L'absurde et dangereuse logique étatiste du Grand Paris

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(Crédits : DR)
Le gouvernement s'entête à vouloir construire un métro dont le coût atteindra 300.000 euros par bénéficiaire potentiel, et à multiplier les logements sociaux, alors que le problème du logement est ailleurs. Par Philippe Herlin, économiste

Aucun responsable politique ne conteste le Grand Paris, ce projet recueille l'assentiment de la majorité comme de l'opposition, il a d'ailleurs été lancé par cette dernière lorsqu'elle était au pouvoir. Il s'agit d'améliorer la qualité de vie des Franciliens, le transport, le logement, l'attractivité économique, qui voudrait s'y opposer ? Mais une addition à 30 milliards d'euros amène à s'interroger, cette unanimité ne célèbre-t-elle pas l'incorrigible penchant de nos dirigeants à dilapider l'argent public ?

L'essentiel de la dépense, le métro

L'essentiel de la dépense consiste à construire 200 kilomètres de lignes de métro transversales au réseau existant, l'une entourant Paris en parallèle du périphérique avec une extension passant par Montfermeil, une autre allant à Roissy et une dernière courant de Versailles à Orly. La volonté affichée consiste à désengorger les axes centraux, les RER A et B. Sera-ce le cas ? Pas du tout répond l'INSEE dans une note d'avril (Le tissu économique des quartiers de gare de la ligne 15 sud du métro du Grand Paris) qui établit que sur le tronçon sud de la ligne 15, il se trouve certes 140.000 actifs, mais seulement 10% auront intérêt à utiliser ce nouvel équipement (parce qu'habitant près d'une gare et travaillant près d'une autre).

300.000 euros investis par bénéficiaire potentiel!

Soit, à 4,2 milliards d'euros le coût de construction de ce tronçon, un investissement d'environ 300.000 euros par bénéficiaire potentiel ; ce simple calcul ridiculise la logique économie de ce projet. En se penchant sur l'ensemble du Réseau, le Cercle du transport (Réorienter les priorités du réseau du Grand Paris) parvient à la même conclusion et explique qu'un renforcement des axes existant suffirait à absorber le trafic actuel et futur.

Nous avons bien affaire à une logique étatiste, keynésienne, somptuaire, typique de notre classe dirigeante. Elle fait même peser de graves menaces sur la propriété privée : dans ces zones très urbanisées, il faudra exproprier pour construire les 72 gares du projet, mais aussi sur une bande de 400 mètres autour d'elles, car toute cette opération fleure bon l'opération immobilière. Cela représentera au total 138 km2, soit plus que la surface de Paris intra-muros (105 km2) ; le chiffre provient du président de la Société du Grand Paris, l'organisme chargé de construire ce réseau. A ce niveau, on peut parler d'une entreprise de prédation des pouvoirs publics sur la propriété privée.

Libéraliser le logement

Dans le même temps, il faut absolument construire toujours plus de logement social pour répondre aux besoins et parer, nous explique-t-on, aux déficiences du marché. Transport en commun et logement social, les deux vont ensemble, les gares impliquent la densification de l'habitat afin que les « usagers » n'aient pas à marcher trop longtemps. Manuel Valls a annoncé début avril vouloir construire 200.000 logements sociaux sur une trentaine de sites en Île-de-France, y compris en se passant de l'avis de maires, comme celui de Saint-Cloud dont il veut raser l'hippodrome pour construire des HLM. Sommes-nous en Union Soviétique ?

Pourtant, si le marché du logement fonctionne mal, c'est surtout parce qu'il est entravé par de multiples couches de réglementation (droit de la construction malthusien, fiscalité élevée, lois SRU, Grenelle etc.) qui l'empêche de correctement adapter l'offre à la demande. C'est au contraire vers plus de libéralisation qu'il faudrait aller, comme l'explique par exemple le récent Livre blanc publié par le Medef. Avons-nous les responsables politiques pour aller dans cette direction ? On peut malheureusement en douter.


Philippe Herlin, économiste, a publié un Livre blanc sur le Grand Paris, téléchargeable sur son site philippeherlin.com


Liens :

Le tissu économique des quartiers de gare de la ligne 15 sud du métro du Grand Paris
http://www.insee.fr/fr/insee_regions/idf/themes/insee-analyses/ina_16/ina_16.pdf

Réorienter les priorités du réseau du Grand Paris
http://cercledestransports.olympe.in/wordpress/wp-content/uploads/2014/11/DOSSIER_GRAND_PARIS_122014.pdf

Livre blanc publié par le Medef
http://www.medef.com/medef-corporate/salle-de-presse/communiques-de-presse/communiques-de-presse/back/108/article/politique-du-logement-pour-une-veritable-mobilisation-republicaine-et-sociale-1.html

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a écrit le 25/06/2015 à 23:34 :
Ce jeune homme semble répéter son petit bréviaire libéral tout juste appris a l'école. Ce sujet mériterait des analyses un peu plus "matures" .
a écrit le 25/06/2015 à 18:42 :
"10% auront intérêt à utiliser ce nouvel équipement (parce qu'habitant près d'une gare et travaillant près d'une autre)"
Parce que venir déposer sa voiture à la gare c'est un non sens?? Il n'y a aucun autre moyen de transport (genre bus?) à la sortie de la gare?
a écrit le 25/06/2015 à 15:44 :
En ce qui me concerne je m'interroge sur l'utilité de faire se déplacer des millions de franciliens chaque jour pour qu'ils viennent s'entasser dans des tours de bureaux et travailler devant des écrans ce qu'ils pourraient faire de leurs domiciles !!!
En venant au bureau un jour sur deux cela soulagerait une partie du trafic routier et transport en commun , limiterait les surfaces de bureau ( pourquoi la tour triangle dans cette hypothèse?) au final moins de fatigue ,moins de pollution .....mais mon raisonnement doit être trop simpliste !! D'ailleurs Renault l'avait envisagé un temps....
a écrit le 25/06/2015 à 14:22 :
C'est sûr , c'est un grand expert !!! Il y en a plein en France et toujours des prophètes de catastrophe !!! Ils savent tout mieux que personne, même si le lait leur sort encore du nez !!!! Keep cool !! Tous les jours, on a un expert auto-proclamé, évidemment Cassandre, c'est plus confortable et cela vous "pose" au dessus de tout le monde... Ridicule !!!
a écrit le 25/06/2015 à 14:02 :
Et ne pas oublier dans le raisonnement que des commissions vont etre versées à des politiques et leurs copains....
a écrit le 25/06/2015 à 14:02 :
Et ne pas oublier dans le raisonnement que des commissions vont etre versées à des politiques et leurs copains....
a écrit le 25/06/2015 à 13:17 :
Quelle vision simpliste ! 140 000 actifs dont 10% seront intéressés par le tracé de la ligne 15 sud ... Avec ce genre d'affirmation arbitraire on peut tenir n'importe quel discours.
Les inactifs n'ont-ils pas le droit de se déplacer ? Comment les étudiants, chômeurs et retraités doivent-ils interpréter ce discours ? D'autre part, Mr Herlin a-t-il envisagé que ce nouveau territoire de 138 km2 va attirer de nouvelles entreprises ?
Je serais curieux de savoir quel salaire a touché l'auteur de cette brève de comptoir (684 mots) ?
Réponse de le 25/06/2015 à 14:25 :
@dov : complètement d'accord, les Médias s'honoreraient à faire un peu plus de tri dans les publications. Je ne parle pas d'un tri politique, mais de critère technique.
Réponse de le 25/06/2015 à 15:46 :
l'étude prend e compte ceux qui vont se déplacer tous les jours.
en gros il serait moins cher de leur offrir une Ferrari à chacun :-).
ce territoire de 138km2 correspond à ce qui va être pris aux citoyens ( ça représente combien de logements ? ) pour mettre en place le métro, donc une perte sèche en terme de logements.
Cet économiste a une vision saine( libérale) de l'économie , il dénonce justement les décisions stupides prises par nos élus et le gaspillage d'agent qui va avec.
Réponse de le 27/06/2015 à 16:56 :
On ne va pas faire un désert de 138 km2, c'est même exactement le contraire !
Sur cette surface, il est clair qu'il y aura de grosses opérations immobilières pour densifier l'habitat et rentabiliser ce métro. On est très loin d'une perte sèche en logements !
C'est vrai que beaucoup de gens préféreraient vivre à la campagne sans avoir à passer plusieurs heures par jour dans les transports. Ce serait possible pour un certain nombre de personnes si on développait le télétravail, mais on part de très loin. Développer les transports en commun permettra de les désengorger et de désenclaver la banlieue. Accessoirement, cela permettra également de désengorger les routes et donc de faire des économies sur leur maintenance et leur développement !
a écrit le 25/06/2015 à 13:16 :
La 1ère erreur est de vouloir toujours plus concentrer la population sur sur une ville et une région que veulent déjà quitter 8 habitants sur 10. Pourquoi cette ambition du toujours plus, au détriment du reste du territoire français dont les villes moyennes payent de plein fouet la désinductrialisation. Les 70 millions d'habitants en France ne pourront pas vivre et encore moins espérer un confort de vie en s'entassant sur 8 départements. La France en compte 92 autres !
Réponse de le 25/06/2015 à 15:49 :
Paris et les grandes villes sont des structures obsolètes et sans avenir, à part la violence et la misère qui vont avec toutes les mégapoles.
Si on ajoute que ces structures sont très gourmandes en ressources ( énergie, nourriture . ) qu'elles sont incapables de produire , on voit tout de suite que la concentration de la population est une impasse.
a écrit le 25/06/2015 à 10:20 :
Mr Herlin avait publié une tribune à peu près similaire il y a quelques mois, la présente est un peu plus "édulcorée", mais reste assez simpliste pour une analyse d'expert. Le rédacteur vit-il en banlieue ? Utilise-t-il fréquemment les transports parisiens ? A-t-il une idée de l'engorgement quotidien du réseau dû à son utilisation massive par des dizaines de milliers de banlieusards contraints de passer par le centre de Paris pour rejoindre leur lieu de travail... en banlieue ? Et des pertes considérables de temps (et donc de compétitivité) que cela engendre ? S'est-il jamais rendu de Roissy à gare du Nord (ou inversement) autrement qu'en taxi ? Doit-on réduire la fonction d'un réseau de transports à un facilitateur de déplacements domicile-travail ? D'accord pour pointer le chiffre astronomique du coût du GPE, mais le vrai problème est que cette infrastructure et l'entretien du réseau existant, n'ont pas été pensés et réalisés pendant des décennies. D'ailleurs, a-t-on seulement une idée du coût du "renforcement des axes existants" avancée comme la panacée sans qu'on sache d'ailleurs très bien ce que cela recouvre (doit-on rappeler que le Grand Paris a un volet amélioration du réseau qui coûte déjà 7 milliards) ? Quant à la diatribe sur la "prédation sur la propriété privée", l'auteur ignore (ou feint d'ignorer) qu'on ne peut évidemment se passer de la procédure d'expropriation pour faire muter des territoires qui en ont par ailleurs bien besoin. C'est le seul outil à l'appui des grandes opérations de rénovation urbaine et de la diversification du logement. Curieuse contradiction intellectuelle que celle qui consiste à prôner déréglementation et libéralisation tout en faisant preuve d'immobilisme et de conservatisme forcené en ce qui concerne les nécessaires mutations urbaines, que l'on retrouve dans toutes les grandes métropoles mondiales...
Enfin, sous le vernis du discours médiatico-politique qui parle effectivement en permanence de déficit de logements sociaux, il s'agit en réalité d'une nécessité de construire des logements diversifiés. En se donnant la peine de s'y pencher un peu, on s'aperçoit que sur le terrain (c'est-à-dire dans la vraie vie), les pouvoirs publics sont en train de prendre le problème à bras le corps (cf. partenariats EPFIF / SGP, SGP / SNI...).
Réponse de le 25/06/2015 à 14:27 :
Complètement d'accord. Il faut renvoyer ce jeune homme à ses chères études....
Réponse de le 25/06/2015 à 15:52 :
belle réaction , purement étatiste et autoritaire ( exproprier pour faire muter les territoires !! )
on a vu les beaux résultats de la concentration et de la "rénovation" urbaine , on a pas du en faire assez alors on insiste, plutôt que de laisser les territoires se rééquilibrer en laissant les citoyens libres de leurs décisions.
je suis content d'habiter au fond de ma campagne :-)
Réponse de le 25/06/2015 à 16:40 :
Y a t-il un impératif économique à vouloir concentrer 20% de la population française sur la région parisienne à l'heure d'internet ? Je pense plutot qu'il s'agit d'une volonté politique ...nos politiques veulent marquer leur époque et asseoir leur pouvoir sur le plus grand nombre .
Je travaille pour une grande cie d'assurance qui a délocalisé au Maroc 1.000 emplois , ce qui a été fait vers ce pays peut l'être vers les régions et au lieu de créer des parking autour des gares d'ile de france pourquoi ne pas imaginer des locaux avec tables et chaises où les employés viendraient faire leur journées de travail avec leur ordinateur portable .Moins de temps de trajet, moins de fatigue , cout de l'habitat moins élevé en s'éloignant de Paris etc....
Réponse de le 25/06/2015 à 19:34 :
Je suis d'accord avec Herb 75.Le discours anti-état de cet" économiste" est complètement à côté de la plaque.On ne va pas critiquer NS et la région IDF d'avoir lancé le projet d'amélioration des transports Grand Paris.Cela fait 30 ans qu'on n'a pas amélioré les transports à Paris et en banlieue,on va attendre un collapsus des transports pour se décider à investir?.Cet économiste veut que le privé investisse?.C'est impossible.Les transports publics ne sont pas et ne seront jamais rentables.
Par ailleurs ,il critique le logement social.Mais la construction massive de logements sociaux est la seule méthode pour pouvoir diminuer les prix de l'immobilier.Les loyers sont trop chers en France,notamment en région parisienne.

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