Formation et gouvernance, au chevet des systèmes industriels toujours plus vulnérables aux cyberattaques

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Doug Wylie est directeur du secteur de l'industrie et de l'infrastructure au SANS Institute.
Doug Wylie est directeur du secteur de l'industrie et de l'infrastructure au SANS Institute. (Crédits : DR)
Si les cyberattaques touchent plus les entreprises industrielles, ce n'est pas tant qu'elles sont plus ciblées que les autres, mais surtout parce qu'elles sont plus perméables aux piratages informatiques. Une partie de la réponse vient de ce qu'elles ont été conçues avant l'Internet et fonctionnaient en vase clos. Avec l'avénement de l'IoT, et l'introduction d'une masse d'objets aisément piratables, la menace est en train de changer de dimension. Par Doug Wylie, directeur du secteur de l'industrie et de l'infrastructure au SANS Institute.

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INTRODUCTION

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« 69% des praticiens en sécurité interrogés et spécialisés dans les systèmes industriels estiment que les menaces qui pèsent sur ces systèmes sont élevées, ou bien graves, voire critiques. Il paraît clair que les entreprises doivent faire preuve d'attention au plus haut niveau pour assurer la sécurité, la fiabilité et l'intégrité de leurs systèmes de contrôle industriel (ou "ICS", Industrial Control System). »

Ce sont avec ces mots que Doug Wylie, directeur du secteur de l'industrie et de l'infrastructure au SANS Institute a fait état des résultats de l'enquête du SANS Institute sur la sécurité des systèmes industriels intitulée « Securing ICS-2017 ». Pour cette nouvelle édition, les résultats montrent que les risques touchant les systèmes industriels continuent de se développer et d'évoluer. Paradoxalement, l'étude note une nette amélioration de la protection des infrastructures. Si le niveau de risque s'explique par une forte mutation des systèmes industriels créatrice de nouvelles vulnérabilités, la formation des personnels et la gouvernance de la sécurité n'y sont pas étrangères.

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Les systèmes industriels ne font malheureusement pas exception dans le tableau de chasse des menaces cyber. Ils sont eux aussi frappés par la sophistication des attaques, au premier rang desquels se trouvent les ransomwares. Contrairement à la plupart des systèmes d'information, une attaque sur un système industriel peut causer des dommages tangibles et immédiats tels que des dommages matériels, des pertes de matières premières (eau, gaz, pétrole,..), des pannes ou des comportements de machines anormaux. Dans les cas les plus graves, cela peut aller jusqu'à de la destruction d'équipements, pire encore causer la mort des opérationnels.

Probable recours à l'intelligence artificielle dans un proche avenir

L'automatisation par ailleurs est un facteur qui tend à accroître l'ampleur des dommages. Les dégâts s'accumulent avant que la vigilance humaine n'intervienne. L'intelligence artificielle aura d'ailleurs à l'avenir peut-être cette fonction de détecter les comportements anormaux d'ICS...

Le dernier enseignement à ce sujet tient à ce que la hausse des risques n'est pas tant liée au fait que les industries soient plus ciblées que les autres, mais qu'elles sont surtout plus perméables aux attaques que les autres.

Un défi pour des industries nées avant l'Internet

A l'époque où la plupart des grands systèmes industriels de transport, du nucléaire, de la production d'eau potable ou encore du pétrole et de l'électricité ont été conçus, l'Internet n'existait tout simplement pas. Ces systèmes tournaient parfaitement isolés. C'était sans compter la frénésie de la vie moderne. Les ICS qui relient des ordinateurs à des composants matériels pour surveiller et contrôler les opérations industrielles (par exemple : l'ouverture et la fermeture de vannes) sont désormais de plus en plus connectés.

L'Internet des objets (IoT), nouvelle surface d'attaque

La surveillance et la commande à distance des processus industriels offre sans aucun doute une nouvelle surface d'attaque.

Cette transition de convergence entre les technologies opérationnelles et les technologies de l'information (OT et IT) gomme les distances géographiques, permet un travail en temps réel et donc de la réactivité, des télémesures pour ajuster et permettre une efficience du système, en somme une agilité inégalée. Cependant, les ingénieurs, les techniciens, les administrateurs et les opérateurs des systèmes de commande n'ont, la plupart du temps, pas été accompagnés pour acquérir les nouvelles connaissances nécessaires à cette intégration des technologies de l'information, a fortiori celles de leur gestion et de leur sécurité.

IoT : des masses d'objets piratables qui cassent les cloisons étanches

Pourtant l'Internet des objets industriels, en plein essor dans les industries 4.0, consiste à mettre en réseau des équipements non informatiques et à les faire communiquer pour qu'ils échangent des données via Internet. Cela en fait donc des objets piratables, cassant des cloisonnements jusqu'alors étanches entre les différents sous-systèmes et donc de grandes portes ouvertes sur l'ensemble du système. Cette nouvelle distribution entre l'opérationnel et l'information devrait être synonyme d'implémentation de règles de base de sécurité, de tests et d'audits. Cela nécessite donc d'abord des connaissances et une formation à la sécurité physique et logique des personnels internes.

Des personnels à former, une gouvernance à concevoir

Malgré la large couverture médiatique des derniers ransomwares, les résultats du SANS nous apprennent que seulement 46% des répondants appliquent régulièrement des correctifs de sécurité. C'est assez révélateur pour des industries où - comme vu plus haut - la culture de la sécurité numérique est quelque peu défaillante. Les personnels en charge des technologies opérationnelles sont néanmoins particulièrement sensibles à l'impératif de haute disponibilité des opérations industrielles, ce qui en fait ainsi des profils ouverts à la gestion du risque. Pourquoi ne maîtrisent-ils donc pas encore les risques d'ordre numérique ?

S'il est incontestable que les industries ont accru leur niveau, elles se sont souvent cantonnées à un angle essentiellement technologique. Si les activités d'ordre bureautiques ont acquis quelques bonnes pratiques en matière de sécurité de l'information, il faut bien reconnaître aussi que, a contrario, dans les activités industrielles, les profils dédiés se font plutôt rares. Un large panel d'industries n'a pas non plus nommé de RSSI industriel (RSSI, pour "responsable de la sécurité des systèmes d'information", Ndlr).

Technos opérationnelles et de l'information : convergence en cours...

La convergence entre technologies opérationnelles (OT) et de l'information (IT), passage quasi obligé pour une industrie 4.0 qui doit - elle aussi - prendre son virage numérique, est en cours. Elle est en train d'éclore à travers de grands projets stratégiques d'ampleur et c'est une nouvelle dimension que l'industrie doit intégrer dans toutes ses constituantes, tant techniques qu'organisationnelles. Or, il faut bien reconnaître que le technique a pris le pas sur l'organisationnel et l'humain. Cela ne va pas encore forcément de soi malgré la rapidité et l'amoncellement des risques chaque fois qu'une idée est testée.

Paralléliser les grandes innovations

Un autre problème vient de la perception des projets de sécurité, vu comme des projets d'ampleur concurrents plus que complémentaires, comme ils devraient l'être. Ne pas paralléliser de grandes innovations avec une préoccupation sécuritaire dès leur conception et leur développement et ce, pendant tout le cycle de vie du projet, c'est assurément prendre le risque de lourds chantiers de mise à niveau ultérieurs particulièrement coûteux voire pire d'un incident majeur.

La prise de conscience des dirigeants, condition sine qua non

Investir au plus tôt dans la formation des personnels, c'est donc prendre le parti d'analyser et de gérer les risques au plus tôt, d'arrêter les procédures en cas d'attaques, de roder les équipes à travailler de concert.

Encore faut-il que les dirigeants prennent conscience des retours sur investissement que ces formations peuvent apporter. Il y a déjà fort à parier que la pression réglementaire va se poursuivre pour pousser tout le tissu économique à veiller à sa sécurité numérique. Mieux vaut donc être prêt, et en faire un avantage concurrentiel.

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LIRE AUSSI : le rapport complet intitulé Securing Industrial Control Systems-2017 du SANS Institute

ou en suivant ce lien :

https://www.sans.org/reading-room/whitepapers/analyst/securing-industrial-control-systems-2017-37860

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Commentaires
a écrit le 27/09/2017 à 9:54 :
Un résultat tout de même aussi du dogme néolibéral de tout passer par le numérique, toutes nos informations sont sur la toile et c'est demandé aussi bien par les entreprises marchandes que par les états alors que ça fait 20 ans que tous les experts en informatiques, pas les marchands de tapis, nous affirment que la sécurité sur internet à 100% n'est pas possible.

Mais bon ce qu'oligarchie veut oligarchie obtient aussi stupide soit il...
Réponse de le 28/09/2017 à 12:54 :
Exactement. Et la 1ière mesure de sécurité à prendre, ça serait simplement d'arrêter de coller des objets connectés partout sous prétexte que c'est moderne et que ça va créer des emplois. Ça sert surtout dans la plupart des cas à ramasser des données personnelles monétisables discrètement pour l'unique profit d'une poignée de multi-nationales, leur dirigeants et actionnaires !!

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