French Tech : la Bourse ET la vie !

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De g. à d. : Olivier Perquel ancien membre du comité de direction générale de Natixis, Albin Serviant, entrepreneur et business angel, président co-fondateur de FrenchTech London, et Alexandre Mironesco, président fondateur de Iéna Capital.
De g. à d. : Olivier Perquel ancien membre du comité de direction générale de Natixis, Albin Serviant, entrepreneur et business angel, président co-fondateur de FrenchTech London, et Alexandre Mironesco, président fondateur de Iéna Capital. (Crédits : DR)
[ "Scale-up" et IPO ] Si le nombre de scale-up potentielles reste pour le moment en retrait du Royaume-Uni, le dynamisme de la French Tech promet d'espérer un tsunami d'IPOs dans les années à venir si les conditions de marché sont réunies. Depuis le début des discussions sur la future loi PACTE, beaucoup de choses très pertinentes ont été dites et écrites. Mais il n'y a plus une minute à perdre. Par Albin Serviant, entrepreneur et business angel, président co-fondateur de FrenchTech London, Olivier Perquel ancien membre du comité de direction générale de Natixis et Alexandre Mironesco, président fondateur de Iéna Capital.

Entre débats légitimes sur la mission et la gouvernance de la FrenchTech, après cinq ans d'existence, et quelques Unes de journaux, plus ou moins bien inspirées et renseignées quant à la performance de certaines de nos pépites, ce début d'année 2018 permet de tirer la sonnette d'alarme sur l'initiative French Tech et sa situation, après un beau succès d'image fédératrice, salué en France et envié à l'étranger. Surtout, elle permet de poser une question de fond : comment assurer la croissance de nos futures « Licornes » et leur pérennité sur le sol français ?

Notre voisin britannique a anticipé cette évolution : dans le dernier classement Dealroom.co de mars 2018, le Royaume-Uni compte 9 sociétés valorisées à plus de 1 milliard d'euros, contre 4 en Allemagne, 2 en Suède, 2 en France. Au Royaume-Uni, 5 entreprises de croissance ont récemment réalisé une introduction en Bourse (ou "IPO" en anglais, pour Initial Public Offering).

"Lever des capitaux rapidement et massivement"

Le constat est fort bien connu et partagé. Emmanuel Macron dans son livre Révolution indiquait déjà :

« Il faut, ensuite, un financement qui permette à nos entreprises de lever des capitaux rapidement et massivement. C'est indispensable dans une économie de la connaissance [...]. Le problème, c'est bien l'accès rapide et massif aux fonds propres en France. »

Il y a quelques mois Xavier Niel déclarait de façon solennelle :

« On a besoin de créer le CAC 40 du prochain siècle ! »

Plus récemment Fleur Pellerin, fondatrice de Korelya Capital, lors de la participation à l'investissement de 75 millions de dollars (61 millions d'euros) dans Ledger, s'inquiétait aussi du fait que « nos entreprises ont du mal à croître, c'est un peu le mal français [...] » et du manque de perspectives de sortie alors qu'il n'existe pas de Nasdaq Européen.

Le vrai défi : la pérennité des grosses startups

Désormais, le vrai défi est la pérennité des grosses startups, celles qui, pour devenir les futurs membres du CAC 40 passent par une IPO. Après des années de développement réussi pour l'éclosion de l'écosystème startups, la priorité doit être portée sur ce maillon faible, celui du « scale-up ». Il y a là une véritable « faille de marché » car, alors que la plupart des sociétés introduites en Bourse à Paris ont des valorisations de l'ordre de 100 à 300 millions d'euros, la liquidité provenant des acheteurs que sont les fonds actions ne se manifeste qu'au-delà du seuil de 2 milliards, ce qui génère un risque significatif de sous-performance des cours, pas toujours expliqué par les performances réelles des sociétés affectées.

Si le nombre de scale-ups potentiels reste pour le moment en retrait du Royaume-Uni, le dynamisme de la French Tech promet potentiellement une vague d'IPO : l'accélération récente des levées significatives de fonds se traduira par des sorties en Bourse dans les mois et années qui viennent.

En même temps, nous assistons à l'expression d'une volonté politique forte qui vise à attirer les capitaux longs de l'épargne mutualisée des Français (fonds euros, retraite, livret A), dans l'investissement en fonds propres à long terme dans les plus prometteuses des «licornes», et ainsi les maintenir en France, renforçant par là-même l'économie, les exportations, l'emploi et la souveraineté technologique du pays.

Il n'y a plus une minute à perdre, passons aux actes !

Un certain nombre de solutions existent mais sont partielles, en particulier les fonds de Private Equity ou de Venture Capital et sous forme de FCPR/FPCI. Ceux-ci sont utiles, mais ne couvrent pas tout le spectre des besoins de financement, ni sur le fond ni sur la forme sur l'ensemble de la chaîne de valeur. Car, à chaque étape, correspondent des mécanismes différents.

Depuis le début des discussions sur la future loi PACTE, beaucoup de choses pertinentes ont été dites et écrites. Mais il n'y a plus une minute à perdre. Ce qui est du domaine du règlement, par exemple, doit être exécuté dès aujourd'hui ! Et ce qui est nouveau, notamment en réponse aux failles de marché, doit être tenté et expérimenté ! Passons donc immédiatement aux actes !

Ressusciter le concept d'"actionnaire de référence"

C'est le cas d'un certain nombre d'initiatives inédites et utiles en cours de lancement qui ont pour objectif d'investir dans des entreprises de croissance (les futures « licornes ») au moment de l'IPO, puis de réinjecter du capital lorsque nécessaire sans date préétablie de sortie et leur apporter un accompagnement actif. Il convient ainsi de ressusciter le concept naguère fort répandu mais quasi-disparu d'« actionnaire de référence », qui a contribué à la naissance de nombreux champions industriels français !

Alors qu'avant ce rôle était l'apanage de holdings familiales, souvent cotées, ou de gros institutionnels, il convient de le faire renaître sous forme de fonds d'investissement. Ces fonds disposeront de capitaux permanents en provenance des fonds d'épargne, de l'assurance vie et retraite (élargie et simplifiée par la loi PACTE), pour donner ainsi naissance à une véritable nouvelle classe d'actifs, les ETI de croissance cotées, accompagnées par du capital patient.

Le récent Trophée des Futures Licornes, organisé chez Euronext, a encore rappelé l'impérieuse nécessité de permettre non plus l'éclosion des startups mais bien leur envol ! La solution au « mal français » du scale-up via IPO est désormais à portée de mains et chacun, à sa façon, doit apporter sa pierre à l'édifice. Sinon, nous n'aurons plus aucune excuse ni raison de nous plaindre.

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Par Albin Serviant, entrepreneur et business angel, président co-fondateur de FrenchTech London, Olivier Perquel ancien membre du comité de direction générale de Natixis et Alexandre Mironesco, président fondateur de Iéna Capital.

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