La Chine a perdu une bataille en bourse mais pas la « guerre » économique

On a un peu vite enterré l'économie chinoise. Elle a de nombreux atouts, dont une classe moyenne en plein développement, au fort potentiel de consommation. Par Stéphanie Villers, économiste, Humanis
(Crédits : DR)

Difficile d'appréhender la Chine depuis la zone euro. Si certains annoncent des lendemains qui pleurent pour la population locale après des années de croissance à deux chiffres, il convient de revenir sur le changement de modèle économique qui s'opère. La Chine ne veut plus dépendre exclusivement de la demande mondiale et mise sur la montée en puissance de sa classe moyenne. Une transformation gagnante à long terme.

 Une inquiétude compréhensible

En août, la Chine a été sous les feux de la rampe. Les bourses locales ont décroché. L'indice composite de la bourse de Shanghai a abandonné 40%. Les marchés ont redouté un ralentissement brutal de l'économie chinoise entraînant avec elle l'ensemble des pays émergents avec le recul des échanges extérieurs et la baisse du prix des matières premières. Or, étant donné que les économies émergentes génèrent plus des deux tiers de la croissance mondiale, on comprend l'inquiétude des marchés, d'autant que ce retournement drastique de l'économie chinoise semble être inéluctable, aux yeux d'un certain nombre d'experts.

Une manne financière colossale


Le premier ministre Li Keqiang tente de temporiser en précisant qu'« il y a beaucoup d'eau dans la mare ». En d'autres termes, les autorités chinoises sont capables de faire face au ralentissement. Il est vrai, que la Chine dispose d'une manne financière colossale, puisqu'elle détient dans les comptes de la banque populaire de Chine (PBoC : People's Bank of China) plus de 3500 milliards de dollars de réserves de change à fin août. Mais, pour éviter l'hémorragie sur les marchés financiers et sur les marchés de change, la PBoC a dû mettre sur le tapis plus 90 milliards de dollars, une première dans l'histoire monétaire de la Chine. Pour autant, les marges de manœuvre restent singulièrement élevées. La Chine dispose en effet des plus importantes réserves de change au monde.


Transformation du modèle économique

Les autorités chinoises ont décidé de réformer leur modèle économique. La Chine s'achemine vers une économie moins dépendante de son commerce extérieur reposant à la fois sur la consommation interne et sur le secteur des services. L'enjeu est double. La Chine compte miser sur le potentiel de dépenses de consommation de sa classe moyenne, qui représente aujourd'hui près de 350 millions d'habitants, soit l'équivalent de la population de la zone euro et souhaite, par ailleurs, être dans le wagon de tête de la révolution technologique et numérique. Son plan quinquennal prévoit d'investir 170 milliards de dollars dans le secteur des énergies renouvelables, des technologies de nouvelle génération, etc.

Devenir une "grande puissance industrielle", monter en gamme

Est venu s'ajouter à cela un plan décennal « Made in China » qui vise à assurer la transformation de la Chine en abandonnant progressivement son statut d'«usine du monde» pour devenir une «grande puissance industrielle».
Pour ce faire, la Chine envisage de se délester de sa production à faible valeur ajoutée pour s'orienter vers des produits plus haut de gamme, en misant justement sur cette classe moyenne de plus en plus qualifiée. Mais, cette phase de transition n'est pas sans conséquence sur l'activité. Ainsi, la production industrielle est passée d'une croissance de 12% en 2010 à 6% au premier semestre de cette année.

`Les exportations chinoises ont reculé de 5,5 % en août sur un an, à 196,9 milliards de dollars. De quoi affoler les marchés. Les 7% de croissance du PIB prévus par le gouvernement risquent d'être difficilement atteignables. Pour offrir une bouffée d'oxygène temporaire aux exportateurs chinois, les autorités ont donc décidé de dévaluer la devise chinoise de 3% par rapport au dollar. Certains y voient les prémices d'une guerre de change. Il convient de remettre cette dévaluation en perspective. Depuis 2006, le Renminbi s'était apprécié de 25% par rapport à la devise américaine.


Des surcapacités freinent la transition

Pour autant, de nombreux secteurs en Chine souffrent de surcapacités de production. Les autorités locales ont continué de soutenir massivement des secteurs industriels de moins en moins rentables. C'est le cas notamment des secteurs de l'acier, de l'aluminium, du ciment et de verre, ainsi que de la construction navale. L'immobilier, après avoir été porté par une politique d'urbanisation à marche forcée s'essouffle et entraîne avec lui les secteurs adjacents.

Le virage qui oblige à stopper le surinvestissement dans les secteurs en difficulté se fait difficilement au niveau local. C'est pourquoi, les autorités centrales ont opté, depuis 2013, pour un renforcement de la lutte contre la pollution en imposant des normes environnementales afin de réduire indirectement et par un levier respectable certaines surcapacités de production. Mais, ces mesures auront des effets tangibles que sur le très long terme. Le risque majeur reste l'instabilité sociale dans un contexte délicat de réallocation de capacités de production. Les marges de manœuvre budgétaires des autorités centrales restent, néanmoins, suffisantes pour tenter d'apaiser d'éventuelles tensions.


Une classe moyenne à fort potentiel

Par ailleurs, chaque année ce sont plus de 7 millions de jeunes diplômés de l'enseignement supérieur qui arrivent sur le marché du travail. En outre, les classes moyennes émergentes sont les premières à s'adapter aux nouvelles technologies. Ainsi, la Chine est devenue le deuxième client d'Apple tous produits confondus derrière les Etats-Unis et avant l'Union européenne. Le potentiel de la consommation privée reste un enjeu majeur sur lequel le nouveau modèle chinois compte se reposer. Mais, certains freins bloquent cette transition. Ainsi, une part trop importante du revenu disponible brut des ménages est stockée en épargne (33% du RDB) et les empêche de dépenser davantage.

Les chinois épargnent pour garantir leur retraite et leurs dépenses de santé. Seuls 9% du PIB sont alloués aux dépenses sociales publiques en Chine contre 22% de la moyenne des pays de l'OCDE. Ainsi, la Chine se doit de développer son système de protection sociale, si elle veut libérer ce potentiel de consommation réduit en épargne. Globalement, les autorités chinoises sont confrontées à de nombreux défis qui entraîneront une croissance plus faible dans les années à venir que par le passé mais qui saura être plus saine et équilibrée sur le long terme.

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Commentaires 3
à écrit le 24/09/2015 à 0:55
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D'accord avec le commentaire de Corso. Cette "analyse" n'est qu'une suite de lieux communs et de chiffres repris de ci de là. La consommation des ménages est freinée par la quasi absence de protection sociale ( médicale, accident, retraite...) et pa...

à écrit le 23/09/2015 à 16:16
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Analyse standard ne reflétant pas la réalité chinoise. Elle est un peu comme ces gens qui pensaient que les chinois achèteraient de toutes petites voitures individuelles alors qu'ils en prennent de grosses pour une et parfois deux familles (à tour de...

le 23/09/2015 à 17:04
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Sans oublier la dérégulation du crédit, des habitudes de consommation, les retraites et la santé, les pertes de réserve enregistré, croire encore en la chine, c'est s'amuser avec un flingue chargé presser contre la tempe.

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