La leçon Tsipras

Comment le premier ministre grec a joué la carte de l'Opinion publique. Par Jean Christophe Gallien, Professeur associé à l'Université de Paris 1 la Sorbonne*
(Crédits : DR)

Zizanie au cœur de l'Union Européenne, divisions au sein même des pays et des représentations politiques nationales, européanisation du débat de la dette grecque, ... Avec la séquence surprise du referendum, Alexis Tsipras a livré un combat inattendu et modifié largement le rapport de force dans la négociation sur la dette de son pays.

Depuis son entrée en gouvernement, Tsipras multiplie les changements de rythmes, les voltes face, il modifie les angles, ... il ne cesse de se déplacer entre les lignes.
En pleine crise ukrainienne, on l'a même vu se rendre chez l'ennemi public européen numéro un, Vladimir Poutine, grand expert en faiblesses européennes. Pour aller chercher la recette du rééquilibrage des débats en faveur de la Grèce ?
Résultat : d'abord miser sur les divisions de l'Union, sa capacité limitée à produire de l'autorité ferme. On l'a vu sur l'affaire des migrants et on le voit sur l'affaire grecque. Et surtout souffler dans les voiles du nationalisme et provoquer l'Union Nationale en Grèce face à l'Europe. Il réussit les deux, et il a repris l'avantage.

Mué en leader mandaté par un Peuple

Tsipras a joué des divisions de l'alliance avec laquelle la Grèce doit négocier. Un attelage européen et international complexe et divergent qui misait lui même, c'est à souligner, sur les divisions du peuple grec. Ainsi, pendant que le FMI choisit le court terme, les membres de l'Eurogroupe misent, dans le désordre, sur le long terme et le sauvetage de l'Euro.

Entre la scène européenne et internationale de la négociation et sa propre scène politique et sociale nationale, Alexis Tsipras a vite compris que la dimension technique de la négociation était perdue pour la Grèce. Il a peu à peu tenté d'orienter le jeu sur le terrain de l'opinion publique dans une narration timide et nationale d'abord puis de plus en plus affirmée et partagée en Europe.

Démocratie contre technocratie

La narration des Peuples contre la meute des créanciers, la démocratie contre la technocratie. Et soudainement Alexis Tsipras a provoqué l'accident qui a surpris et totalement désorganisé l'alliance internationale et européenne et surtout mobilisé l'Union Nationale du Peuple Grec. Capitaine isolé au cœur de la tempête, par le referendum, il s'est mué en leader mandaté par un Peuple uni dans la dramatisation de l'événement qu'il a lui même imaginé.
Il a repris la main et sème désormais le trouble dans un système européen observé par toutes les parties prenantes de ce Monde multipolaire. Washington appelle au compromis, Moscou observe amusé, et que dire des marchés !

Un test majeur

C'est un test devenu majeur pour l'Euro, plus largement pour l'aventure de l'Union et pour ses 28 membres.
Quelle sortie désormais à cette crise devenue européenne ? Depuis sa victoire interne, Tsipras n'a pas radicalisé la narration politique et reprend progressivement la négociation technique. Des aides nouvelles ou trop de réduction de la valeur de la dette et Podemos et d'autres mouvements pourraient sauter dans le bateau Tsipras et demander des mesures similaires. C'est une menace claire que fait peser indirectement le leader grec. Gagner du temps et relancer les discussions sur des bases renouvelées, c'est ce que désire Alexis Tsipras. D'autant que la dernière solution serait celle du Grexit qui nous plongerait tous dans l'inconnu et personne n'aime cela. Peut-être pourrions-nous retourner la leçon Tsipras et demander aux peuples européens ?

*Directeur associé de ZENON7 Public Affairs et Président de j c g a
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

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Commentaires 5
à écrit le 13/07/2015 à 22:45
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Pathétique et ridicule, quand on sait ce qui est arrivé deux jours plus tard. Monsieur le Professeur aurait été bien inspiré d'attendre un peu avant de nous expliquer la victoire des peuples sur les créanciers...

à écrit le 13/07/2015 à 16:06
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Quelle envolée pathétique ! Quel discours enflammé pour ce jeune leader ! Mais huit jous après, patatras, le rêve s'effondre et le lyrisme devient mauvais comique.

à écrit le 13/07/2015 à 10:24
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C'est du plus haut comique... En 2005 en France, il avait fallu 3 ans pour enterrer un référendum inepte. En 2015 en Grèce il n'aura fallu qu'une semaine.

à écrit le 12/07/2015 à 14:37
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Tsipras et Varoufakis ont fait un sans faute tactique jusqu'a maintenant. Les opinions publiques sont deja en train de basculer. La prochaine etape sera de faire profil bas face aux créanciers et de faire emerger un triumvirat France-Italie-Espagne f...

à écrit le 10/07/2015 à 22:18
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Comique de lire cet article avec un retard de 2 jours. Cela en fait du temps perdu pour rien ! Aucun recul dans l'"analyse, aucune précaution de style, des affirmations et des analyses infondées !!!

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