La réindustrialisation, priorité n°1 des États-Unis
Martin Videlaine

Photo d'illustration
DR
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L'affaire est moins binaire avec l'Europe qu'elle ne l'est avec la Chine ou les voisins nord-américains des États-Unis. Nous ne devons donc pas l'absence d'annonce de la part du nouveau Président des États-Unis aux discussions qu'il a peut-être eues avec Christine Lagarde. On pourrait pourtant le croire. Elle recommandait dans Les Échos du 28/11 d'acheter davantage aux Américains. Pour qui veut réindustrialiser son pays, ses propos ne pouvaient pas tomber plus mal. Réindustrialisation et augmentation des importations sont perpendiculaires.
Certes, mais l'UE n'est pas la France.
Le solde de la balance commerciale allemande avec les États-Unis était bénéficiaire de 63 milliards d'euros en 2023. Vu depuis Washington, l'Allemagne représente à elle seule 40% du déficit commercial US-UE. Quand Mme Lagarde souhaite ne pas enclencher de guerre commerciale avec les États-Unis, elle s'exprime pour l'UE avec une casquette qui n'est pas la sienne. Mais surtout, elle parle pour nos amis germaniques.
Et puis vous serez peut-être surpris d'apprendre que M. Trump emboîte le pas de M. Biden.
5 jours seulement après sa prise de pouvoir, le 25 janvier 2021, Joe Biden ordonnait par décret, l'Executive Order 14005, que la valeur ajoutée produite sur le sol américain des achats réalisés par les agences publiques américaines augmente. Ce seuil minimum était de 55% jusqu'alors. La Federal Acquisition Regulation impose que ce taux soit désormais de 65%. Il devrait atteindre 75% en 2029. Pour faire simple, quand on est acheteur public aux États-Unis, on achète américain. C'est tout de même un gâteau de 10 000 milliards de dollars réservé aux sociétés produisant sur le sol américain.
Précisons que cela représente les dépenses américaines totales et non exclusivement les achats publics.
Un siècle de protectionnisme américain
Le texte initial, le Buy American Act (BAA), date de 1933. C'est en réponse à la Grande Dépression débutée en 1929 que le Président Hoover, républicain, avait signé le BAA. Rien donc de très nouveau dans la décision de M. Biden en 2021, c'est seulement qu'il avait augmenté la température d'une flamme allumée il y a bientôt un siècle. Il n'existe aucune législation comparable en France et en Europe. Il serait temps.
M. Biden et M. Trump, avec des modalités différentes et dans des styles pour le moins opposés, poursuivent donc le même objectif : favoriser la croissance américaine par un rééquilibrage de leur balance commerciale. En achetant moins à l'extérieur, en favorisant l'achat national, les États-Unis cherchent à produire davantage sur leur sol. Les deux Présidents veulent réindustrialiser les États-Unis. Rien de surprenant : la part du secteur manufacturier dans le PIB américain est comparable à celui de la France : ~12% pour les États-Unis contre ~11% pour la France.
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Lisez le rapport de la Maison-Blanche de juin 2021 pour vous en convaincre : « Building resilient supply shains, revitalizing american manufacturing, and fostering broad-based growth ». La toute première recommandation pour favoriser le développement de l'économie américaine de la part de Jake Sullivan et de Brian Deese, respectivement Conseiller à la Sécurité nationale et Directeur du Conseil Économique National, tous deux reportant directement au Président, consiste à reconstruire une base industrielle tout en favorisant l'innovation. Peut-on être plus clair ?
Pendant que nous tergiversons à établir un Clean Industrial Deal, l'Ukraine recule. L'Histoire se répète. L'Europe, faible, divisée, a remis son destin dans les mains des États-Unis et de l'Otan. Le nouveau Président américain le sait très bien. La voilà probablement la raison pour laquelle il n'a pas encore mis l'UE dans le périmètre de ses premières mesures de protection douanière.
Il a bien plus à monnayer : la paix.
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(*) Martin Videlaine, ingénieur formé à l'École nationale des Ponts et Chaussées, ancien consultant chez Roland Berger, dirige BlueBirds. Il anime depuis 2021 le podcast Histoires d'Entreprises et est également co-auteur de Réindustrialiser : leviers pour une renaissance industrielle française, publié aux Éditions Dunod.
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