La criante absence de politique industrielle

Que la France vende des sous-marins, fort bien. Mais cela ne doit pas cacher le démantèlement d'Alstom, la vente d'Alcatel, la quasi-faillite d'Areva... Par Les Arvernes*

4 mn

La vente de sous-marins à l'Australie ne doit pas cacher la désindustrialisation de la France
La vente de sous-marins à l'Australie ne doit pas cacher la désindustrialisation de la France (Crédits : DCNS)

La sélection de DCNS pour la modernisation de la flotte de sous-marins d'attaque australiens est un réel succès pour l'industrie française. Mais l'arbre ne doit pas cacher la forêt : depuis 2012, la France a accentué sa désindustrialisation. Qu'on en juge : démantèlement d'Alstom, vente d'Alcatel, quasi-faillite d'Areva... Loin d'être des événements isolés, ces opérations, souvent subtilement maquillées par des managements français qui n'oublient pas leur parachute avant d'être débarqués, nourrissent en même temps qu'elles illustrent notre déclin industriel. Soyons justes et renvoyons droite et gauche dos à dos. L'emploi industriel s'est contracté de 15 % depuis 2000, la part de l'industrie dans le PIB est tombée à 12 %, parmi les niveaux les plus faibles de la zone euro, tandis que notre déficit commercial a atteint des records, entre 70 à 50 milliards d'euros au gré des fluctuations de la facture énergétique.

 Macron joue aux apprentis sorciers

Pourtant, la gauche, parti des ouvriers avant de devenir celui des fonctionnaires, avait des prédispositions historiques pour relancer une réelle politique industrielle, et, à l'instar du modèle allemand, promouvoir le Made in France ou les usines du futur, qu'il continue pourtant à revendiquer officiellement. Emmanuel Macron, qui arrivait à Bercy après s'être quelques mois frotté comme banquier d'affaires aux restructurations d'entreprises, aura connu la chute la plus importante de la valeur des entreprises publiques. Assurément, ces mauvais résultats n'empêchent pas le ministre de l'Economie de continuer à jouer aux apprentis sorciers en promettant de céder 18 milliards d'euros du portefeuille des entreprises publiques, au plus bas, pour financer la filière nucléaire, qui en a besoin par ailleurs.

 Quand les acteurs étrangers font leur marché...

L'absence de politique industrielle cohérente ne se constate pas seulement au niveau des très grandes entreprises, dans lesquelles l'État est éventuellement partie prenante. Il concerne plus largement l'ensemble de notre tissu industriel, des entreprises moins médiatiques que celles du CAC 40. Ainsi, deux opérations actuellement en cours illustrent les failles de notre politique industrielle, et l'inaction des pouvoirs publics. La première concerne l'opération d'achat de Darty, entreprise disputée par la FNAC et Conforama, ou plus exactement Steinhoff, conglomérat sud-africain spécialisé dans la grande distribution. La seconde concerne le groupe Cauval, groupe moins connu mais pourtant leader français de la literie, actuellement en redressement judiciaire, qui fait également l'objet d'offres de rachat, notamment par Steinhoff.

Steinhoff vient d'abandonner son offre sur Darty, du fait de la surenchère de la Fnac. Mais on peut légitimement se demander quel sort sera réservé à Cauval dans ce jeu de Monopoly industriel qui semble profiter davantage aux acteurs étrangers qu'aux candidats européens.

 Renoncements et erreurs stratégiques

Sans tomber dans les errements du « patriotisme économique », force est de constater que rien (ou si peu) n'est fait pour créer un environnement économique favorable à nos industries et permettre ainsi à nos entreprises d'être les « consolidateurs » plutôt que les « consolidées ». Sans doute un peu par renoncement, sans doute aussi du fait d'erreurs stratégiques.

 Car au-delà des coups de menton et des satisfécits donnés lors de visites d'usines soigneusement médiatisées, l'environnement industriel de la France reste très pénalisé par une série de facteurs déjà bien identifiés. Tout d'abord, les 35 heures. Alors que l'Allemagne, notre premier concurrent automobile, gelait courageusement les salaires avec les réformes Schröder, organisait la montée en gamme indispensable dans une zone euro privée de capacité de dévaluation, le piège s'est refermée sur notre industrie, trop chère par rapport aux émergents et de moindre qualité par rapport aux concurrents allemands. Ensuite, l'augmentation des charges sur les entreprises. Il faut le répéter sans cesse : la baisse inévitable des charges passe par une baisse de la dépense publique.

 Pas de financements appropriés

Enfin, il faut pointer l'absence cruelle de financements et d'outils appropriés pour conduire des opérations de reprise industrielle par des opérateurs nationaux. L'absence de fonds de pension ou de Private Equity significatifs affaiblit ainsi considérablement l'économie française. Traiter ces causes ne se fera pas sans faire des choix drastiques. De tels choix sont urgents si l'on souhaite que la politique industrielle sorte de l'incantation ou du marronnier médiatique.

*Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, d'économistes, de chefs d'entreprise et de professeurs d'université

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Commentaires 16
à écrit le 10/05/2016 à 11:51
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Quel article réaliste, c'est malheureusement la stricte vérité, pour avoir travaillé pendant 40 années dans le premier groupe chimique Français, Rhône-Poulenc, je l'ai vu se faire dépecer par ses dirigeants petit à petit aujourd'hui M. Jean René Four...

à écrit le 07/05/2016 à 19:54
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Il est claire que notre pays a un gros probleme de désindustrialisation .... Se qui explique le manque l'emploi, la faible croissance économique, et la perte de compétitivité de notre pays.... Nos politiques n'ont pas su accompagné la désindustrialis...

à écrit le 07/05/2016 à 14:20
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Je confirme. Manque total de solidarité et de logique industrielle. Les operations d' achats, de développements, de commercialisation, sont conduites a de nombreux niveaux sans aucune visibilité a long terme. Uniquement de l' opportuniste a court te...

le 08/05/2016 à 19:15
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idem . J'ai travaillé quelque temps en Allemagne; quele différence! ici , chacun pour soi , et court-termisme de rigueur...

à écrit le 04/05/2016 à 14:52
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Si l'idée déployée par ces gaulois à priori bien sympathiques de défendre la France, est raisonnable, le mélange qui résulte de l'article place leur capacité à aborder le sujet à bien faible niveau. La politique de la France, et elle serait à légal s...

à écrit le 04/05/2016 à 14:47
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Le problème s'appelle l'ENA !!!

à écrit le 04/05/2016 à 10:11
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La cession envisagée à Finmeccanica des 50% d'ATR qui lui manquent ne va pas arranger le tableau.

à écrit le 04/05/2016 à 10:09
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Il est très pertinent de constater l'absence de politique industrielle. Mais proposer comme politique industrielle la baisse des charges est une totale incohérence.

le 04/05/2016 à 13:17
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Attention, il s'agit de baisser le prélèvement des charges sociales à la charge des entreprises et de les reporter sur la consommation d'énergie des ménages.

à écrit le 04/05/2016 à 9:32
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Ayant travaille en France et en allemagne, dire que la RFA nous taille des croupieres a cause du smic et des 35 h est juste risible. Le temsp de travail en RFA est approximativement le meme qu en france dans l industrie (les allemands sont en genera...

le 04/05/2016 à 22:47
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"Sinon on peut aussi pointer la debilite de la politique francaise du logement cher qui fait que les couts francais sont plus eleves" : Juste remarque... Le logement aspire les revenus des jeunes qui n'ont plus les moyens d'investir dans des entrepri...

à écrit le 04/05/2016 à 8:10
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en tant que superviseur de l industrie française depuis 10 ans ce contact est malheureusement trop vrai. management en recherche de gain personnel des ministres d une naïveté ou incompétence qui se succedent, le tissu industriel est massacré. PSA Al...

à écrit le 04/05/2016 à 7:58
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Je trouve votre article très juste, ayant fait toute ma carrière dans l'industrie (une des plus grosse multinationale mondiale) en tant que cadre dirigeant. Toutefois il me semble que vous oubliez l'essence même de votre titre: la politique industri...

le 05/05/2016 à 19:40
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Et alors ? Quelles sont vos propositions pour réduire les coûts dans un Etat Jacobin comme le nôtre ? C'est facile d'écrire, il faut faire...Si vous avez été cadre dirigeant, il fallait faire ce que vous écrivez. Quand on veut, on peut, sauf s...

à écrit le 04/05/2016 à 7:35
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"augmentation des charges dans les entreprises". C'est effectivement le point faible. Il faut financer les charges sociales par une participation de l'énergie en réduisant les charges sociales. Qui le comprendra? (basculer la fiscalité du travail sur...

le 07/05/2016 à 11:41
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ce n'est pas un déplacement de la "fiscalité sociale " qui est la solution , c'est une baisse massive des dépenses publiques qui s'impose . deux leviers pour y arriver : une diminution du nombre d'emplois publics non indispensables ( en sortant du ch...

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