La nouvelle Odyssée des banques centrales contre le changement climatique

La 9ème édition du Printemps de l'économie, décalé à l'automne, se tient cette semaine. Partenaire de cet événement annuel destiné à vulgariser l'économie pour tous les public, La Tribune publie une série de tribunes autour du thème choisi pour 2021 : les bifurcations du monde post-Covid.

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(Crédits : Reuters)

Les conséquences économiques du changement climatique se font déjà sentir, avec la multiplication d'événements météorologiques extrêmes, tels que des incendies ou des inondations. Ces catastrophes ont des conséquences humaines et économiques, et potentiellement, un impact sur les prix (consécutif par ex. début 2021, à une augmentation des coûts de chauffage en Espagne du fait d'un froid exceptionnel ou à l'introduction, en Allemagne, d'une surtaxe carbone sur les prix des combustibles. À moyen terme, des chocs climatiques plus fréquents provoqueront aussi bien des tensions inflationnistes qu'un ralentissement de l'activité. Quant au capital investi dans des activités nuisibles au climat, il va perdre sa valeur ("stranded assets").

Encore aujourd'hui, les conséquences du changement climatique sont parfois niées, en général elles sont sous-évaluées. Il est vrai qu'il est vertigineux d'imaginer la transformation requise : passer à une alimentation, des logements, des moyens de transport et de production, des loisirs qui ne soient plus carbonés, respecter la nature et la biodiversité, afin de préserver un développement durable.

Pour prendre une image littéraire, la tâche est un peu l'Odyssée du 21ème siècle : comme Ulysse, nous devons entreprendre un voyage incertain, semé d'embûches. Toutefois la prise de conscience est en cours, des solutions existent. La solution passe d'abord par la reconnaissance que l'espèce humaine est à l'origine du problème. Il appartient donc aux hommes de changer de comportement, dans l'intérêt de leurs propres enfants. Inutile d'incriminer les Dieux de la mythologie. La réponse doit être globale et responsable.

Naturellement, dans l'Union Européenne (UE), la responsabilité première revient aux autorités politiques, la Commission Européenne, le Parlement européen et le Conseil, les gouvernements et parlements nationaux, qui détiennent les outils législatifs et la légitimité démocratique. L'UE a pris des engagements ambitieux vers la neutralité carbone. Le Green New Deal et l'ensemble des propositions Fit for 55, comme tous les efforts pour verdir la finance, vont dans le bon sens en combinant des règles, des incitations, des avancées sur un prix du carbone. Les investissements publics sont cruciaux; le fonds Next Generation EU comme l'action de la BEI ont mis à la disposition des Européens des moyens financiers significatifs.

Pour préserver la stabilité financière et, dans le cadre de leur mandat, pour garantir la stabilité des prix, les Banques centrales doivent aussi agir. L'Eurosystème doit contribuer aux objectifs de l'Union. Il ne peut pas perpétuer un système financier nuisible au climat.

Depuis 4 ans environ, les banques centrales ont pris leur part à l'action pour le climat, notamment à travers le Réseau pour le verdissement du système financier (NGFS). Après une phase initiale de diagnostic visant à convaincre (les partenaires sont passés entretemps de 8 à plus de 95), à recenser les canaux par lesquels le changement climatique a un impact sur l'économie et la finance, des outils ont été conçus ; en France des stress tests pilote du secteur bancaire et des assurances ont été organisés. La Banque de France a adopté et mis en œuvre une stratégie d'investissement responsable. Les investissements de l'ensemble de l'eurosystème sont en voie d'être "verdis". La filière finances du G20 a repris son travail sur la finance durable après quelques années d'interruption.

Enfin la Banque Centrale Européenne a annoncé jeudi 8 juillet 2021 un ambitieux plan d'actions en 7 points à horizon 2024. Il s'agit notamment de modifier les projections et analyses macro-économiques, de mesurer l'impact du climat sur les prix, d'encourager une information transparente et de verdir les outils de la politique monétaire.
L'Odyssée sera encore longue mais l'équipage européen tout entier est mobilisé.

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Commentaire 1
à écrit le 11/10/2021 à 15:46
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De la vulgarisation de l'économie à des économistes vulgaires.

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