Le confinement mondial a permis aux travailleurs internationaux de redécouvrir leurs rôles

 |   |  1109  mots
(Crédits : Reuters)
IDEE. Les expatriés et ceux qui se déplacent régulièrement à l’étranger estiment que leurs différents rôles ont évolué positivement depuis le début de la pandémie. Par Marion Festing, ESCP Business School

Lorsque la crise du Covid-19 a brutalement interrompu les activités et les voyages transfrontaliers, les salariés internationaux ont été directement touchés. Malgré des changements significatifs au niveau de leur rôle, une étude réalisée avant et après l'épidémie montre cependant qu'ils continuent à trouver leur travail très satisfaisant.

Les résultats en partie surprenants de notre enquête présentée dans l'impact paper du livre blanc « Managing a Post-Covid19 Era » d'ESCP Business School suggèrent des manières de mieux gérer cette catégorie critique de travailleurs, aussi bien dans le contexte d'une crise sanitaire que dans un proche avenir.

Une enquête ciblée

Des expatriés traditionnels jusqu'aux navetteurs internationaux et aux équipes virtuelles transfrontalières, les travailleurs internationaux sont devenus la norme - et un atout vital - pour toute entreprise à vocation internationale.

Mais lorsque la pandémie de Covid-19 a éclaté et que les pays ont fermé des entreprises et parfois des frontières, les voyages internationaux ont été stoppés et le commerce transfrontalier s'est effondré. Les employés internationaux ont ainsi été touchés directement. Lorsque les écoles ont fermé, ils se sont retrouvés obligés de cumuler les heures de garde de leurs enfants au lieu des miles pour voyages aériens fréquents.

Mais quel a été l'impact exact de la pandémie sur leurs habitudes de travail ? Peut-on dire qu'elle a sapé leur moral ou même menacé leur emploi ? Après tout, les licenciements et le chômage technique font également partie des effets secondaires des mesures de confinement adoptées dans des dizaines de pays pour freiner la propagation du virus.

Pour comprendre comment les membres de ce groupe clé ont fait face au bouleversement inédit intervenu dans leur travail, nous avons interrogé plus de 340 employés internationaux juste avant la pandémie (en janvier 2020), et durant les premières phases de la crise (en avril 2020).

Nous avons abordé divers aspects du travail dont le stress lié à leur activité professionnelle, la perception de leur rôle, la satisfaction professionnelle, parmi un échantillon englobant un large éventail de situations, des expatriés à long terme aux navetteurs internationaux et aux équipes virtuelles.

Accompagner la transition

Globalement, l'étude a montré des « bouleversements » dans les environnements de travail des salariés interrogés de par le monde. Plus des deux tiers des répondants (276) ont déclaré qu'ils percevaient leur rôle professionnel différemment depuis le début la pandémie alors qu'ils étaient 70 à se sentir tellement confinés qu'ils n'avaient plus l'impression que leur travail était « international ».

Les facteurs les plus déterminants du changement de perception du rôle professionnel sont le travail à domicile (33 %), l'incertitude financière ou plus générale (25 %) et les nouveaux modes d'interaction (25 %).

Ce dernier aspect peut s'expliquer par l'impact énorme des mesures de distanciation sociale et d'augmentation du télétravail sur les interactions en général. Même pour les personnes habituées à l'utilisation ponctuelle d'outils virtuels le temps d'une journée de télétravail occasionnelle, le passage aux contacts par la visioconférence exclusivement, sans pouvoir quitter la maison sauf pour des courses de première nécessité, peut constituer un choc.

C'est ici que les responsables des ressources humaines (RH) devraient intervenir pour rassurer les employés et apporter un soutien - comme ils le font en temps normal, lors des transitions géographiques, pour amortir le double choc dû à l'adaptation à un nouveau pays ou au retour dans son propre pays - en trouvant des moyens de diriger et de motiver les équipes grâce à des outils numériques.

Par ailleurs, en observant les niveaux de stress chez les employés du monde entier, nous avons constaté que ceux qui avaient des enfants montraient un niveau de stress au travail plus élevé que leurs pairs sans enfant, ce qui est sans doute vrai également pour d'autres groupes de travailleurs.

Les écoles et les garderies ayant été fermées dans de nombreux pays et les parents obligés de s'occuper à plein temps de l'enseignement à domicile, tout en gérant simultanément le travail (sans parler de la cuisson du pain et d'autres activités qui sont soudainement devenues populaires pendant le confinement), il n'est guère surprenant que le taux de cortisol ait grimpé en flèche.

Les femmes sans enfant plus satisfaites

Il est intéressant de constater que sur l'échantillon global, la satisfaction au travail et la satisfaction professionnelle à long terme ont augmenté depuis le début de la pandémie de Covid-19 et ont été positivement associées à la nouveauté du rôle (c'est-à-dire le degré auquel les employés internationaux perçoivent les divers aspects de leur rôle, en matière de tâches ou de méthodes, comme différents d'avant la pandémie).


À lire aussi : Carrières : avec la crise, quatre manières d'appréhender sa quête de sens au travail


Cependant, si l'on y regarde de plus près, la satisfaction au travail et vis-à-vis de la carrière n'a augmenté que pour les femmes sans enfant. Pour les hommes, la satisfaction était identique qu'ils aient des enfants ou non. Cela traduit le fait que les femmes assument encore une plus grosse part du fardeau de la garde des enfants.

Nous pouvons aussi relever des perspectives communes au sein de ce groupe de travailleurs. Ainsi, la plupart des employés internationaux semblent assez privilégiés, car leurs emplois sont relativement sûrs. En outre, même avant la pandémie de Covid-19, ils faisaient face à des exigences qui les ont peut-être préparés à affronter la crise, par exemple, en matière de maturité numérique ou de capacité à réagir avec souplesse à de nouvelles situations, ce qui les rend peut-être plus résilients que d'autres types d'employés.

Alors, quelles leçons peut-on tirer de cette étude ? La conclusion relativement surprenante selon laquelle les employés internationaux (tout au moins ceux qui n'ont pas eu à gérer des enfants très jeunes ou des adolescents 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7) se sentent plus satisfaits de leur poste et de leur carrière qu'avant l'épidémie donne matière à réflexion.

Peut-être que les nouvelles formules de télétravail qui se sont substituées aux voyages ou au travail classique permettent une plus grande flexibilité et pourraient être utilisées plus largement, car elles rendent les entreprises plus agiles.

The Conversation ______

 Par Marion FestingProfessor, ESCP Business School

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 24/07/2020 à 14:07 :
Étude intéressante.

"nous avons constaté que ceux qui avaient des enfants montraient un niveau de stress au travail plus élevé que leurs pairs sans enfant,"

Logique, si je n'avais pas d'enfant je serais zadiste en train de recruter et d'élaborer un plan pour renverser le gouvernement, par exemple, autant dire qu'il faut être particulièrement serein pour cela mais quand on en a nous sommes dans l'intérêt impersonnel bien souvent, parce que loin d'être la totalité des cas des parents dont nombreux en font comme on achète un Iphone, ou parce que ça fait partie de la liste de ces fameux "projets" à savoir obtenir un animal de compagnie puis mariage, puis achat de bagnoles puis achat de maison pour terminer par avoir un enfant effectués bien souvent dans le désordre, ou bien pour pallier à l'ennui ou pire pour que le couple aille mieux et-c... les motivations idiotes d'en faire ne manquant pas.

Or l'intérêt impersonnel est celui qui va au delà de nous mêmes qui nous responsabilise des conséquences de nos actes causés à d'autres qu'à nous-mêmes nous mettant une pression plus ou moins démesurée car actés impossible à mesurer ne pouvant qu'augmenter puissamment notre stress quotidien. Seul je sais que j'ai bien plus de chances de m'en sortir qu'à plusieurs surtout avec ceux dont j'ai la charge, parce que je sais que je pourrais bouffer des racines si besoin est voir rien du tout mais je ne peux pas l’appliquer si d'autres personnes sont impliquées surtout des personnes fragiles que l'on a tendance à croire fragile même quand ils ont 30 ans.

"Cependant, si l'on y regarde de plus près, la satisfaction au travail et vis-à-vis de la carrière n'a augmenté que pour les femmes sans enfant."

Ce qui est là totalement conjoncturel à mon avis puisque ce sont les femmes avec enfants qui ont vu leurs charges considérablement alourdies car étant bien plus à même de s'en occuper que les hommes, qui d'ailleurs selon votre étude eux n'ont rien senti soulignant ce que je dis, elles ont vu leur journée déjà bien chargées totalement déborder. Donc je pense que c'est plus ces femmes là qui ont été lourdement handicapées que les femmes sans enfants plus avantagées.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :