La Fed baisse fortement le taux directeur, bonne ou mauvaise nouvelle ?
Marc Guyot et Radu Vranceanu

Photo d'illustration
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C'est un événement majeur qu'un retournement de politique monétaire. Le retour de l'inflation de la période 2021-2024 après 20 ans de disparition de celle-ci, restera dans les mémoires des erreurs majeures de politique budgétaire de la part de Jo Biden et de politique monétaire de la part de Jérôme Powell. En effet, la dynamisation budgétaire de la demande de 2021 dans un contexte d'offre potentielle affaiblie par la désorganisation des chaînes d'approvisionnement a provoqué la hausse de l'inflation de 2% à l'été 2021 à 9% en juin 2022. L'erreur de Jérôme Powell est d'avoir attendu jusqu'en mars 2022, alors que l'inflation était déjà à 8,3% pour enfin activer la politique monétaire.
Le principe de durcir la politique monétaire est de ralentir la croissance économique en ralentissement la demande et l'investissement via l'augmentation du coût du capital. Il s'agit aussi d'envoyer un signal fort de rigueur, afin de stabiliser les anticipations d'inflation. Le ralentissement de la demande atténue l'inflation, mais provoque également l'augmentation du chômage. Celle-ci est le prix que les citoyens doivent payer pour que l'inflation revienne à 2%, ce qui souligne l'inconséquence des gouvernements apprentis-sorciers et leurs politiques irréfléchies de relance sans limite.
Depuis mai 2024 et le passage du chômage à 4%, alors que l'inflation était toujours à 3,3% la Fed s'est retrouvée prise entre ses deux objectifs, avec la crainte que le chômage se mette à continument augmenter alors que l'inflation stagne. La baisse de l'inflation à 2,5% en août est une victoire tardive mais incontestable de Jérôme Powell. Le prix à payer en termes de chômage a été une augmentation pour l'instant modérée de 3,4% en janvier 2023 à 4,3% en juillet 2024, validant la thèse de « l'atterrissage en douceur ». On comprend que le passage à 2,5% a libéré la Fed et il est légitime de considérer que la partie est suffisamment gagnée pour déplacer le curseur et amorcer une baisse des taux pour prendre en compte l'augmentation du chômage. Jusqu'à la semaine dernière, les opérateurs s'attendaient à une baisse d'un quart de point, mais depuis 3 jours, ils ont senti venir une baisse plus importante d'un demi-point de pourcentage avec une probabilité de 2 chances sur 3 selon les marchés de produits dérivés.
On peut s'interroger sur l'ampleur de cette réduction des taux, voire sur le timing de cette décision. Certes, le chômage est à 4,2%, cependant les prévisions de croissance sont plutôt optimistes à 2,4% en 2024 vs. 2,5% en 2023. Si on considère l'inflation de base, hors énergie et alimentation, elle reste inchangée à 3,2%, tirée par le niveau élevé des prix dans les services. Encore plus inquiétant, ni Donald Trump ni Kamala Harris n'expriment le besoin de rééquilibrer le déficit public américain qui bat tous les records en temps de paix. Bien au contraire, entre les baisses des impôts prévues par Trump, et la hausse des dépenses proposée par Harris, il est fort probable que l'économie américaine continue de subir un certain déséquilibre d'offre. De son côté, la probable dépréciation du dollar qui va suivre la baisse des taux, va avoir un effet de stimulation l'inflation.
Qu'est-ce qui justifierait alors l'urgence et l'ampleur de l'action de la Fed ? Une lecture déprimante de la décision de Powell serait qu'il dispose d'informations sur un risque plus important de ralentissement de l'économie que ceux dont nous disposons. Une lecture plus cynique serait que Powell cherche à justifier l'action du gouvernement Biden et à afficher l'idée que l'inflation est vaincue avant les élections de novembre.
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Marc Guyot et Radu Vranceanu