L'Europe et Donald Trump : renoncer ou s'affirmer

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Face à Donald Trump, nous avons besoin en Europe d’États forts au service d'un continent respecté. Par Franck Proust, député européen (LR, PPE, Fr), président de la délégation française du Groupe PPE au Parlement européen.

Avant, pendant et même après son investiture en tant que 45e Président des États-Unis, Donald Trump a multiplié les provocations. Méconnaissance de certains dossiers, annonces rapides sans hauteur de vue : de la glorification du Brexit à la dénonciation de l'OTAN, Donald Trump veut frapper fort. A nous, Français et Européens, d'être forts !

 Espérons-le, Donald Trump ne sera pas dans l'imprévisibilité permanente. Mais pour l'heure, ses décisions politiques à venir rebattront les cartes d'un monde pourtant en quête d'équilibres : retrait des États-Unis du Partenariat Trans-pacifique (TPP), révision de l'accord historique obtenu avec l'Iran ou de l'accord de libre-échange nord-américain (ALENA), rapprochement avec la Russie.

 L'occasion de renforcer notre communauté de destin

Face à cela, ne soyons ni passifs ni naïfs. Aucune puissance étrangère n'attendra notre sursaut. L'Union européenne, ses Etats membres et les 500 millions d'Européens ont aujourd'hui l'occasion unique de s'ériger pour le renforcement de notre communauté de destins. En matière d'économie, la doctrine Trump promeut un dogmatisme malgré le vernis réaliste. Privilégions dès lors pour l'Europe un protectionnisme intelligent autrement plus efficace que le protectionnisme inconscient qui surgit de l'autre côté de l'Atlantique. Notre lutte contre la concurrence déloyale, le dumping social et fiscal, doit être clairement accélérée. Ici, la nouvelle méthodologie de calcul antidumping proposée fin 2016 par la Commission européenne devra correspondre à la réalité du combat que mènent nos entreprises pour préserver leur compétitivité.

 Concernant la défense, l'OTAN serait « obsolète » pour Donald Trump. Concrétisons enfin une alliance européenne de défense, en mutualisant les ressources techniques, humaines et  financières des Etats européens pour que notre autonomie stratégique soit totale. Ici, l'Allemagne aura une responsabilité fondamentale, la France ne pouvant pas assurer seule l'effort capacitaire de l'ensemble d'un continent, notamment sur les théâtres d'opérations extérieures.

 Arbitrer entre repli sur soi et affirmation d'Etat forts au service d'un continent respecté

Les élections cruciales en France, en Allemagne, ou encore en Italie, seront une occasion unique pour les Européens d'arbitrer en 2017, entre le repli sur soi ou l'affirmation d'Etats forts au service d'un continent respecté et efficace sur la scène internationale.

Défi migratoire, guerre contre le terrorisme, défense de nos intérêts commerciaux, tels sont les enjeux que nous pourrons appréhender efficacement en unissant nos forces avec pragmatisme. L'Union européenne, première puissance du monde rappelons-le, aux standards économiques, sociaux et environnementaux ambitieux, ne sera forte qu'en montrant le visage d'un continent fier de ses valeurs et prêt à peser dans le monde.

 Une stratégie politique pour l'Europe

Ne nous trompons pas : tous les combats à mener sont liés. Mais seuls ceux que nous ne menons pas seront toujours perdus d'avance. Définir enfin une stratégie politique pour l'Europe, c'est remettre la France au cœur de notre communauté de destins. Lutter contre la concurrence déloyale, c'est renoncer à ce que tant d'emplois sur notre continent soient détruits. Eriger une Europe de la défense, c'est promouvoir une capacité nécessaire pour éradiquer les ennemis de la liberté.

 « Je ne vous demande qu'une chose, l'union ! Par l'union, vous vaincrez. Étouffez toutes les haines, éloignez tous les ressentiments, soyez unis, vous serez invincibles ». Ces mots de Victor Hugo, prennent aujourd'hui tout leur sens.

 Les Etats-Unis et l'Europe ont toujours partagé un combat commun : celui pour l'émancipation et le progrès. La relation entre l'Europe et les Etats-Unis sera toujours nécessaire, mais pas à n'importe quel prix.

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Commentaires
a écrit le 10/02/2017 à 9:40 :
"Défi migratoire, guerre contre le terrorisme, défense de nos intérêts commerciaux"

C'est justement trop de ça qui est en train d'achever l'union européenne, trop d'intérêts des seuls possédants érigés en dogme, intégrés même dans la constitution européenne.

La haine, la violence, la peur, bref les ressentiments divisent les gens.

Bref rien de nouveau, les dirigeants européens sont bel et bien les fossoyeurs de l'europe avec leur vision tellement étriquée.

Vite un frexit.
Réponse de le 13/02/2017 à 3:28 :
Tout est dit et bien dit ! Nos dirigeants occidentaux doivent relever les défis "imposés " forcément par le nouveau président Trump, qui va changer , dans ses facéties, les règles du jeu, déjà bien bancales et secouées! L'union fait la force, mais sans être pessimiste, elle n'est pas encore pour demain: les Européens ne veulent pas souffrir, tout est là !
Réponse de le 13/02/2017 à 14:13 :
Nous n'avons pas à payer les conséquences de leur "mondialisation" c'est un fait, ce sont eux qui en retirent tous les bénéfices il serait donc logique qu'ils en subissent aussi, de temps en temps, les conséquences.
a écrit le 09/02/2017 à 18:19 :
les politiques nous trompent en voulant nous faire croire que l'Union Européenne avec ses 500 millions d'habitants est la première puissance économique mondiale et qu'elle a rang à pouvoir égaler voire dépasser les USA et la CHINE dans les domaines politique, économique , et militaires .
cette perspective est un leurre destiné à masquer une faiblesse congénitale d'une Union faite seulement d'un agglomérat de pays contigus aux histoires et langues différentes , aux économies hétérogènes et concurrentes , aux modèles sociétaux très éloignés , aux standards sociaux et fiscaux disparates et non rapprochables .
encore aujourd'hui , après l'annonce d'un retrait UK de l'Union , pas le moindre sursaut crédible des dirigeants de cette EU pour remettre en question ses pratiques , pour répondre au défi américain sur une remise en cause des relations économiques et de défense via l'OTAN , pour construire une plateforme de partenariat gagnant-gagnant et sécurisé avec la Russie en recherche de reconnaissance internationale .
les peuples européens sentent les faiblesses de cette EU et le déni de leurs dirigeants les poussent à écouter d'autres voix . la dénonciation d'un "populisme" repoussoir ne fera que précipiter les possibles révoltes .

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