Il faut baisser les charges sur le travail très qualifié

Olivier Passet, Xerfi

Olivier Passet, Xerfi
Le gouvernement réfléchit à une extension de la baisse des charges à trois fois le SMIC, pour renforcer la compétitivité et l'attractivité des secteurs les plus exposés à la concurrence. Pour un grand nombre d'économistes, c'est une hérésie car seules les baisses de charge au voisinage du SMIC seraient efficaces.
Leurs arguments sont les suivants :
Tout ceci est logique, mais pas nécessairement vrai : la France n'a pas de déficit de travail peu qualifié au regard des autres pays développés. Ce n'est pas sur cette catégorie d'emplois que se crée l'écart avec nos concurrents. Et d'ailleurs, l'OCDE met aujourd'hui en alerte sur l'impact délétère de la dégradation de la qualité de l'emploi sur la productivité, dans un pays comme le Royaume-Uni notamment.
La France peine plutôt aujourd'hui à atteindre la masse critique sur les secteurs qui produisent de la valeur exportable ou à forte externalité sur tout le reste de l'économie (services aux entreprises, santé, éducation par exemple). Ces secteurs sont précisément ceux qui entrainent le reste de l'économie et permettent d'accéder au plein emploi par effet indirect.
La France a certes développé le B-to-B de pointe en amont et en aval de l'industrie, mais encore insuffisamment pour compenser les pertes dans le secteur manufacturier et rééquilibrer sa balance des paiements. Elle s'est encore repositionnée insuffisamment sur les secteurs porteurs (numérique, bio, nano, santé, nouvelles mobilités...) pour bénéficier pleinement de la demande au plan mondial.
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Si l'on part de ce diagnostic, étendre la baisse des charges aux plus hauts salaires peut être pertinent. Et vouloir cantonner l'État au rôle de facilitateur du grand déversement sur les jobs précaires de basse qualité s'avère au contraire une erreur stratégique lourde.
D'autant plus lourde que réduire la politique de baisse des charges au niveau des salariés les plus qualifiés à une pure aubaine captée par le salarié, sans effet sur l'emploi, est très réducteur :
Or, si on compare le niveau de coût horaire du travail en France dans les secteurs à forte intensité en travail qualifié (finance, services spécialisés aux entreprises, secteur de la communication, grands services de distribution d'énergie) à celui de ses principaux partenaires, on constate que la France surplombe systématiquement ses deux principaux concurrents : l'Allemagne et de Royaume-Uni.
La France est ainsi dans cette position inconfortable : un coût du travail relativement élevé dans les services exposés à la concurrence, qui nuit potentiellement à sa compétitivité, et un salaire net après impôt assez peu attractif. Voilà pourquoi étendre la baisse des charges n'est pas l'hérésie que prétendent beaucoup d'économistes.
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Olivier Passet, Xerfi