L'austérité n'est pas une fatalité !

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Michel Santi.
Michel Santi. (Crédits : DR)
OPINION. En raison de la hausse de l'endettement, certains réclament déjà les réductions des aides sociales, les allongements de l'âge de la retraite, les coupes budgétaires dans l'éducation et dans la défense, les augmentations de TVA... Il faut au contraire relancer nos économies, ce que permet le mécanisme de la dette publique dans les économies développées. Par Michel Santi, économiste*.

Vous vous trompez profondément si vous estimez que les déboires européens à
venir seront provoqués par une crise de liquidité. Car c'est bel et bien une crise de solvabilité qui menace de manière imminente nombre de membres de l'Union qui n'ont vraiment pas besoin que leurs coûts de financement soient réduits, mais qui sont désespérément en quête de transferts, voire d'annulation d'une partie de leur dette. Et que l'on ne s'avise pas de brandir l'Union bancaire ou le Mécanisme européen de stabilité (MES) concoctés suite à la crise des années 2010 à 2012 car ce simulacre d'«intégration» financière ne fit que refléter les insuffisances et l'absence de crédibilité politiques de l'Europe.

La nouvelle normalité du monde post-corona

Quoi qu'il en soit, sans vouloir encore ruminer le passé - ne serait-ce que parce que je l'ai commenté à travers des centaines d'analyses -, la situation s'avère aujourd'hui autrement plus préoccupante car la dette publique d'un pays comme l'Italie se rapproche désormais de 150% de son PIB. Ces chiffres ne font, en réalité, que représenter la normalité nouvelle du monde post-corona car - et c'est le FMI qui le prédit - les endettements moyens des économies dites développées sont aujourd'hui de l'ordre de 125%, au-delà pour certaines nations des abysses atteintes pendant la seconde guerre mondiale !

Dans ces conditions, l'occasion est trop belle : les fétichistes des déficits et autres pseudo-économistes partant du principe ordolibéral hiératique selon lequel le budget de l'Etat se doit d'être géré à l'image de celui d'un ménage ont là un boulevard devant eux. Leur moralisme, leurs exhortations au sang et à la sueur négligent allègrement le fait que cette analogie est totalement fallacieuse s'agissant de l'Union européenne qui n'est en rien dépendante des créanciers étrangers et qui se paie le luxe (que n'ont hélas pas bien des nations émergentes) d'emprunter dans sa propre monnaie. Ces annonciateurs de la ruine européenne pliant sous le poids de la dette vivent dans un déni destructeur faisant fi du fait que nos économies développées le sont ... précisément grâce à notre souveraineté monétaire et grâce à cette précieuse et enviée indépendance financière qui nous permet de nous endetter d'abord auprès de nos propres concitoyens. Ce prisme oppressant de la moralité dont certains pays européens refusent catégoriquement de se détourner relève en fait d'une mentalité proche de l'esclavagisme où ils s'efforcent de soumettre leurs populations alors que - nous, Européens, tout comme les Américains ou les Japonais - ne sommes absolument pas dans une position d'infériorité ni de sujétion vis-à-vis de qui que ce soit car nous ne devons de l'argent qu'à nous-mêmes.

Monétisons!

Monétisons, donc, et finançons-nous grâce au levier de la création monétaire tout en misant sur une inflation qui sera bienvenue pour alléger le fardeau de cette dette. Ne fut-ce pas très exactement la voie choisie par les Etats-Unis et par l'Europe pour financer les efforts de reconstruction après le deuxième conflit mondial ? Le monde de l'après corona dépend donc de nous et de notre détermination, comme de notre refus que ces dettes soient encore et toujours remboursées par les réductions des aides sociales, les allongements de l'âge de la retraite, les coupes budgétaires dans l'éducation et dans la défense, les augmentations de TVA... Que de fardeau, la dette publique se transforme - grâce à la mobilisation des plus sensés - en un feu d'artifices qui embrase nos économies et qui les re-dynamise car la vie d'un Etat est par définition illimitée et il sera capable de se régénérer demain car aux revenus d'une croissance que notre volontarisme aura ressuscité !

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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d'Art Trading & Finance.
Il vient de publier «Fauteuil 37» préfacé par Edgar Morin
Sa page Facebook et son fil Twitter.

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Commentaires
a écrit le 18/05/2020 à 11:29 :
Il ne s'agit pas de faire de "l'austérité" au depend des infirmiers ou autres fonctionnaires utiles (il y en a), mais l'etat devrait fortement baisser ses couts et augmenter le salaire des fonctionnaires utiles en supprimant des postes inutiles.
=> adminsitration
- les fameuses agenccesd e santé régionales sont intules et contre productive. Nous aurions mieux fait de centraliser les achats de masque et la gestion de stock à une agence efficace ou sous-traité a une central d'achat, plutot que de laisser 10 agences, des mairies, des regions, des departements cherchaient a se procurer des masques. LVMH a du aider l'etat a acheter en Chine. C'est une honte
- supprimer 30,000 commune sur les 36,000, supprimer les departements, créer 5 régions seulement à responsabilité limité et définie. Inutile de decentraliser le paiement du RSA par exemple, cela n'apporte rien. Oui a la centralisation efficace, les decisions qu'il faut prendre sur le terrain sont limitées. (aujourd'hui les departements doivent decider mais n'ont pas le budget pour, compeltement stupide)
- diviser par deux l'administratif des hopitaux (20% des personnes, vs. 10% dans les autres pays)
- supprimer la moitié des normes (de toutes les facons il y en a deja trop avec l'europe, pourquoi en rajotuer plus ?)
a écrit le 18/05/2020 à 11:08 :
On comprend le malheur de notre pays et son déclin quand on lit se genre d idéologies qui est à l œuvre depuis 40 ans ! On ne peut pas avoir un bon niveau de confort social que si l économie est florissante et pas le contraire, il suffit de comparer les pays du sud plutôt avec un inconscient marxiste avec celui du Nord moins idéologues et plus près des réalités économiques.
a écrit le 18/05/2020 à 10:22 :
Convaincre les "les fétichistes des déficits et autres pseudo-économistes (...) ordolibéraux", c'est peine perdue. De toute façon, ils ne défendent pas l'intérêt général mais les intérêts particuliers d'une ultra-minorité.

Mais ce genre d'article, quoi que nécessaire, ne sera pas suffisant pour convaincre une majorité abreuvée depuis 30 ou 40 ans de litanie "fétichiste ordolibérale" dans les médias.
Il va manquer d'une source d'informations pour expliquer et vulgariser auprès de la population l'économie, la création monétaire, et tous les concepts clés nécessaires pour comprendre ce genre d'article à leur juste valeur (c'est à dire avec une valeur plus élevée que la vision néo/ordoxolibérale en ces temps de crise...)
a écrit le 18/05/2020 à 9:38 :
"En raison de la hausse de l'endettement, certains réclament déjà les réductions des aides sociales"

D'un autre côté monsieur Santi, et vous êtes là pour en témoigner vu qu'aucun décideur ne vous écoute ou écoute les économistes progressistes, ne serait il pas temps qu'une révolte aie lieu ? Qu'une remise à plat se fasse ainsi dans la douleur certes mais il n'y a pas d'alternative la dictature financière possédant tout ne nous laisse pas le choix et quand nombreux acteurs de cette destruction planifiée de notre planète et humanité seront éliminés le pays pourra enfin de nouveaux respirer.

Qu’ils aillent au bout de leur incompétence, que nous passions enfin à autre chose, on y est presque ça y est ils croient qu'en retirant les aides sociales ils pourront récupérer encore plus de milliards dans leurs paradis fiscaux, ils sont totalement aveugles c'est le bon moment pour les laisser aller jusqu'au bout de leur aliénation. Ces aides sociales empêchent les gens de se révolter c'est le moment idéal, alors que les citoyens haissent la classe dirigeante, pour avancer enfin nous verrons bien après.
a écrit le 18/05/2020 à 9:12 :
Oui l'austerité n'est pas une finalité et une fatalité. Ce n'est pas le coup du sort. La crise economique va être ultra rude, particulièrement complexe a gérer car il faut un enorme amortisseursocial pour juguler la crise economique conséquence de la crise sanitaire.
Notre modèle economique est-il le bon ? Doit-on changer la mondialisation et avoir un monde "plus local". Comme je l'est appris par le passé on appelle celà une crise systémique ou le plus complexe est reduire les inégalités. Gros défi en perpective. Nos economies interconnectées avec le monde sont-elles prêtes à une révolution. Je pense que notre "dépendance à la Chine est trop, beaucoup trop importante". Le Made in France doit aussi exister. Pour les ordinateurs , les composants electroniques, les serveurs informatiques ont doit pouvoir "repatrier la technologie en France". Oui il faut relancer d'urgence la machine et faire appel toutes les compétences de tous. Oui à un patrotisme economique d'envergure : un nouveau plan Marshall ? Non à la decrépitude et au manque de courage.

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