« Global Britain »: l'Angleterre en première ligne vers l'infini et au-delà, grâce aux ports francs
Thierry Martin (*)

Photo d'illustration
JOHANNA GERON
Thierry Martin (*)

Photo d'illustration
JOHANNA GERON
Tout avance très vite au Royaume-Uni, et l'Angleterre est en première ligne. Déjà huit ports ou aéroports anglais vont devenir des ports francs selon les plans annoncés par le chancelier de l'échiquier (finance), Rishi Sunak, qui a déclaré que sa politique pour les controversées zones à faible taux d'imposition « illustrerait l'économie future » et « débloquerait des milliards d'investissements », favorisant le commerce et l'emploi.
Le chancelier a déclaré que les discussions se poursuivaient avec les administrations décentralisées pour d'autres ports francs ailleurs dans le Royaume-Uni, en Écosse, aux Pays de Galles et en Irlande du Nord, bien que l'Écosse veuille introduire des ports dits « verts ».
Quant à l'Irlande du Nord, contrairement au correspondant transport du Gardian, Gwyn Topham, qui évoque un statut post-Brexit qui pourrait ne pas lui permettre le même modèle de ports francs, Simon Hamilton, le patron de la Chambre de commerce de Belfast, enthousiaste, écrit le 12 mars dans The Irish News :
Rishi Sunak parle d'une « échelle jamais atteinte auparavant », créant des zones économiques spéciales qui, selon lui, étaient établies depuis longtemps à l'échelle internationale, même si les freeports initiés par Thatcher ont existé au Royaume-Uni jusqu'en 2012.
Le plan des ports francs a été défendu par Sunak et par des hommes politiques conservateurs du Nord de l'Angleterre, où il est considéré comme un outil essentiel dans le programme de « remise à niveau » (level up) pour attirer de l'argent et des emplois dans ces régions défavorisées.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Sunak a dévoilé sa politique comme l'épanouissement final de son discours du budget, exposant sa vision pour l'avenir de Teesside, au Nord-Est de l'Angleterre, l'un des futurs nouveaux ports libres.
Cela couvrira-t-il tout Teesside ? feint de se demander Kelly Price dans TeessideLive. En effet, oui. Les cinq conseils de zones de la vallée de Tees ont travaillé "étroitement" pour développer la candidature du port franc de Teesside, ainsi que les entreprises qui comptent sur le fleuve Tees.
Teesworks, Wilton International, l'aéroport de Teesside, le port de Middlesbrough, le port de Hartlepool, Liberty Steel et LV Shipping seraient tous couverts par le statut de port franc. En étendant la zone de port franc, les habitants de Teesside, Darlington et Hartlepool peuvent en tirer le maximum d'avantages, même si les entreprises emploient déjà des milliers de personnes.
La liste complète des huit freeports anglais comprendra :

Chaque zone comprend un port ou un aéroport, car les avantages douaniers et tarifaires sont conçus pour permettre la transformation et la réexportation des marchandises brutes de façon plus efficace et à moindre coût, tout en évitant légalement les droits d'importation normaux. Toutefois, les zones peuvent s'étendre jusqu'à 25 milles (40 km) et relier d'autres zones dans de nouveaux « sites fiscaux » désignés.
Les porte-parole des soumissionnaires gagnants ont déclaré que la nouvelle allait fournir des investissements massifs et des milliers de nouveaux emplois dans leurs régions.
Teesside et Humber bénéficieront également d'un fonds de mise à niveau portuaire pour développer des installations pour l'éolien en mer. L'association commerciale RenewableUK a déclaré que la combinaison avec les freeports était « un grand moment pour la fabrication d'éoliennes en mer ». Le Premier ministre Boris Johnson qui a toujours eu une grande capacité à frapper les esprits avec des images fortes - d'où son succès journalistique durant ses jeunes années au Daily Telegraph, a déclaré :
Pour Boris Johnson, il est très important d'arriver à déculpabiliser les gens de consommer de l'énergie. Il n'est pas du tout dans une logique de décroissance.
Une autre proposition, qui, selon le Trésor, sera soumise à l'approbation du Parlement, est que les entreprises situées dans les zones ne verseront pas de cotisations d'assurance nationale aux employés pour de nouveaux emplois, potentiellement jusqu'en 2031. Forcément les syndicats se sont dits préoccupés par ce plan. On imagine d'ici la réaction de notre CGT qui de fait, par son freinage, a déjà réduit l'activité portuaire française, au point de la rendre insignifiante à l'échelle internationale.
Certains critiques se sont demandé si les allégements fiscaux pouvaient être considérés comme des aides d'État potentiellement illégales et enfreindre des accords commerciaux, notamment avec l'UE et l'accord de coopération signé en décembre.
Le leader de l'opposition travailliste Keir Starmer a, comme par hasard, estimé que la priorité devrait être plutôt de faciliter la vie des entreprises qui font commerce à l'UE et sont affectées par les nouvelles règles commerciales post-Brexit.
Cela dit l'un n'empêche pas l'autre.
Richard Ballantyne, directeur général de la British Ports Association, a averti que parmi les villes côtières démunies qui n'ont pas été choisies, « il y aura des perdants » à la suite de cette politique. Une étude réalisée au Royaume-Uni dans le cadre d'un groupe de réflexion Changing Europe a conclu que les ports francs n'offrent pas de « solution miracle » pour la transformation économique.
À lire également
Pourtant, le gouvernement du Premier ministre Boris Johnson parie que les plaques tournantes attireront l'innovation et les investissements, aidés par la réduction du fardeau douanier et fiscal, pour « relever le niveau ». Les autres avantages comprennent des règles de planification simplifiées et l'accès au financement de l'infrastructure.
Les entreprises situées dans les ports francs bénéficieront d'allégements fiscaux, incluant l'absence de taxe dite de droits de timbre, (no stamp duty), le remboursement complet s'agissant des investissements dans la construction et la machinerie, cinq ans de taxe professionnelle (business rates) à zéro et de tarifs et d'obligations douanières moins élevés.
Thierry Martin (*)