que notre démocratie soit devenue celle du tout ou rien, et laisse deux tiers de nos concitoyens sur le bord de la route de la conduite des affaires du pays. La proportionnelle permettrait de faire en sorte que « chaque voix compte ».
Cela permettrait de mettre fin à la polarisation artificielle du paysage politique français. Le scrutin majoritaire à deux tours empêche la construction de coalitions larges comme la plupart des pays européens les connaissent, ces coalitions étant bâties après un véritable dialogue sur le contenu précis d'un programme pour la mandature. Le scrutin majoritaire empêche ce mouvement, chaque député étant figé dans ses alliances électorales sans lesquelles il ne peut être élu. On l'a vu avec le Parti socialiste, incapable de se séparer de LFI de peur de connaître la déroute électorale à la future dissolution. La proportionnelle offre cette capacité institutionnelle de rassembler des forces politiques du bloc central et donne ainsi plus de force au gouvernement pour réformer le pays. Ce système offrirait également aux citoyens un sentiment renouvelé de participation et de représentation, tout en renforçant la légitimité des députés face à un pouvoir exécutif dont les prérogatives seraient naturellement rééquilibrées.
Grâce à un régime où le Parlement retrouve sa place dans l'expression démocratique, dans un dialogue renouvelé avec le président de la République, la France retrouverait enfin la capacité à décider collectivement de son destin.
Hervé Morin