La fusion Orange-Bouygues Telecom relève d'une bonne stratégie industrielle

Contestée par certains, la fusion d'Orange de Bouygues Telecom permettrait à tout le moins de relancer l'investissement, dans un secteur où il a été laminé. Par Les Arvernes*
Stéphane Richard, le PDG d'Orange, veut fusionner Orange et Bouygues Télécom
Stéphane Richard, le PDG d'Orange, veut fusionner Orange et Bouygues Télécom (Crédits : Reuters)

Les déboires financiers connus par Areva depuis l'année dernière, mais plus globalement la politique stratégique de l'Etat actionnaire laissent songeur : restructuration coûteuse d'une filière nucléaire meurtrie, affrontement entre le ministre de l'Economie et le PDG de Renault sur la gouvernance de l'alliance Renault - Nissan, plan de sauvetage improvisé de Vallourec, acceptation de la vente d'Alstom à General Electric... Pourtant, l'État actionnaire se targuait de construire des meccanos financiers et juridiques pour faire reprendre toute sa place à l'État, dans la gouvernance des entreprises publiques, et par là-même, « optimiser » son portefeuille et promouvoir une vraie politique industrielle.

Chute des investissements

La difficulté pour l'État actionnaire de conduire une stratégie claire arrive au moment où une opération majeure est en cours de discussion dans le paysage français des télécommunications. L'arrivée de Free Mobile, en janvier 2012, comme quatrième opérateur a largement bouleversé le paysage français des télécoms. Non seulement un nouvel entrant a, par nature, davantage éclaté la « clientèle », mais il a eu également un effet massif à la baisse sur les prix ; Arnaud Montebourg, en 2013, n'avait ainsi pas hésité à déclarer que « Xavier Niel était celui qui faisait plus pour le pouvoir d'achat des Français ».

Or, cette assertion masquait en réalité une autre évolution de nos grandes entreprises de télécommunications. Devant réduire leurs prix, et donc leurs marges, les entreprises du secteur ont commencé à ralentir leurs investissements, alors même que cette industrie, par nature très évolutive et concurrentielle, dont les consommateurs exigent sans cesse de nouveaux services, nécessite de maintenir les investissements à un niveau élevé.

Le montant des investissements réalisés par les opérateurs télécoms en 2014 est ainsi tombé en dessous du seuil symbolique de 7 milliards d'euros (soit le niveau de 2008). Sur un an, le recul atteint 300 millions d'euros, soit un niveau équivalent à celui de l'après-crise financière, au lendemain de la faillite de Lehman Brothers. Or, le réseau constitue le « cœur du réacteur » des télécoms. Toute baisse d'investissement a un impact direct sur la qualité de service et donc accroit le risque de perte d'abonnés, d'obsolescence des outils et fragilise nos entreprises. Pour ces raisons, il devenait urgent de restructurer le secteur français des télécoms, alors même que le rachat de SFR par Altice laissait augurer de la présence, sur le marché, d'un nouvel opérateur peu désireux d'investir à court terme.

Les avantages d'une fusion Orange-Bouygues Télécom

L'opération en cours de discussion, entre Orange et Bouygues Télécom, présente plusieurs avantages. Outre qu'elle sécurise le « champion » français du secteur, elle permet également de renforcer les deux autres acteurs du marché (Free et SFR) qui récupéreront des réseaux ou des activités. De ce point de vue, l'opération, bien qu'elle ne soit pas achevée, présente des garanties d'équilibre entre les acteurs. Pourtant, cette perspective provoque également certaines critiques, y compris d'économistes, à l'instar d'Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS, qui mettent en lumière , parfois avec véhémence, la concentration du secteur, les risques sur l'emploi et sur une possible remontée des prix en évoquant, par ailleurs, le capitalisme de « connivence ».

 Pas de nombre idéal d'opérateurs de télécoms

Ces critiques doivent être fortement relativisées, dès lors que cette opération sera, de toute façon, soumise à l'accord des autorités de concurrence. Contrairement à ce que suggère Elie Cohen, il n'existe pas, comme par magie, un chiffre parfait du nombre d'opérateur télécoms par pays en Europe. Nous ne pensons pas davantage qu'une opération d'une telle ampleur ne soit conduite que par l'intérêt du capitalisme de connivence, mais plutôt par la volonté de consolider un secteur français des télécoms, en pleine transformation, au moment même où le secteur s'apprête à connaître une grande vague de concentrations en Europe. De plus, cette opération pourrait également avoir un effet positif en permettant une reprise des investissements dans le secteur des télécoms.

Si un débat est légitime, et peut avoir lieu sur une telle opération, il convient de le conduire avec des arguments étayés, et en ayant connaissance des arbitrages rendus par les acteurs eux-mêmes, ainsi que par les autorités politiques compétentes et les autorités de concurrence. C'est à l'aune de ce type de débat, prenant en compte les contraintes de la mondialisation et les réelles analyses économiques, qu'une telle opération doit être regardée.

*Les Arvernes
Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, d'économistes, de professeurs d'université et de chefs d'entreprise

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Commentaires 4
à écrit le 05/03/2016 à 22:09
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Parler de capitalisme de connivence avec Xavier Niel comme acteur n'a aucun sens !

à écrit le 24/02/2016 à 21:21
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Y a aucun moyen de mutualiser le matériel ? Quand y a 9 antennes, trois opérateurs en ayant chacun trois, c'est un peu dommage. A moins que le débit, le nombre d'abonnés simultanés soit limité par le matériel qu'il vaut mieux dupliquer. En Finlande,...

à écrit le 24/02/2016 à 13:33
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Les meilleures affaires sont parfois celles que l'on ne fait pas. Orange n'a pas d'avantage à fusionner avec Bouygues en perdant un précieux 10% de son capital. Mieux vaut baisser sa tarification pour accroître le monde des clients. Cependant un diri...

le 24/02/2016 à 22:16
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Votre commentaire est hallucinant du manque d'analyse et de compréhension du marché. Pour rappel le bilan de S.Richard est plutôt brillant dans le marasme actuel des telecoms, avec un résultat net de 3 milliards (x3 en un an). Dans ce gigantesque jeu...

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