La Belgique a-t-elle les clefs de la défense européenne  ?

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La Belgique a besoin de moderniser sa flotte de combat aérien, et plusieurs options s'ouvrent à elle. Les critères sont multiples. Ils tiennent à l'appareil évidemment, qui doit remplir le contrat opérationnel de l'armée qui le commande, au coût, aux performances et à la fiabilité, si possible éprouvées au combat. Pour les industriels, américains, britanniques et français, les enjeux sont forts.
La Belgique a besoin de moderniser sa flotte de combat aérien, et plusieurs options s'ouvrent à elle. Les critères sont multiples. Ils tiennent à l'appareil évidemment, qui doit remplir le contrat opérationnel de l'armée qui le commande, au coût, aux performances et à la fiabilité, si possible éprouvées au combat. Pour les industriels, américains, britanniques et français, les enjeux sont forts. (Crédits : DENIS BALIBOUSE)
La modernisation par la Belgique de son aviation de combat suscite depuis quelques mois bien des remous chez nos amis belges. Par Bruno Alomar, économiste (*), et Cédric Perrin, sénateur (LR) du Territoire de Belfort (*).

La Belgique, par sa position géographique, a une importance pour notre continent beaucoup plus grande que sa taille ne pourrait le laisser penser. Cette réalité bien connue de ceux qui connaissent l'histoire de l'Europe, notamment en ce qu'elle a de tragique, se rappelle à nouveau à nous au travers d'une question qui semble limitée mais qui est en réalité fondamentale : la modernisation par la Belgique de son aviation de combat. Au fil d'une réflexion et d'un processus de décision marqués par de nombreux soubresauts, cette question suscite depuis quelques mois et jusqu'à présent bien des remous chez nos amis belges.

Disons-le tout net : il s'agit d'abord et avant tout d'un choix souverain de la part de la Belgique, qui doit être respecté en tant que tel. Ceci, naturellement, n'épuise pas les luttes d'influences très fortes qui entourent un tel choix. En Belgique même, la classe politique est d'autant plus partagée que des évènements importants se profilent, qu'il s'agisse du sommet biannuel de l'Otan qui se tiendra en juillet à Bruxelles, ou des élections de l'automne 2018. L'Amérique, revendique avec véhémence le « Buy America » de la part de ses partenaires de l'Alliance atlantique. Pour les industriels, américains, britanniques et français, les enjeux sont forts. Ce cadre étant fixé, qu'il soit permis de discerner les enjeux essentiels qui président au choix à venir de la Belgique.

Moderniser la flotte de combat aérien

Le premier enjeu est à l'évidence belge. La Belgique a besoin de moderniser sa flotte de combat aérien, et plusieurs options s'ouvrent à elle. Comme toujours en la matière, les critères sont multiples. Ils tiennent à l'appareil évidemment, qui doit remplir le contrat opérationnel de l'armée qui le commande, à un coût le plus réduit possible, et pour des performances et une fiabilité les meilleures possibles, si possible éprouvées au combat. Ils tiennent aussi aux retombées économiques sur la base industrielle technologique de défense, qui doivent être éprouvées, durables, et, osons-le dire compte tenu de la structure institutionnelle de la Belgique, justement réparties sur le territoire.

Envoyer un message clair en matière géostratégique

Le second enjeu, tient au rapport de la Belgique à ses partenaires stratégiques, et plus largement à son rapport au monde. Le choix auquel elle est confrontée, compte tenu du rapport structurant d'un programme d'aviation militaire qui déploiera ses effets sur plusieurs décennies, est un choix politique majeur. Par ce choix, la Belgique enverra un message clair sur ce qu'elle est, où elle se situe, et quel est le fil rouge de l'avenir qu'elle veut dessiner. Jusqu'à présent, en matière militaire et géostratégique, la Belgique est partagée, comme d'ailleurs certains de ses partenaires comme l'Allemagne, entre l'atlantisme qui se matérialise au travers de son appartenance à l'Otan, et le choix de la construction européenne. Une telle situation, chacun le comprend, est un entre-deux qui n'aura qu'un temps. Retenir une solution non européenne, quels qu'en soient par ailleurs les mérites réels et les justifications, ne pourrait être interprété autrement que comme une rétractation du projet européen. Il s'agirait d'un tournant majeur pour la Belgique, cœur battant des institutions européennes, et qui a toujours su jouer au sein de l'Union européenne un rôle beaucoup plus important que son économie ou sa population ne l'auraient initialement suggéré.

Relancer la politique de défense européenne

Le troisième enjeu, enfin, tient à l'évidence à la relance de la politique de défense européenne. A cet égard, la responsabilité de la Belgique, il ne faut pas craindre de le dire, est écrasante. Le choix belge engagera tous les européens, au moment où l'Europe de la défense, longtemps au point mort, bénéficie d'une conjonction des volontés inédite, et qu'un projet de système de combat aérien du futur (SCAF) est engagé. Beaucoup de pays européens, jusqu'à présent, en matière d'aviation de combat, pour des raisons qui leur appartiennent, ont préféré soutenir le programme américain JSF (F-35). L'Allemagne, pour ce qui concerne la modernisation de sa flotte aérienne, envoie des signaux contradictoires, signe que comme la Belgique, elle se sent écartelée entre son appartenance à l'Otan et son destin européen. Le choix de la Belgique intervient à un moment cardinal, Belgique dont il faut rappeler qu'elle a été le seul pays ayant participé au programme F16 américain à ne pas participer au financement des recherches sur le JSF américain.

C'est dire, en définitive, que la Belgique s'apprête à engager par sa décision rien moins que l'avenir de l'aviation de combat européenne, colonne vertébrale sans laquelle aucune politique de défense européenne n'est possible. L'enjeu est tel que l'on a peine à imaginer qu'une telle décision soit prise à la vite, sans se laisser le temps de bien peser toutes les options. A cet égard, en se gardant de toute ingérence, il faut constater qu'il n'est pas raisonnable, car c'est bien l'étrange position dans laquelle la Belgique semble s'être mise, de renoncer à une procédure pleinement ouverte, comme celle qui exclut aujourd'hui la proposition de la France. Le dire n'est pas faire du nationalisme : c'est faire œuvre de bon sens, sans préjuger des mérites des uns et des autres dont seuls nos amis belges décideront finalement.

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(*) LES AUTEURS

Bruno Alomar, économiste, auditeur à la 68e session « Politique de défense » de l'IHEDN.

Cédric Perrin, sénateur (LR) du Territoire de Belfort, 1er vice-président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées.

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Commentaires
a écrit le 17/05/2018 à 10:45 :
Réflexion surannée : l'équipement doit correspondre à la menace, or la menace a changé : guerres conventionnelles fractionnées en actions terroristes.
Evolution cybernétique : à la fois un atout et une menace pour les moyens aériens mis en oeuvre pouvant les réduire à une simplicité "retrouvée".
Géostratégie : dans le domaine aérien applicable au niveau européen, non à un pays en particulier…
Profitabilité du maintien de la "Guerre froide" pour les firmes aéronautiques dédiées ?

Dans ce contexte la participation de la composante aérienne belge mérite une réévaluation alliant l'intelligence artificielle au bon sens, c'est à dire …
des moyens aériens "non obérant" appropriés à un aspect important de la menace actuelle, l'appui rapproché, tout en laissant la suprématie "aéro-spatiale" aux grandes nations …
Pourquoi un engin hypersonique pour mater un combat de rues ?
a écrit le 16/05/2018 à 13:08 :
Et bien c'est simple, le F35 a été un beau gâchis et un échec notable. Même si on me prouve par A+ B qu'il est le meilleur avion du monde (ce qui sera difficile au vu des multiples avaries techniques) , tout cela sera à mettre au regard des retards et des dépassement de budget du programme.
La Belgique a donc le choix , mais choisir les USA serait purement scandaleux.
Qu'on ne vienne pas parler de libre concurrence, le F35 serait disqualifié au vu de son historique par n’importe quelle personne raisonnable.
a écrit le 16/05/2018 à 10:06 :
L'Europe c'est comme la confiture sur la tartine, moins il y en a et plus on l'étale !!
a écrit le 16/05/2018 à 8:49 :
Le paradox est que la Belgique respecte les lois concurrentielles eropéennes pour le choix de ses avions, alors que l'Europe veut qu'elle applique le principe du " Buy European " au détriment de l'économie belge. Alors il faudra nous expliquer les différences entre " Buy America " et " Buy European " et aussi en France " la priorité aux produits régionaux ".
a écrit le 16/05/2018 à 8:47 :
"Relancer la politique de défense européenne"

Relancer la politique de défense européenne !? Mais ça fait combien de temps qu'elle existe en théorie ? Ben 66 ans...

"En 1952, la Communauté Européenne de Défense(CED) est instituée" https://www.defense.gouv.fr/dga/international2/historique-de-la-construction-europeenne-de-la-defense

LOL

Vite un frexit.
Réponse de le 16/05/2018 à 11:32 :
Bonjour,
Vous me l'avez retiré du clavier. C'est comme la politique étrangère européenne. Frexit maintenant.
Réponse de le 16/05/2018 à 11:43 :
En effet la seule politique commune que l'on connaisse de l'union européenne est financière mais hélas seulement pour quelques uns:

"Concurrence : l’Europe du dumping fiscal" https://www.alternatives-economiques.fr/concurrence-leurope-dumping-fiscal/00061157

Bref parler de consortium financier européen est bien plus juste que d'union européenne alors qu'inexistante.
a écrit le 16/05/2018 à 8:29 :
Defense européenne !Si il y a défence européenne ,les choses sont trés claires les américains l'ont dit ,l'OTAN n'a plus lieu d'etre .Si l'Otan n'a plus lieu d'etre ,adieu le parapluie nucléaire americain au niveau stratégique et tactique .Or il ne peut y avoir d'armée conventionnelle sans parapluie atomique qui la chapeaute et la crédibilise .De plus et Trump l'a bien dit les USA paient 70 % des depenses de l'Otan ce qui est anormal vu que l'Otan est pour defendre l'Europe .Ou les pays européens porteront leur effort de defense à 2 % du PIB ou alors ils acheteront americain et il est là le dileme .De plus ,on voit mal les belges acheter des Rafales ou Eurofigwter avion de plus de 30 ans d'age alors que les americains proposent le Raptor ou le F35 des avions de 5 génération .Quand à l'avion de combat du futur on en est meme pas à sa definition technique .Le temps que les états majors se mettent d'accord ,que les études preliminaires soient lançées ,que les premiers prototypes volent et que la serie soit lancée ,il faudra au moins 25 ans et les belges ne pourront pas attendre si longtemps à moins qu'ils achetent russes comme cela c'est dit à un moment .......
Réponse de le 16/05/2018 à 11:47 :
"à moins qu'ils achetent russes comme cela c'est dit à un moment " ce serait un sacré caillou dans la chaussure de l'EU, et ce serait assez cocasse. Les américains ne propose pas le Raptor à l'export il me semble, je crois que c'est parce qu'il est trop "sophistiqué" pour les européens. Quant au F35, ce n'est pas encore la panacée de l'avion de combat. Il suffit de lire la presse spécialisée. La France n'avait aucune raison de rentrer dans l'OTAN, depuis qu'elle y est elle a perdu sa crédibilité internationale, surtout avec notre bellâtre de président. L'OTAN n'est plus là pour défendre l'Europe mais pour "faire ch..r" les russes avec lesquels on ferait mieux de s'entendre. On a vu le coût que cela à entraîné pour la France l'embargo décrété par les US que l'EU à suivi comme un toutou. On est reparti avec l'Iran, pour qui je n'ai aucune sympathie, mais là encore l'EU sera obligée de suivre. Cela dit, vous avez raison, la défense européenne, c'est comme la licorne de la légende.

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