Guerre commerciale dans la zone euro : la terrible vérité des chiffres

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Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi./ DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, la terrible vérité des chiffres de la guerre commerciale dans la zone euro: la France est perdante

Qui gagne qui perd dans la guerre commerciale que se livrent les grandes économies de la zone euro au sein même de l'Union économique et monétaire ? Une photo du solde du commerce extérieur intra-zone c'est-à-dire d'un pays vis-à-vis uniquement de ses partenaires eurolandais doit permettre de se forger une première idée : la position de la France n'est pas une surprise, c'est le principal déficit de la zone euro avec près de 90 milliards d'euros en cumul sur les 12 derniers mois à fin janvier 2016, la place de l'Espagne et celle de l'Italie en léger déficits n'étonnent pas non plus, en revanche la position allemande laisse perplexe avec seulement 8 milliards d'euros d'excédent tout comme la montagne excédentaire néerlandaise : 134 milliards d'euros c'est près de 20% du PIB des Pays-Bas.

 Des chiffres "bruts de décoffrage"

Et c'est bien sur la base de cette statistique que le ministre des finances allemand Wolfgang Schaüble avait déclaré en 2014 qu'au sein de la zone euro, il n'y a pas d'excédent allemand et que l'Allemagne apportait sa contribution à une situation équilibrée. En fait ces chiffres sont bruts de décoffrage, publiés suivant la méthode du pays de provenance. Or cette méthode ne s'occupe pas de savoir où la marchandise a été fabriquée mais se borne, façon Douanes, à constater le pays d'envoi. Ainsi un article fabriqué en Chine qui passe par le port de Rotterdam avant d'arriver à sa destination finale sera considérée comme ayant comme origine les Pays-Bas.

Or dans le cas précis de l'Allemagne, cela revient à surestimer de façon massive ses importations en provenance des pays de la zone euro donc de minimiser son excédent réalisé sur ses partenaires qui est de fait proche de 80 milliards d'euros, c'est dix fois plus que la premières estimation.

Si la photo est trompeuse... le "film" a du sens !

Dans le cas de l'Allemagne, il est clair que les excédents dégagés sur la zone euro se sont épuisés ces dernières années sous le double impact de l'effondrement des demandes intérieures des pays du Sud et de la stratégie bien affirmée des entreprises allemandes de mettre le cap sur le grand large, BRICS en tête. En fin de période en revanche, retournement de situation avec la fin du mirage des pays émergents, les exportateurs allemands se redéploient en Europe Pour les pays du Sud, l'histoire est différente. Très déficitaire, l'Espagne a considérablement rectifié le tir jusqu'à devenir excédentaire vis à vis de ses partenaires de janvier 2013 à mai 2014.

L'écrasement de sa demande domestique a fait plonger ses importations et contraint les entreprises espagnoles à partir à la conquête des marchés extérieurs, des entreprises rendues ultra-compétitive par les dévaluations internes. Si la situation s'altère à nouveau, l'ampleur de la dégradation reste limitée et le déficit se stabilise à un peu plus de 5 milliards d'euros. Les mouvements sont moins marqués dans le cas italien, et là-aussi le déficit se stabilise autours de 5 milliards d'euros.

 La France en difficulté ?

Et c'est finalement la France qui perd le plus avec un déficit commercial qui s'est creusé pendant la crise, parce que sa demande interne a été l'une des plus robustes et a attiré les producteurs, notamment du Sud, de plus en plus compétitifs alors qu'à l'opposé la demande qui lui était adressée par ses partenaires se dérobait. Sous ce critère du solde extérieur intra-européen, c'est l'Espagne qui a été la plus en pointe de la conquête et la France la plus en difficulté. Mais on le sait, beaucoup d'éléments se mêlent dans l'évolution d'un solde, c'est pourquoi il faut compléter l'analyse par celle de l'évolution des parts de marché c'est-à-dire des exportations intra-européennes de chacun des pays sur le total des exportations intra-européennes.

Et pour être très méticuleux, l'échelle des trois graphiques qui vont suivre est rigoureusement la même : 3 points séparent le haute du bas de l'échelle. Trois enseignements viennent alors affiner l'analyse.

  • Avec une part de marché de 25,8%, l'Allemagne écrase tout et après avoir chassé hors zone euro, les exportateurs allemands font un retour en force dans l'Euroland.
  • L'Espagne confirme bien que c'est elle qui est en pointe et surtout que ses entreprises continuent à engranger les fruits de la compression des coûts. C'est la grande gagnante de ces dernières années
  • La France, de son côté, qui semblait avoir stabilisé des positions jusqu'en 2014, fait les frais du retour allemand et de l'offensive Espagnole, en dépit du CICE. Elle résiste moins bien que l'Italie à la double offensive.

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Commentaires
a écrit le 28/04/2016 à 12:07 :
Il suffit d'acheter local ou made in France comme moi et ça va beaucoup mieux :))
a écrit le 28/04/2016 à 12:03 :
Les salaires ont baissé partout sauf en France qui a un smic généreux !
a écrit le 27/04/2016 à 17:24 :
Vraiment n'importe quoi !!! Du même jus que l'étude (sic) récente sur l'industrie en France qui souligne un considérable recul industriel !!! Une foutaise totale car basée sur l'emploi industriel alors que les gains de productivité explique 65% des pertes d'emplois, et la desinternalisation 25% !!! Il faut aussi savoir que lorsque l'industrie est couplée avec un service, elle est classée service en France, mais industrie en Allemagne... Comment expliquer que le taux d'investissement des sociétés non financières soit l'un des plus élevés de l'UE (23%), ainsi que la productivite (106 en 2015) et que Fr est en passe de devenir l'un des champions mondiaux de la R&D, sans une puissante industrie ? J'en ai marre de l'incompétence et de l'enfumage des économistes de "bazar" !!!
Réponse de le 29/04/2016 à 13:47 :
@Maduf : Votre explication concernant le taux d'industrialisation est intéressante... mais l'article parle d' "excédents dégagés sur la zone euro". Ce qui n'est pas tout à fait le même sujet. Pourriez-vous avoir le même type d'analyse sur le sujet de l'article?
Réponse de le 29/04/2016 à 15:41 :
@verdi : vous n'avez pas tort sur la zone euro, mais il fait voir plus globalement. Pourquoi ? Parce que l'économie fr. Est structurée differemment de l'économie allemande, basée sur le Mittelstand : d'où en Allemagne des investissements locaux, une forte exportation à partir de la base nationale, et une moindre présence internationale. L'économie fr. est davantage internationalisée car basée sur de grandes entreprises. Résultat : 35 000 entreprises fr. A l'étranger, 5 000 000 d'emplois et 1200 milliards de CA... Mais si vous consolidez cela tant du côté francais que du côté allemand, vous avez une toute autre idée du rapport respectif industriel des 2 économies !!!! Je ne peux pas le faire ici, mais l'étude vaut la peine !!!!
a écrit le 27/04/2016 à 17:15 :
La bonne blague. Avec ses impôts et ses fonctionnaires, la France est handicapée. Mais le PS depuis 1981 l'a voulu ainsi et maintenant on ne peut plus en sortir, de ce modèle de justice sociale qui mène ce pays à la ruine. Quelle découverte! Tant pis pour vous les Français....
Réponse de le 27/04/2016 à 19:38 :
@Markus : bonjour "Das Auto", malheureusement pour vous, cet article ne tient pas la route... Voir mon commentaire ci-dessus établi sur des données et analyses sérieuses ( Eurostat, OCDE, INSEE, BDF) et non pas sur de la littérature de "charlot"....
Réponse de le 28/04/2016 à 12:05 :
Vous pouvez toujours refuser le versement de vos allocations familiales et autre prestations que vos enfants ou autres touchent !
a écrit le 27/04/2016 à 16:47 :
Auparavant les pays étaient en concurrence, mais cette concurrence a disparue du fait d'une monnaie commune et de la disparition des frontières, seul les entreprises se font la "guerre commerciale"! Le moins disant social profite maintenant de nos progrès antérieurs!
a écrit le 27/04/2016 à 14:27 :
c'est bien ça. nous sommes entourés de boulets.
il faut que la demande française s'oriente vers la production française.

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