Emmanuel Faber, pris au piège de son image
Denis Lafay
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Photo d'illustration
CHRISTIAN HARTMANN
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Iconique il y a quelques mois encore, Emmanuel Faber n'aura soulevé, au moment de sa destitution, qu'une compassion mesurée et de faibles soutiens publics. Se sont tus ceux que sa rhétorique ou ses plaidoiries jugées arrogantes, mystiques et moralisatrices exaspéraient, ceux qui jalousaient son audace, sa singularité et son aura, ceux que son management avait fini par irriter, ceux qui s'étaient mis à douter de l'authenticité de son combat. Ceux, enfin, qui suspectaient une stratégie de communication spécieuse.
« Ceux »-là évoluent au haut niveau des instances politiques, patronales, ou de la gouvernance du groupe. Qui a entendu le ministre Bruno Le Maire ou le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux voler à son secours, au nom du symbole qu'il représente ? La facilité avec laquelle l'américain Artisan Partners et le britannique Bluebell capital, deux fonds totalisant moins de 8% du capital, ont obtenu l'éviction d'Emmanuel Faber en dit long sur les appuis de ce dernier. Mais à cet « abandon », lui-même n'est pas étranger, et sa stratégie de communication déployée bien avant l'année de la consécration en 2017 a contribué. En soi, elle constitue une leçon.
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Avait-il voulu « tuer » le père puis le fils, c'est-à-dire le fondateur Antoine Riboud et Franck, qui après dix-huit ans de pilotage lui confia les rênes du groupe en deux temps, en 2014 puis trois ans plus tard ? Du fameux discours à HEC en 2016 - alors impertinent et magistral mais aujourd'hui d'une grande banalité - à l'adoption du statut d'entreprise à mission, en passant par son essai Chemins de traverse (Albin Michel, 2011), ses multiples interventions publiques, une savante exposition médiatique, sans oublier des « sacrifices » personnels spectaculaires (et exemplaires, comme son renoncement à une retraite-chapeau), il s'était bâti un statut de « superstar », comme le résume le directeur de l'Institut français de gouvernement des entreprises Pierre-Yves Gomez. Un statut lui conférant d'incarner de manière archétypale « le patron humaniste et visionnaire qui anticipe l'économie post-financiarisation alors même qu'il dirige l'une des entreprises les plus financiarisées du CAC 40 ». « Alors même » : voilà où coince la trajectoire d'Emmanuel Faber, c'est cet adverbe qui cristallise « la solitude croissante » de l'ascète passionné d'alpinisme soupçonné d'exercer une « personnalisation narcissique du pouvoir ».
Denis Lafay